Maïa, sage femme

17 janvier 2017

de la jeune qui était vieille

Ce matin, je vois en consultation une patiente dont je suis la grossesse. Elle est au début du neuvième mois. La consultation faisait suite à un évènement pour lequelle elle avait besoin d'un contrôle. Elle était donc imprévue car en général, à ce terme, j'ai passé le relai à l'hôpital du coin. Quand je suis une patiente, je l'envoie faire une consultation d'ouverture de dossier à l'hôpital en fin de huitième mois idéalement.

Elle y avait été la veille. Elle y fut reçue par une chef de clinique (première interrogation : pourquoi une chef de clinique fait une consultation d'une grossesse tout ce qu'il y a de plus physiologique alors que lorsque je découvre une pathologie en cours de grossesse nécessitant un avis d'un spécialiste, je suis obligée de passer par des canaux peu conventionnels pour obtenir un RDV dans un temps raisonnable ?)

Ma patiente lui parle donc de son désir de ne pas prendre de péridurale et devant le sourire narquois de son interlocutrice, elle se sent obligée d'expliquer qu'étant son premier accouchement, et ne sachant donc pas ce qu'elle va vivre, elle ne se ferme pas la porte de la péridurale mais que simplement, elle n'envisage pas de prime abord un recours absolu à la péridurale. Beau projet, non ? Enfin à mon sens, il est beau son projet. Non pas parce qu'elle part plutôt dans telle ou telle direction mais parce que c'est le sien, qu'elle y a réfléchi, qu'elle se donne aussi la possibilité de s'adapter à ce qu'elle vivra. Et j'avoue que le sourire narquois a un peu crispé le mien... Mais la suite l'a définitivement effacé. Quelle serait la juste réaction à ce genre de projet ? A mon sens, cela serait a minima de ne pas le plomber... Au mieux d'encourager le choix de la patiente mais juste a minima de ne pas le plomber... Quelle a été la réaction de cette toute jeune chef de clinique ? D'expliquer qu'à son sens c'était peu raisonnable parce que et d'une elle voit pas l'intérêt de souffrir (grande originalité ! Témoignage d'une absence totale d'empathie...) et de deux que ça pouvait être dangereux parce que s'il y a une urgence, il faudrait faire une anesthésie générale, ce qui est dangereux pour le bébé...

Bon alors là... Comment dire... Les noms d'ovipèdes ont volés (ah ah !) dans ma tête évidemment... 

Alors bon, je veux bien qu'en tant qu'obstétricien, son job est de prendre en charge les accouchements qui dérapent et que donc ça oriente son regard. Mais déjà, il me semblerait bon de reconnaitre qu'on a une vision orientée des choses quand on est spécialiste (c'est le pur bon sens...). Mais ensuite, il serait encore meilleur de ne pas dire d'énormités !! Parce que l'urgence si urgente qu'on n'a pas le temps de faire une rachianesthésie, qu'on doive faire une anesthésie générale, est dieu merci, très peu fréquente !!! Et donc présenter l'anesthésie de confort qu'est la péridurale comme une nécessité médicale en dehors de tout facteur de risque particulier, on peut difficilement dire que c'est très honnète intellectuellement.

Mais bon, manifestement, la dame n'était pas à court de malhonneteté intellectuelle. Ma patiente lui a ensuite exprimé son souhait de ne pas avoir d'épisiotomie. Et là, le bon docteur de lui dire qu'une épisiotomie est meilleure pour le périnée qu'une déchirure "qui peut vous déchirer l'anus vous savez ?". C'est pas comme si on manquait d'étude sur l'inefficacité de l'épisiotomie pour la prévention de ces déchirures graves et sur le fait que toutes les autres sont préférables à une épisiotomie... Bref, ce docteur était jeune mais avait un langage de vieille...

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Mais rendons à César ce qui appartient à César : elle ne l'a pas examiné, c'était inutile mais malgré tout, je parie que beaucoup l'aurait fait. Cela lui enlève probablement 10 ans à son siècle d'âge médical !

Petit aparté : cette patiente, qui est donc en fin de grossesse, a pour le moment eu à ne vivre que 2 touchers vaginaux sur toute la durée de sa grossesse, un aux urgence qu'elle a consulté pour contractions il y a de ça quelques temps, et un aujourd'hui pour sa petite urgence avec moi. Aucun autre toucher était nécessaire ! Je répète : aucun autre toucher était nécessaire !

Mais le pire est que je pense que ce n'est pas fait dans la volonté de tromper les patientes ! Je pense juste que c'est quelqu'un qui est en quelque sorte la victime de l'enseignement de la médecine telle que c'est fait en France. Apprend par coeur, recrache bêtement et surtout oui surtout ne réfléchis pas !!!

Concernant tout cela, il y a un autre point, au delà de la mésinformation, qui m'irrite : toujours cette foutue histoire de consentement. Ben oui, face à ce souhait exprimé par la patiente, il ne devrait rien y avoir d'autre à dire que "c'est noté, madame". "Pas de péri ? OK, on va faire ce que l'on peut pour vous aider dans ce choix." "Pas d'épisio ? C'est votre corps, je respecte cela." Peu importe qu'elle croie que c'est idiot/impossible/dangereux/pas ce qu'elle ferait... Son opinion personnelle est bien cela, personnelle. Or là, elle est dans un cadre professionnel donc elle se doit de rester professionnelle.

Ca n'est pas une posture facile de se distancier de notre avis personnel, ça demande en permance un travail, une vigilance. Peut être suis-je dure avec ce jeune médecin. Le fait de réaliser que ce qu'on a appris n'est ni vrai dans tous les cas, ni même parfois vrai tout court, que les patients sont des humains et que leur avis/sentiments sont tout aussi importants, et même plus que les nôtres, qu'il n'y a pas de mise en danger pour nous à respecter les patients et leurs choix, que ça ne fait pas de nous de moins bons soigants (au contraire même) et que ça fait de nous de meilleurs humains (donc de meilleurs soignants, CQFD !). Bref, tout ça n'étant pas seulement pas enseigné mais plutôt souvent la cause de soucis au cours des études, ça demande parfois du temps... J'ai aimé la réaction de ma patiente qui lui a souri en lui répondant "de toute manière, ça sera mon choix au moment voulu." En douceur, mais ferme. Peut être que ça aidera ce jeune médecin a prendre du recul, qui sait ?

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27 décembre 2016

Insolite...

En ce moment, tourne sur internet un certain nombre de petits films publicitaires présentant des nouveauté en puériculture. 

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Je suis spontanément sceptique sur les nouveautés concernant un domaine où, j'estime, que le moins on en fait, le mieux c'est. Ou en tout cas, on n'a pas besoin de grand chose pour bien faire. J'ai beaucoup de mal avec les "inventions" qui ne font que créer des besoins, dans l'unique but de gagner de l'argent. Déjà, le siège de bain me donne des boutons (en quelle mesure il apporte une sécurité particulière puisque de toute façon, on baigne son enfant avec ses mains sans jamais, bien entendu, le laisser seul...), le babyphone vidéo (quelle information cela donne en plus, réellement, qui change la donne quant à la santé/sécurité de l'enfant ?) ou autre absurdité qu'on peut trouver en magasin de puériculture.

