Je me suis levée, en forme, de bonne humeur ! Je passais un bon week end !

J'ai été sur le net, histoire de me tenir informée de ce qui se passe dans le monde (je n'ai pas de TV...) et suis allée sur un site d'information que j'aime bien parce qu'il y a des choses sérieuse, et d'autres drôles, loufoques ou completement barrées ! A peine le temps d'ouvrir la page que l'article à la une m'a frappé :

"Violences sexuelles: 81% des victimes sont des mineurs, 94% des agresseurs sont des proches, selon une enquête soutenue par l'UNICEF"

Moi, les violences sexuelles, c'est mon gros point noir. Ca peut paraitre évident de dire ça ! Je suis sage-femme, contact "privilégié" des femmes dans leur vie de femmes. Mon rôle de prévention et de prise en charge est donc sensé être énorme. Mais je ne suis pas formée ! Je me forme par ci par là mais mon insuffisance est criante. Et ça me désespère ! D'autant qu'elle s'ajoute à toutes les insuffisances annexes qui sont celles d'un parcours du combattant pour les victimes pour 1. trouver une oreille attentive et empathique 2. une orientation dans des démarches compliquées 3. un accompagnement dans une épreuve monstrueuse...

Récemment, j'ai été contente car, pour la première fois, à ma question systématique lors d'une première rencontre "Avez vous déjà subi des violences dans votre vie ?" (elle me convient pas cette phrase, il faut que je la change, mais je sais pas encore par quoi la remplacer...), une jeune femme m'a parlé de son viol, relativement récent et elle m'a clairement exprimé que son quotidien est très marqué par cela.

La plupart des patientes qui me répondent positivement ont déjà avancé dans une démarche personnelle. Je suis certainement un peu utile en terme de reconnaissance du trauma mais pas dans le chemin pour se reconstruire. Enfin, je ne pense pas. Mais cette femme là, je suis la seule à qui elle en ait parlé. 

Une en 3 ans... Mon bilan n'est pas glorieux mais j'espère l'améliorer... Bref, tout ça pour en revenir à l'article.

Je suis donc allé voir le rapport de l'étude pour approfondir (je vous conseille de le regarder, il est ici). Et un chapitre a pariculièrement attiré mon attention. Il s'intitule "Les insuffisances de la prise en charge médicale". Vous imaginez bien ! Et là, je pleure !! De tristesse pour ces gens, de rage contre ma société qui se préoccupe si peu... Bref, je pleure...

La prise en charge aux urgences est mauvaise : "Seule 1 victime de viol prise en charge en urgence sur 5 a bénéficié d’un dépistage et/ou d’une prévention pour les MST ou le VIH". Je me rappelle une consultation, quand j'étais étudiante, pour une jeune femme de mon âge, victime de viol pour la deuxième fois. J'accompagnais l'interne. Parce qu'elle n'était pas en train de pleurer, parce qu'elle n'avait pas d'hématômes ou de marques, parce qu'elle était tatouée de partout, cet interne a jugé qu'il n'y avait pas besoin d'être délicat. Et je me suis sentie complice d'un troisième viol... Ce qui rejoint une autre statistique "41% des répondant-e-s considèrent que certains soins reçus ont été maltraitants"... Je vous demande pardon, demoiselle, de ne pas m'être levée pour vous défendre contre cet autre agresseur !

Le reste de la prise en charge est également d'une qualité médiocre : "Les victimes mettent 13 ans en moyenne à trouver une prise en charge satisfaisante". 13 ans... Mon dieu... Autant dire une vie !

Les conclusions sont édifiantes "Les violences sexuelles font partie des pires traumas, et faute de dépistage systématique, de protection et de soins appropriés dispensés par des professionnel-le-s formé-e-s, elles auront de lourdes conséquences sur la vie et la santé des victimes. Or, la gravité de ces violences ne paraît pas être suffisamment prise en compte par les proches et les professionnelle-s, et le droit des victimes à bénéficier de soins, d’informations, de protection et de justice leur est régulièrement dénié." Ou si on résume, l'acte est sous estimé, ses conséquences sont sous estimées, le droit des victimes est dénié... Bref, la victime est victime tellement de fois !

Nous sommes tous responsables de cet état de fait ! Nous en tant qu'amis, parents, frères, soeurs, voisins... Nous en tant que professionnels de santé, de la justice, de l'aide sociale... Nous en tant qu'êtres humains... 

Et n'oublions pas que ça n'arrive pas qu'aux autres !!! En France, selon des chiffres officiels, une femme sur 10 est victime de violences conjugales et une femme meurt tous les 2,5 jours sous les coups de son conjoint ou concubin. Vous en connaissez ! J'en connais !!! Mais nous ne savons pas ! Alors soyons vigilants, ne fermons pas les yeux sur ce qui nous dérange ! Aidons les et aidons nous...

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