Les dernières nouveauté atteignent des sommets de bêtise insoupçonnée (en tout cas par moi). Mais en plus, ne sont pas fait pour "améliorer" la vie/sécurité/santé de l'enfant, mais en fait, celle des parents... Alors, attention, je suis à fond pour que les parents se simplifient la vie ! J'essaye de les y aider autant que possible d'ailleurs, le premier réflexe de beaucoup de parents étant de se la compliquer par des questions/enjeux/objectifs pas simples à réaliser. Mais il y a une différence entre se décompliquer la vie qu'on complique pour faire le mieux pour notre enfant, et se simplifier la vie parce qu'un enfant, c'est compliqué, et il faut bien le dire, de temps en temps, franchement pénible...

Alors, je vous présente la coque d'iPhone porte biberon : ce merveilleux produit (qui a levé des fonds importants en quelques jours pour sa création) permet qu'avec le même outil, vous puissiez faire en sorte que votre emmerdeur enfant mange, tout en discutant sur facebook avec les copains ou en jouant à Candy Crush... Faudrait pas que la vie s'arrête à cause d'un braillard quand même ! Créer du lien ? Se regarder ? Passer du temps avec son enfant ? Perte de temps... Et puis bon, on verra plus tard, aujourd'hui, il y a mieux à faire ! Et puis bon, l'effet des ondes sur le cerveau n'est pas complètement prouvé (ah si ? Ah ben tant pis...)...

Dans le genre "truc plus utile pour les parents que pour les bébés", nous avons aussi en stock la "balancelle qui imite le ballottement maternel". Qui n'a pas rêvé d'avoir le truc miracle qui calme son bébé qui pleure et qui permet à une père/un père de pouvoir faire autre chose ? Si j'entends un "moi jamais" je n'y croirai pas une seconde. Mais il y a d'autres moyens que de vous "remplacer" par un bout de plastique vibrant. Pourquoi votre enfant pleure ? Parce qu'il a besoin de vous, pas d'une balancelle qui n'a ni votre chaleur, ni votre odeur, ni votre rythme cardiaque... Alors si vous êtes sur le point de craquer, refilez le bébé à quelqu'un. Si vous ne pouvez pas, mettez le dans son berceau et allez faire un tour pour vous calmer, crier un bon coup, et une fois calme, recommencer à essayer de le calmer. Utilisez un système de portage physiologique, comme ça vous aurez les mains libres. Je sais bien que c'est facile à dire, et que parfois on n'en peut plus. Mais ces moments là arriveront probablement, balancelle ou non... Un bébé a besoin de contact physique, appelle pour cela. C'est normal, c'est indispensable à son développement... Qu'on le veuille ou non...

Nous avons aussi le "coussin d'allaitement pour papa". Alors là j'avoue, j'ai explosé de rire ! Il "se glisse sur le bras, comme un brassard, pour accueillir bébé confortablement". C'est vrai qu'un bras est tellement inconfortable, et puis il ne faudrait pas trop de contact physique... C'est un peu dégoutant, ça, non ? Et donc en quoi il est si spécial ? C'est juste un coussin dans lequel passer le bras. Ah et aussi il se déplie pour aussi faire... ben coussin normal quoi... Merveille oh merveille !

Dans le genre très très mauvaise fausse bonne idée, nous avons le bracelet moniteur de bébé. Il "vous permettra de savoir à la seconde près le moment où votre bébé s’est endormi, s’il a chaud, s’il a faim ou s’il a fait caca". Donc si vous n'étiez pas stressé déjà, vous allez donc le devenir ! Et si vous ne vous faisiez déjà pas confiance quant à votre capacité à vous occuper de votre enfant, vous ne le ferez jamais. Comment donner l'impression factice d'être en contrôle alors qu'on ne l'est jamais ? Et puis c'est vrai qu'il est fondamental de savoir à la seconde que votre bébé à fait caca... Et j'avoue que j'aimerai vraiment savoir comment ce bracelet évalue la faim d'un bébé (parce que c'est vrai que votre enfant est vraiment trop con immature pour pouvoir vous signaler ses besoins, de toute manière) !

Bref, cette liste est bien entendu non exhaustive ! Les commerciaux rivalisent d'imagination pour faire croire à des parents plein de choses et leur faire acheter des gadgets a minima inutiles, voir délétères... Si vous avez d'autres exemples, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaires !

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22 décembre 2016

Appel d'une sage-femme...

A la suite de mon billet sur la douleur et la souffrance, j'ai eu de nombreuses pistes de réflexion quant à de nouveaux billets. Il faut dire que le thème est vaste. Et je vais vous parler de mon expérience en tant que sage-femme. La douleur et la souffrance vue par la sage-femme (enfin, juste par moi...).

Je vais d'abord rapidement vous expliquer mon parcours. Mes études ont été une réelle souffrance. La violence du monde médical, cette ambiance de maltraitance envers les étudiants (et en fait envers toute personne hiérarchiquement inférieure) et envers les patients, le rythme soutenu, l'absence de possibilité de réflexion ou de remise en question... Bref... J'ai heureusement rencontré des personnes tellement merveilleuses qu'elles m'ont permis de continuer malgré tout et d'être diplômée. Mais j'avais pris la décision de me réorienter vers le théâtre une fois mon calvaire terminé. J'ai donc bossé de nuit pour pouvoir payer mon toit et de jour, je prenais des cours pour être comédienne. Et avec le temps, mon amour des patientes me remplissait de plus en plus, et le monde du théâtre me paraissait de plus en plus vain (être témoin de l'humanité la plus pure la nuit, et des combats de coqs le jour, comment dire...). Mais malgré tout, je n'étais pas à l'aise dans ma pratique. 

Je travaillais en milieu hospitalier, une petite clinique où j'avais réussi à faire mon trou à ma sauce (à force de coups de gueule et de remise au clair sur les jobs de chacun, et après avoir pris quelques dossiers sur la tête, véridique...). On me laissait bosser comme je le souhaitais (la plupart du temps), le fait de travailler de nuit aidait grandement. On me faisait confiance et j'ai pu apprendre, garde après garde, qui j'étais en tant que sage femme. Les patientes ont été de merveilleux guides dans mon chemin personnel. Ce sont elles qui m'ont poussé à aller plus loin dans ma démarche, à approfondir mes réflexions, à tenter des choses auquelles je ne pensais pas.

J'ai toujours aimé les accouchements sans péridurale. Je n'ai pas peur du bruit et de la douleur. En fait même, je les aime bien... 

Non, je ne suis ni masochiste, ni cruelle ! Bien au contraire ! Mais le bruit et la douleur sont pour moi une expression de notre humanité, de ce qu'on a au fond de nous. Et c'est ça qui m'intéresse quand je rencontre une personne. Je me fous de l'apparence, je veux connaitre ce qu'il y a derrière. Alors, les moments où les femmes lâchent prise, parce qu'elles vivent intensément l'instant, sont des pépites pour moi ! Et me permettent également de les aider au mieux, plus facilement. 

Une femme est seule face à sa douleur. Personne ne peut partager ce fardeau. Une femme est seule face à l'immense tâche qu'est l'accouchement, personne ne peut le faire à sa place. La seule chose que l'entourage d'une femme en travail (et je m'inclue donc dans cet entourage) puisse faire est de créer un contexte permettant à la jeune maman de vivre cet évènement plus "sereinement". Dès mes études, j'ai réalisé que ma place était celle au coin de la pièce : la présence discrète qui sait être là quand il faut, et qui s'adapte aux besoin de chaque patiente. Et c'est là que le bas blesse...

J'avais choisi pour travailler une petite structure pour avoir le temps de "ne rien faire" au coin de la salle. Avoir le temps de parler ou ne pas parler, serrer une main ou juste respirer, rassurer et expliquer ce qui était en train de se passer... Bref, d'accompagner... Tenter de faire en sorte que cette naissance ne soit pas souffrance. 

Cela demande des ressources émotives très importantes. C'est fatiguant de recevoir autant d'émotions, de peurs, d'angoisses... De les accueillir et de tenter de les apaiser. Souvent, on me demandait si mon métier n'était pas trop dur, en faisant référence aux mauvaises nouvelles, aux choses qui tournent mal... Mais j'avais envie de répondre que tout accouchement, même le plus simple et heureux est épuisant ! Il me remplissait et me vidait en même temps ! Mais le sentiment d'avoir fait un bon boulot faisait largement pencher la balance en faveur.

Et puis les choses ont commencé à changer. Les directeurs d'établissement se sont enchainés. Je me souviens particulièrement d'un petit blanc bec, fraichement sorti d'école de commerce, parachuté là par filon paternel, qui essayait de se la jouer cool et proche (notre première rencontre s'est fait dans un bar près de chez moi...), mais qui n'avait aucune idée de ce que sont des soignants ni de ce qui les motive. Grace à lui, j'ai appris à ne pas me laisser impressionner par des titres et je me suis permise de lui dire le fond de ma pensée... Mais globalement, leurs exigences, leurs demandes ont pris de plus en plus de notre temps avec les patientes, ont également dégradé l'ambiance... Le travail est devenu plus lourd. Et il devenait de plus en plus difficile d'être émotionellement disponible pour les femmes que j'accompagnais. Il m'arrivait de quitter ma garde frustrée car énervée envers une patiente qui m'avait soulée.

Mais qu'est ce qu'une patiente qui me soule ? Les casses-bonbon pénibles chroniques étant rares (mais existent malgré tout), c'est juste une femme qui me demande un peu plus d'attention qu'une autre ! Attention que je n'ai pas le temps ou l'énergie de donner... C'est pour ça qu'elle me soule. Parce que je suis indisponible pour elle, et que donc je n'arrive pas à l'apaiser ou à l'aider dans sa souffrance. Et je dis bien souffrance, pas douleur ! C'est justement une femme qui souffre, en ayant mal ou pas. 

Et la souffrance, c'est contagieux ! Je souffrais de leur souffrance, je m'en voulais de ne pas pouvoir faire mieux, je me rendais compte que parfois, en n'étant peut être pas maltraitante, je n'étais en tout cas pas bientraitante. Et elles souffraient de ma souffrance ! Un vrai cercle vicieux... Il fallait que je change quelque chose et vite car mes patientes et moi-même risquions de payer un lourd prix.

C'est pour cela que je me suis installé en libéral, pour pouvoir avoir le temps avec mes patientes. Pour pouvoir bosser à ma manière et à mon rythme. On me demande régulièrement si l'hôpital ne me manque pas. L'hôpital non. Les accouchements oui ! Ce moment magique et intense, cette première rencontre où je me sens comme une petite souris qui est le témoin d'un moment auquel elle n'est pas vraiment invitée, comme si je regardais par le trou de la serrure... Mais il faut savoir être là où on est le plus utile. Et le libéral, c'est mieux tant pour moi que pour mes patientes. 

Et j'admire mes collègues qui travaillent toujours en structures, qui luttent encore pour la plupart pour conserver l'humanité de ces moments là. Je leur rend hommage d'ailleurs. 

Dans ma préparation à l'accouchement, j'essaye de faire comprendre aux patientes qu'il est important pour elles d'investir leur accouchement, de ne pas attendre d'être accouchée. Le bénéfice est, pour moi, double : pour la femme et pour la sage-femme. Et cela évite de nombreuses souffrances de toute part ! Et les deux sont à mon sens aussi importants. L'accouchement se fait en équipe. Je m'explique : la femme accouche seule mais accompagnée, et ces deux parts permettent un accouchement satisfaisant. On a parlé cet été des tragédies chez les infirmières. Mais ce sont tous les soignants qui sont en souffrance, tous ceux qui travaillent en hôpital ou clinique ! Et ce ne sont malheureusement pas quelques suicides qui changeront grand chose à la logique comptable de nos dirigeants... Et c'est là où, nous, soignants, avons besoin de vous, pour nous aider à pouvoir vous accompagner.

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Mes patientes sont mon plus gros moteur d'évolution, mais j'attends encore plus d'elles. Elle me portent au moins autant que je les porte. Elles me font souffrir aussi, souvent malgré elles. Mais c'est le lot de toute relation humaine sincère. Ma souffrance de sage-femme est liée au fait que je ne peux pas travailler comme je le souhaite (c'est mieux en libéral mais l'avenir est sombre...), elle est également liée au fait que, si les patientes reconnaissent notre utilité dans leur histoire, la plupart du temps, elles n'ont pas conscience que nous avons besoin d'être protégées par elles, que nous sommes fortes mais fragiles, comme elles pendant le travail. Et qu'arrive un moment, c'est à elles de nous protéger, pour nous permettre de continuer à les aider quand le besoin est là. 

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18 décembre 2016

Recentrage (ou comment éteindre la télévision ?)

Je ne suis pas forcément à la pointe de la technologie. Je l'utilise au quotidien, mais j'essaye de ne pas en devenir l'esclave en fait. Par exemple, je n'ai pas de télévision. J'ai un smartphone, un ordinateur et basta. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir autre chose. Grâce à internet, si j'ai vraiment envie de regarder quelque chose, je le cherche, et le trouve. Je suis dans une démarche volontaire, de choix. L'idée d'allumer la télé et de regarder ce sur quoi je tombe au hasard m'angoisse car ça me donne simplement l'impression d'un abêtissement violent et volontaire... Donc je refuse ! Surtout quand on voit la qualité des programmes qui ont, à mon sens, comme effet de tirer notre réflexion ou notre vision de l'humain vers le bas (voir le très bas) et qui nous coupe de la possibilité de vivre l'instant présent.

Un truc qui me choque beaucoup quand je vais chez des patientes est que dans une grande majorité des cas, la télé est allumée, sur un programme d'une débilité affligeante (en général de la téléréalité). Je viens pour vérifier que tout le monde va bien, que bébé soit déjà né ou pas encore. Et parfois, je dois lutter contre le son de la télé, ou bien je vois bien que les personnes présentes partagent leur attention entre ce qui se passe sur l'écran et ce qui se passe dans leur salon. 

Dans ce cas, je ne suis pas sure que ce soit mon rôle d'essayer de les sensibiliser à ce qu'ils manquent... J'ai essayé, mais souvent, je vois bien qu'ils ne comprennent pas du tout mon propos. J'essaye de les recentrer sur ce que je fais, sur ce que fait le bébé, sur ce que leur corps fait... Mais je sens bien que le vrai message tombe à plat. Le seul truc que je ne lâche pas est la prévention concernant l'effet des écrans sur les enfants (même si j'ai peu d'espoir qu'il y ait un réel effet...). D'ailleurs, l'excellente campagne de prévention faite en Belgique est à voir de toute urgence (ne cherchez pas de campagne française, il n'y en a pas...).

L'autre moment où la technologie me parait très très très très problématique est pendant le travail et l'accouchement. Dieu merci, il y a assez peu de maternités équipées de télévisions en salle de travail (fuyez les !!! Manifestement, ils n'ont rien compris aux besoins d'une femme en travail !!!). Ce moment dans la vie d'une femme est vraiment particulier à tout point de vue. 

Premièrement, il mène à une rencontre unique. C'est le chemin vers ce à quoi vous avez bossé pendant 9 mois. C'est une fin et un début, tout en étant un passage (vous me suivez toujours ?). Il transforme des parents, et concrétise un enfant. Et vous ne le vivrez qu'une seule fois (puisque tout travail est différent). Ne pas le vivre à fond est donc le meilleur moyen de passer à côté, d'un point de vue symbolique mais aussi psychique. Et ça peut avoir des conséquences sur votre positionnement en tant que parent, sur votre relation avec votre enfant, votre rapport à votre corps... On entend parfois la réflexion de la part des mamans, quand l'accompagnement n'a pas été celui dont elles auraient eu besoin, "j'ai l'impression que je n'ai pas vécu mon accouchement" ou bien "ce n'est pas moi qui ai accouché". Eh bien s'occuper à autre chose que de vivre en pleine conscience son travail revient exactement à cela, sauf que c'est de manière volontaire. 

J'entends déjà les "un travail c'est long, il faut bien s'occuper". Mais en fait, un travail c'est long et c'est court. Que sont quelques heures dans une vie ? Il est vrai qu'un travail avec péridurale, puisque la douleur physique est plutôt apaisée (sinon c'est qu'il y a un problème !), on est moins "occupée". Mais pourquoi avoir besoin d'être "divertie" ? Ne peut-on pas vivre le moment avec son conjoint ou avec la personne qui nous accompagne ? Ne peut-on pas rester l'esprit à ce qui se passe physiquement et à ce que ça va entrainer ? Ne peut-on pas penser à ce pitchoun qui fait son chemin dans notre corps, même si nous n'en ressentons que peu ou pas les effets ? Ne peut-on pas le soutenir, être là en pensée avec lui, l'accompagner ? Est-on obligé d'être occupé ailleurs ?

Deuxièmement, d'un point de vue physiologique, les hormones en jeu dans le travail sont très influencées par une partie primitive de notre cerveau, une partie très animale. En cela, nous ne nous différencions pas de n'importe quel mammifère de la planète. Or que fait un mammifère quand il va mettre bas ? Il va se trouver un petit coin tranquille, protégé, pour faire son travail : un buisson, une panière remplie de linge... Instinctivement, le mammifère s'isole pour mettre bas. Et c'est une excellente idée parce que ça permet à cette partie de notre cerveau de fonctionner correctement. Tout ce qui va créer un sentiment de sécurité (et je ne parle pas d'intellect mais d'instinct, il doit se ressentir, pas se dire...) va favoriser l'accouchement. Ca va de la lumière tamisée, au fait de ne pas être dérangé. Ca passe donc par l'absence d'intéractions avec le monde extérieur ! On ne peut pas en même temps être centré sur ce qui se passe à l'intérieur et ouvert à ce qui se passe à l'extérieur.

Je me souviens d'une proche qui avait fait une groupe de discussion pour nous tenir au courant de l'avancée de son travail. Je n'avais pas du tout apprécié. D'abord parce que j'avais l'impression qu'on me forçait à être le témoin d'un des moments les plus intimes qui soit dans une vie (envoie-t-on des notifications quand on fait l'amour ?). Mais aussi parce que j'avais juste envie de lui crier de vivre son moment pleinement, elle et son homme, sans partage extérieur ! Ma réaction, vraiment extrême, face à cette discussion m'avait surprise à l'époque. J'avais saisi tout de suite le côté "voyeurisme imposé" que ça m'avait fait ressentir, mais je ne comprenais pas ma colère (car c'est vraiment ce que j'avais ressenti). En y réfléchissant, j'ai compris que les progrès fabuleux de notre société nous entrainent parfois dans une sorte de "vie parallèle", nous déconnecte de nous même et de ce que l'on vit. Et le réveil est parfois douloureux. Parfois ça ne l'est pas parce qu'on ne se réveille pas vraiment... Mais quand je vois les souffrances de mes patientes, quant à leur place de maman, quant à leur place dans leur couple, quant à leur rapport avec leurs enfants, je me dis que ça serait déjà bien de vivre vraiment l'instant, sans être dérangé, sans faire de bruit, juste le vivre...

Les conseils que je donne à mes patientes concernant le travail et l'accouchement sont de ne prévenir personne, ou le moins de personnes possible jusqu'à ce qu'ils aient vraiment atterri après la naissance du pitchoun. Et bien sur, d'éteindre leur téléphone... Non seulement c'est mieux pour eux, mais aussi pour les proches parce que le temps est vraiment long quand on attend des nouvelles, et l'inquiétude n'est jamais bien loin... 1063036

Votre vie est réelle, pas de la téléréalité. Recentrez vous dessus. Vivez la vraiment ! Ne partagez que ce qui doit être partagé, le reste vous appartient, juste à vous. C'est délicat et précieux ! Protégez vous, comme la maman chat dans son buisson...

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25 septembre 2016

foutues hormones !

Je sais pas vous, mais il y a une phrase qui a le don de me faire grimper au plafond (bon en fait il y en a plusieurs, mais celle-ci est parmi les best of...). Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai pu entendre, parce que j'étais énervée/fatiguée/mauvaise journée, et que j'ai réagi au quart de tour à une situation, la fameuse phrase :"Tu as tes règles ?" Comme si le fait que j'ai mes règles annule tout effet irritant des évènements/situations, et explique de manière unique la réaction qui a provoqué la question. Comme si, pendant les règles, nous, les femmes, devenons des êtres uniquement guidées par les hormones, et donc hors d'atteinte de toute rationalité.

L'équivalent pendant la grossesse est "Ce sont les hormones." Si une femme réagit d'une manière inhabituelle, tout s'explique ! Son cerveau a été déconnecté et la relève a été prise par les hormones...

Et j'avoue que ce genre de situation me donne envie de réagir de manière un peu plus encline encore à conforter mon interlocuteur dans sa bêtise réflexion. Ca me provoque simplement une petite poussée d'agressivité. Tout comme provoque une poussée d'agressivité la phrase "vous n'avez pas mal, c'est dans votre tête.". Parce que pour moi, c'est très exactement la même chose ! La douleur est la conséquence d'un évènement. Parmi les composantes de la douleur, il y a le psychisme. Mais ça ne réduit pas la douleur à quelque chose d'uniquement psychique, ça n'est pas quelque chose d'imaginaire ! Donc quand une femme qui a ses règles, ou qui attend un enfant, agit de manière inhabituelle, elle réagit à un évènement. Ca n'est pas imaginaire !!!!

En préparation à l'accouchement, je propose une séance avec les conjoints, sans les mamans. L'idée au départ était de leur laisser un espace rien que pour eux, pour pouvoir exprimer ce qu'ils voulaient et se focaliser sur leur rôle, leur place... Bref, sur eux. Et avec le temps, face à certaines questions, j'ai commencé à me pencher sur les changements d'attitudes des femmes attendant un enfant, et des femmes qui viennent d'avoir un enfant. Pourquoi sont elles différentes ? Et comment sortir de cette idée, les hormones... Et comment faire comprendre aux conjoints que leur femme n'est pas cette espèce d'énigme guidée par cette force obscure ?

Je prends beaucoup comme modèle le monde animal, parce qu'à mon sens il n'y a pas de moment plus commun entre tous les mammifères que cette période de gestation, de mise au monde et d'accueil du petit. Et j'ai réalisé qu'on trouvait normal que la lionne montre des dents quand on s'approche de son petit, on ne dit pas que ce sont "ses hormones" ! On dit qu'elle protège. Alors pourquoi quand la femme montre des dents (concrètement, cela se traduit plutôt par une capacité à s'énerver plus rapidement), on ne comprend pas ?

Les neurosciences vont dans mon sens (non, je ne prend pas la grosse tête ! J'aime juste bien qu'on aille dans mon sens...). Il semblerait que la grossesse stimule le cerveau : les femmes enceintes identifient mieux les émotions négatives sur le visage des autres (peur, colère, dégoût). Elles sont aussi moins sensibles au stress, ce qui pourrait avoir un effet protecteur, pour elle et pour le fœtus, contre ses effets délétères. Et contrairement à ce que voudraient sous entendre certains, l'ocytocine, hormone majeure de l'accouchement et l'allaitement, qualifiée parfois d'"hormone de l'amour" entraine une meilleure régulation émotionnelle. Ainsi, "la grossesse, l’allaitement et les interactions avec l’enfant stimulent la plasticité cérébrale", c’est-à-dire la multiplication des interconnexions entre les neurones afin de faire apparaître ou d’augmenter des compétences. Certains biologistes suggèrent même que cette stimulation cérébrale a joué un rôle dans l’évolution du cerveau des mammifères. Les modifications de l’encéphale pendant la grossesse et l’allaitement maternel, "peuvent persister toute la vie et préparent les mères à la myriade de défis qu’elles devront affronter pour prendre soin d’un petit être vulnérable".

Parce que c'est bien de ça dont il est question ! La protection d'un petit être vulnérable ! Tout, chez une femme qui attend et qui accueille un enfant tourne autour de ça. Il s'agit de quelque chose d'aussi primitif que le survie de l'espèce... Ca n'est pas de "l'instinct maternel" (si tant est que cela existe), c'est de l'instinct animal !

Récapitulons : votre femme, enceinte, elle qui est d'habitude si organisée, oublie un nombre incroyable de choses... Comment le contraire serait possible ? Elle est focalisée (qu'elle le veuille ou non, et qu'elle s'en rende compte ou pas) sur le job monumental qu'elle est en train de faire à ce moment précis : permettre à un petit de grandir de la meilleure manière possible. Elle mange différemment ? N'exprime pas les mêmes besoins que d'habitude ? Son corps et ses besoins sont différents et elle est plus sensible à cela aussi.

Votre femme, jeune maman, s'est senti agressée par la phrase anodine de la voisine qui racontait comment elle s'était occupée de son propre petit ? Cela peut être ressenti comme étant une remise en question de la manière dont elle protège son enfant. Cela peut être vécu comme une agression. Et comme une lionne face à une agression, elle montre des dents.

De quoi a besoin votre femme à ce moment là ? Votre job à vous, les conjoints, c'est d'assurer la sécurité émotionnelle et physique de votre femme. Alors je dis en prépa "Ne discutez pas, à ce moment là, elles ont forcément raison." Pas pour avoir une paix factice ! Mais parce qu'elles ont besoin du soutien inconditionnel de leur conjoint. Elles ont besoin de se sentir soutenues, même quand elles ne sont pas comprises. Parce qu'une lionne qui se sent en danger montre encore plus facilement les dents, une maman qui se sent en insécurité émotionnelle va réagir encore plus fort. C'est de l'instinct. 

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Cela ne veut pas dire qu'il n'y a jamais moyen de discuter ! Et de modérer ! Qu'il faut juste subir une lionne à la maison ! Non ! Bien sur ! Il s'agit simplement de choisir les moments où la discussion est possible. 

Je dis souvent à mes patientes que les premières semaines avec notre petit ne sont pas vraiment un moment où la vie sociale doit être importante. Même si les gens ont envie de célébrer la bonne nouvelle. Il y a tant à faire à ce moment là qui nécessite du calme... Découvrir ce petit inconnu dont on a la charge, trouver sa place en tant que parent, trouver l'équilibre de la nouvelle petite famille, savoir qui on est en tant qu'individu, couple... Beaucoup de challenges ! Et s'il y a du monde souvent, qui perturbe ce cheminement, c'est plus compliqué ! Ce sont d'autant plus de potentielles menaces pour une jeune maman. Cela ne veut pas dire s'isoler non plus ! Au contraire ! Cela veut dire s'entourer de personnes permettant de contribuer à cette sécurité émotionnelle et physique. Des gens aidants et bienveillants, respectueux des limites des jeunes parents (même s'ils ne les comprennent pas). 

La maternité et la parentalité sont bien plus que de simples évènements physiques. Cela parait évident en théorie mais c'est malheureusement dans les faits souvent réduit à cela. A notre époque, tout doit s'expliquer, on doit avoir des réponses pour tout. C'est bien embêtant parce que je crois que nous ne connaissons qu'une infime partie de notre monde (j'inclue dans ce mot notre planète et tous ses habitants). Et on a une facheuse tendance à nier ce que nous n'expliquons pas ou ne comprenons pas, ou à le réduire à quelque chose que nous pouvons expliquer, même si en réfléchissant bien, on se doute que c'est "plus" que ça. 

Alors pourquoi ne pas simplement accepter les attitudes différentes, même si elles nous paraissent parfois bizarres ou extravagantes ? Pourquoi les nier en les réduisant à un simple "ce sont les hormones" ? Ne vaut il mieux pas simplement les entendre, les accepter et ne pas les juger ? Les prendre en compte comme aussi importantes que n'importe quelle autre manifestation et modifier notre comportement pour écouter/rassurer/encourager ? Essayez, vous verrez, ça marche !!!

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20 juin 2016

la rançon de la gloire ou comment il est facile de perdre son indépendance...

Il y a quelques semaines, j'ai reçu un mail me proposant une collaboration avec l'INPES, pour participer à la diffusion de messages concernant la campagne de promotion de la vaccination. L'offre étant sacrément alléchante ! 500€ pour écrire deux billets !!!

Je me suis dit : "Le début de la gloire ?". Mon petit blog, pas énormément visité, aurait il plus d'aura que le pensais ?

Et puis une fois passé la réaction amusée et un peu flattée (je l'avoue...) de mon égo, j'ai commencé à réfléchir. Que me demandent-ils exactement ? Est-il éthique d'être payée pour écrire des billets ? Qu'en serait il de ma liberté d'expression ? Donc j'ai demandé plus de détails, assez intriguée par cette offre et ce qu'elle impliquait, cherchant à comprendre ce que je sentais de manière floue comme sacrément dérangeant...

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Je vous laisse apprécier la réponse que j'ai reçue :

"Nous aimerions donc travailler avec vous afin que vous rédigiez deux articles qui suivent ce calendrier de vaccination, un en juin et un en septembre, afin que votre communauté soit au courant de cette campagne.

Ces articles, bien sûr, seraient relus par le cabinet ministériel mais nous souhaiterions avant tout que vous gardiez votre plume, votre univers pour rédiger ces articles.

Nous avons à disposition des URLs afin de vous aider dans la rédaction de votre article."

Donc si je comprends bien, on me demande tout bonnement d'être l'agent de com du ministère et de la santé publique... Mais tout en gardant ma plume (?!!)... Autant qu'ils m'envoient le texte que je retravaille avec celle ci, non ? Ne sont ils pas sympa, ces communiquants, en m'autorisant à mettre de manière contrôlée, mon style, dans mon blog ?!!!

Bref, je me suis donc lancée dans cette réponse :

"Si vous avez un peu lu mon blog, l'idée est de lancer la réflexion quant à une juste place de la médecine, et de laisser les patients choisir eux mêmes leur chemin. Je ne pourrai donc pas faire un billet disant "la vaccination c'est génial, voila ce qu'il faut que vous fassiez". Ça serait perdre "ma patte" comme vous dites. 

A propos de la vaccination, mes idées sont bien plus nuancées. Et j'ai un vrai gros doute quant au fait que la nuance soit au goût du ministère qui a l'art de faire dans le message de bloc...
La seule possibilité que je vois, pour ne pas perdre mon indépendance et devenir un "agent de la bonne pensée commune médicale" est de faire des billets dont le thème est la vaccination, qui sera forcément nuancé et sans ligne de conduite dictée, avec un lien avec le calendrier vaccinal, le tout sans relecture car je n'imagine pas de censure dans mon blog.
J'espère que vous comprenez mes fortes réserves."
Et alors qu'auparavant les réponses étaient assez rapides, celle à ce mail a été assez longue à venir ! Bizarre, bizarre !!! Elle a donc été, comme prévu, une fin de non recevoir. Je ne suis pas un petit soldat assez docile, même pour 500€ !!
Cette petite histoire m'a inspiré pas mal de réflexions ! Notamment la prise de conscience du fait qu'il est facile et parfois anodin en apparence de commencer à s'éloigner de la route de l'indépendance. Parce que que me coûte d'écrire deux petits billets de rien du tout, surtout pour une somme non négligeable ? Ben justement ! Ca me coute ma conscience personnelle, professionnelle, ma morale et ma liberté ! Quand on s'aliène juste un peu, on s'aliène tout court. La nuance là dedans n'existe pas ! Les petits arrangements avec la conscience restent des arrangements, donc du mensonge. Et que le mensonge soit petit ou gros, c'est un mensonge. Point barre !
La recherche de ce mode de canal pour communiquer ne me choque pas. Les blogs sont, de nos jours, un tel moyen d'expression, qu'il me parait normal que des communiquants essaient de s'en servir. Ce qui me gène le plus, c'est qu'ils aimeraient que ce soit présenté comme une réflexion personnelle, genre "tiens, si je faisais un billet sur la vaccination ?" et que le côté diffusion rémunérée soit pour le moins discret... Cela aurait certes moins d'impact !
Il me parait important de vous transmettre ce genre de connaissance, car tout cela me donne l'amère impression qu'il faut être en permanence vigilants, l'impression d'être potentiellement dupés est tellement omniprésente. Que ce qui parait être une expression spontanée ne l'est pas toujours et les intentions sont parfois manipulées par de nombreux motifs...
J'ai également reçu depuis des demandes de "partenariat" avec des produits de puériculture mais aussi avec une entreprise de vêtements professionnels (alors là, je n'ai pas très bien compris...). Bref, les sollicitations se multiplient. Mais maintenant, je connais mieux ma posture. Tout comme les labos sont interdits dans mon cabinet, les sollicitations quelles qu'elles soient le sont également sur mon blog !

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22 mai 2016

Fais pas ci, fais pas ça... Bla bla bla...

Il y a une chose qui m'a toujours surprise. Irrité aussi, mais passée cette première réaction, c'est la surprise qui domine. Quelle future maman n'a jamais eu à se protéger des mains balladeuses sur son ventre arrondi ? Des conseils plus ou moins avisés, mais rarement demandés, sur telle ou telle chose à faire/ne pas faire pendant une grossesse ? Des réflexions sur le fait que son enfant fait trop ceci/pas assez cela ? Des coups de gueule de parfait inconnus sur le fait qu'il est trop/pas assez habillé, que vous le reprenez trop/pas assez ? La liste est sans fin...

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Bref, à partir du moment où un enfant se dessine dans l'image de votre vie, cela devient du domaine public...

Plus je fais mon travail de sage femme libérale, plus j'accompagne les femmes dans leur chemin du "devenir mère", plus j'observe, et plus je me dis que la société dans laquelle nous vivons est sacrément difficile pour les mères. Elle est comme un peu schizophrène, en fait (la société, pas la mère, vous avez compris !). 

Je m'explique : Nous avons pendant des siècles vécu en communautés. Communautés familiales, communautés territoriales (la notion du lieu de vie était hyper importante)... Le bannissement était parfois pire que la mort. Parce qu'il était nécessaire d'être en groupe pour survivre, ou mieux vivre. Et l'enfant était la charge d'une communauté. C'est le groupe qui s'en occupait. Les parents avaient bien sur une place particulière dans cette communauté concernant l'enfant. Mais l'enfant était la responsabilité du groupe.

Aujourd'hui, nous sommes dans une société très individualiste. La notion d'appartenance à une communauté n'est plus aussi vive, voir a quasiment disparu. Le centre de fonctionnement de notre époque est l'accomplissement personnel. Il n'y a pas de jugement là dedans. J'en suis d'ailleurs un pur produit. 

D'un point de vue de la parentalité, ça complique sacrément l'affaire. Et ce, de différentes manières. 

Tout d'abord, d'un point de vue responsabilité. L'enfant n'est plus la charge d'un groupe mais la charge des parents. Quand je vois l'état d'épuisement de mes patientes dans les mois qui suivent une naissance, je me dis qu'un truc cloche forcément. Parce qu'en plus, elle doit également penser au reste de son épanouissement personnel impliquant le boulot, la vie conjugale, les loisirs... Bref, elle doit affronter seule tellement de choses, sans présenter la moindre faille parce que sinon elle "échouerait" ! Et puis bon, c'est elle qui le voulait, non ? C'est assez implicite dans les message véhiculés par notre époque. Donc au lieu de pouvoir déléguer certaines tâches de maman, elle doit les gérer aussi parfaitement que le reste. Et le papa là dedans ? Certains sont impliqués, d'autres moins. Mais malgré tout, je remarque le fossé de pression entre les deux sexes concernant les rôles de chacun. Je n'explique pas, je constate.

Par ailleurs, comme pendant des millénaires l'enfant était la responsabilité d'un groupe, et que les fonctionnements ancestraux ne s'efffacent pas si facilement, le groupe continue à être impliqué, sans forcément être aidant... C'est à ça que j'attribue toutes ces attitudes déplaisantes, toutes ces réflexions déplacées... A de vieilles habitudes sociétales. 

Et ce qui est dommage c'est que c'est simplement le mauvais côté de l'organisation d'antan qui perdure. Il parait relativement légitime que le groupe sur lequel repose la responsabilité de l'éducation d'un enfant, et donc également le risque de discrédit si cet enfant "sort de la route", donne son opinion sur la manière d'éduquer un petit. Mais à l'heure actuelle, il n'y a que les réflexions, sans le partage de responsabilité, de temps...

Je suis récemment rentrée d'un séjour au Maroc. J'ai discuté avec notre guide des changement inhérents à la modernité, notamment dans ce que cela impliquait dans une famille. Il m'expliquait qu'il trouvait bien que la femme marocaine avance vers la modernité. Mais il me disait que cela créait des vrais problèmes, notamment dans l'organisation de la famille, que la communauté familiale se délitait et que l'incompréhension intergénérationnelle augmentait. Et que ce sont des challenges non négligeables à relever, une refonte complète de la mentalité de la société.

J'ai vu mes séances de préparation à l'accouchement et à la parentalité évoluer énormément en quelques années, car je me suis rendue compte de nombre de choses. Et que je suis frappée par le nombre de témoignages de mamans se sentant seules pendant leur congé maternité. Seules et épuisées. Et c'est vrai qu'elles le sont, seules et épuisées, et puis elles se sentent un peu coupables de l'être, parce qu'elles le voulaient cet enfant, elles se sentaient prêtes, parce que leur mère en a élévé bien plus... Quand j'aborde les suites d'une naissance, je commence par leur expliquer l'importance du réseau de soutien. Ca peut être la famille, ça peut être des amis, idéalement c'est géographiquement proche mais parfois un simple coup de fil à une personne ressource peut redonner le moral. Il faut y penser avant car une fois le moment de besoin arrivé, c'est déjà un peu tard. Je leur dit qu'elles peuvent arriver à s'occuper de leur enfant toutes seules, mais est ce nécessaire de se compliquer le chemin ? Mais la chance que nous avons à notre époque est de choisir le réseau de soutien, pas de le subir ! Mais nous en avons impérieusement besoin...

Le parallèle va peut être choquer mais quand on annonce une maladie grave, un chemin médical compliqué, on se renseigne toujours (ou en tout cas on devrait !) sur les personnes ressources sur qui le patient va pouvoir s'appuyer quand ça sera dur. Parce que cela le sera ! Forcément !

Un enfant n'est pas une maladie ! Mais il y aura des moments durs, forcément ! Et là, il faut savoir s'appuyer sur d'autres personnes que les 2 parents. Il faut savoir "refiler le bébé", littéralement ! Pour souffler...

Alors, oui, ces réflexions de parfaits inconnus, de belle maman ou de la cousine sont tout simplement insupportables. NE PAS LES ECOUTER, je répète NE PAS LES ECOUTER !!! Mais en tirer comme conclusion que non, il n'y a pas de honte à avoir besoin des autres pour éduquer son enfant, c'est ce qui se fait partout dans le monde depuis toujours. Il n'y a pas de honte et c'est même normal de se reposer sur les autres. Et que ça n'est pas un abandon d'une partie de notre parentalité, peut être est-ce même une optimisation d'ailleurs ? 

J'aime le dicton "seul on va plus vite, ensemble on va plus loin." Et qu'il est long, infini même, le chemin de la parentalité !!!

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24 avril 2016

Baby boooooooooooom...

Une dure période commence pour nous, sages-femmes... Une certaine émission recommence, avec des caméras 24/7 dans un maternité, montrant ce qu'elle veut bien montrer au fil des rush et autres morceaux choisis...

J'avais regardé la première année et j'avais franchement trouvé ça comme un reflet assez fidèle de mon travail hospitalier (que je venais de quitter), sans trop de pathos ni d'extraordinaire. Bref, la beauté de l'ordinaire, et les défauts de l'ordinaire... Puis le temps a passé, l'émission a continué, il a bien fallu sortir de l'ordinaire pour que les gens continuent à regarder et là, ça m'a énérvé ! Et puis, en arrêtant de travailler à l'hôpital, j'ai aussi pu prendre du recul par rapport au travail qu'on y fait. Même si j'ai toujours été en réflexion là dessus, le fait de ne plus travailler en hôpital permet de sortir des schémas de pensées institutionnels et d'être encore plus objective par rapport à notre pratique. 

Et c'est à ce moment là que cette émission m'est devenue insupportable (et finalement même ces premiers épisodes qui ne m'avaient pas vraiment choqué au départ...)!

Et c'est à ce moment là que j'ai aussi été obligée de la regarder !!!

Récemment mis à jour1

A force d'entendre en séance de préparation à l'accouchement : "J'ai vu dans biiiiiip que ça se passait comme ci ou comme ça."... Il fallait donc me torturer regarder cette bouse sentimentaliste émission pour pouvoir consciencieusement déconstruire les idées reçues et autres faussetées que cela enfouit bien profondément dans la tête des patientes et de leurs maris (qui sont parfois un peu obligés de regarder, comme si ça risquait de leur faire du bien...).

Peut être, comme certaines amies, ne comprenez vous pas mon rejet de ce que certains apprécient tant. Laissez moi vous expliquer plus dans le détail ma pensée (que vous connaissez probablement un peu si vous avez lu quelques autres articles de ce blog) :

Les femmes sont mes héroïnes ! Cette évidence m'est apparue plus spécifiquement pendant mes études (mais bon, étant en études de sage-femme, je pense que ça date d'avant), et quand je pense à cela, me revient en mémoire l'histoire de Marie (et pour que je me souvienne et du nom et de l'histoire, et j'ai même gardé son visage en tête ! Autant vous dire que Marie m'a révélé à moi même, pour ainsi dire !). J'étais en troisième année d'école. Marie voulait à tout prix accoucher sans péridurale. C'était son premier bébé, elle devait être déclenchée pour une raison que je n'ai pas gardée en tête. Un déclenchement est physiquement plus dur qu'un travail spontané. Et son choix d'absence de péri, déjà à l'époque peu compris pour un travail naturel, était définitivement une énigme pour un déclenchement. Et manque de bol, elle a payé son choix... Ils n'ont pas été tendres avec elle. Ils ne l'ont pas aidé à y arriver. Elle a du se débrouiller toute seule, et elle l'a fait !!! Je n'étais pas l'étudiante en charge de l'accompagner, mais comme je connaissais un peu son mari, et que j'étais admirative de ce choix et de cette détermination, je venais de temps en temps l'encourager et la féliciter. Je crois que j'étais la seule. Même mon amie qui l'accompagnait (et qui est une personne merveilleuse) jugeait son choix. Mais elle a tenu ! Elle a suivi son chemin, en dépit de l'accompagnement négatif qu'elle recevait. Et depuis ce jour, mon admiration pour les femmes et leurs compétences n'a fait que grandir ! Et ma condamnation des conséquences négatives des idées reçues et des gestes médicaux non justifiés aussi...

Je ne plaide pas pour que le travail se passe de telle ou telle manière précisément. Je ne plaide pas pour une absence de médicalisation. Je ne plaide pas pour un 0 péridurale. Je plaide pour permettre à la femme de trouver sa propre place dans ces moments si spéciaux et en même temps ordinaires que sont la grossesse et l'accouchement (et la suite aussi mais ce n'est pas ici le sujet...). Pour qu'elles puissent savoir ce dont elles ont réellement besoin, il convient de leur expliquer les choses de manière objective, mais également de leur permettre de se découvrir, découvrir leurs forces, comme Marie a pu le faire pour moi ! Et qu'ensuite, elles aient la possibilité de faire leur propre choix, choix résultant de leur histoire personnelle, pas de la crainte qu'on a pu leur mettre en tête. Nous (les accompagnateurs des femmes) sommes là pour leur donner cette possibilité là jusqu'au bout. 

Et pourtant, ça n'est pas vraiment ce que nous faisons... Je parle ici de manière générale, car de manière individuelle, un nombre certain de professionnels ont cette démarche. Mais dans sa globalité, le monde médical est dur pour les patients. Nous avons besoin de "faire". Quitte à mettre le doigt dans un rouage qui fonctionne et de faire dérailler le processus, nous rendant alors indispensables pour rattraper la situation que nous avons nous même créé.

Et cette émission transmet ce message de "sans nous, c'est fortement risqué"... Le pire, c'est que ce message est si bien ancré dans notre subconscient qu'il n'est la plupart du temps même pas senti.

J'essayais de trouver une analogie pour expliquer simplement mon propos. Elle est imparfaite mais permet malgré tout de rendre les choses plus claires : Imaginons que vous emmenez votre voiture en révision chez votre garagiste. Elle tourne globalement bien. C'est juste une révision de routine. Votre garagiste fait très exactement ce qu'il a l'habitude de faire, un check up. Il met ce qu'il a l'habitude de mettre comme "produits qui doivent améliorer les compétences de votre voiture". Et vous dit, tout va bien ! A l'année prochaine.

Et puis quelques semaines plus tard, votre voiture commence à déconner. Vous la ramenez chez le garagiste et là il diagnostique un problème. Il se trouve que ce problème est créé par les "produits qui améliorent les compétences de votre voiture" mais le garagiste ne fait pas le lien parce que "on a toujours fait comme ça" donc pourquoi chercher à faire des liens. Et il répare la panne. Et vous repartez avec une voiture qui roule, en remerciant le garagiste de vous avoir évité de devoir en racheter une autre.

Voilà un peu le problème de la médecine se mêlant de la physiologie. Ma maman me disait quand j'étais petite "le mieux est l'ennemi du bien". Rien est plus vrai dans l'accompagnement d'une naissance ! Pourquoi chercher à améliorer ce qui fonctionne ? Pourquoi chercher à accélérer un travail qui avance ? Pourquoi prendre une place qui n'est pas la notre ? Pourquoi ne pas simplement accompagner une femme dans sa mise au monde d'elle-même ? Pourquoi ne pas accepter d'être un second rôle ?

Voilà pourquoi cette émission m'irrite tant ! Parce qu'elle enfonce le clou quant au fait que le premier rôle est la médecine et le second est la femme qui enfante. Parce que cette inversion des rôle a des conséquences dramatiques tant d'un point de vue physique, médical que psychologique. Parce que c'est également jouer avec les peurs naturelles universelles que sont la peur de la mort, peur de la douleur... Au lieu de les accompagner pour les dompter... 

Bref, parce qu'elle empêche les femmes d'être les héroïnes que je sais pertinemment qu'elles sont !!!!

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11 avril 2016

De la technologie moderne et de ses effets indirects...

Quand j'ai annoncé à mes amis et mes proches que je m'installais en libéral, la plupart des réactions ont été : "Super ! Tu vas pouvoir gérer ton planning comme tu veux, prendre des vacances quand tu veux !"... Bilan des courses, je n'ai pas pu prendre de vacances pendant 2 ans ! Bon, étant donné que nombre de mes collègues arrivent à en prendre, et avec la connaissance de la gestion toute personnelle de mes finances, l'exercice libéral n'est clairement pas le seul à mettre en cause dans cet état de fait, mais il en a quand même une grosse responsabilité !

Effectivement, quand on s'installe en libéral, on est confronté à une donnée inconnue : la gestion d'une entreprise ! Ben oui, on est une toute petite entreprise, mais une entreprise quand même ! Il y a non seulement l'administratif et tous ses menus plaisirs, mais aussi la gestion financière, avec des revenus irréguliers.

Quand on s'installe en libéral, on est également confronté au patient de manière différente, plus personnelle. On est en face à face, sans être "protégé" par une structure. On est seul, face à lui. Et ça aussi, c'est sacrément compliqué !

Ca fait donc deux bonnes raisons de travailler sans pouvoir "gérer son planning comme on veut" : le côté "entreprise qui ne repose que sur moi" et le côté "patient qui ne repose que sur moi". 

Avec le temps, et les débordements, on arrive à assurer une balance qui permet d'avoir une vie plus équilibrée. Mais que c'est difficile, et douloureux parfois ! Mais que c'est nécessaire aussi.

J'ai récemment lu un article d'un magazine sur une jeune généraliste, qui a été obligée de prendre des mensures drastiques pour pouvoir continuer son travail et avoir une vie satisfaisante. Heureusement qu'elle est sacrément motivée et qu'elle aime passionnément ce qu'elle fait, car plus d'un aurait jeté l'éponge ! Il se trouve ici. Il peut y avoir par là une piste de réflexion sur les causes de non installation de jeunes médecins généralistes par exemple... Ca m'a rappelé, mon cas est heureusement d'une bien moindre mesure, dieu merci, certains apprentissages difficiles de ma vie professionnelle.

SONORE

Un de mes credo est la disponibilité pour mes patientes. Je n'ai pas de secrétaire car je préfère les avoir directement au téléphone. Idéalement, je voudrait être en libre accès ! Mais libre accès ne veut pas dire libre service !!! Parce que des coups de fils à des heures indues, des sms en pleine nuit, suivis du second sms demandant pourquoi je ne réponds pas... Bref, des gens qui, puisque la nouvelle technologie permet de contacter, contactent, sans regard pour la personne qu'ils contactent. Certains collègues, médecins en général, me racontent qu'ayant donné leur mail à certains patients, se retrouvent avec des mails envoyés en pleine nuit avec des questions aussi existencielles que "je tousse, est ce que je dois consulter ?". En pleine nuit !!! Ils s'attendent à quoi ? A une réponse ? Nous ne sommes pas des forums internet à nous tout seul (en quantité comme en qualité, je recommande le praticien, bien sûr...).

Bêtement, j'avais tablé sur le fait que la relation que j'établis avec mes patientes est un échange, de confiance, de respect... Avec la plupart, c'est d'ailleurs le cas ! Voir même, ce sont elles qui me disent de me ménager ou de partir en vacances... Mais il y a toujours ceux qui gachent tout, et pensent que je suis à leur service. Et là, ça ne passe pas ! Et quand j'ai compris, je les oriente vers quelqu'un d'autre parce que si notre relation n'est pas sur ces bases, je ne peux pas continuer. Mais c'est terrible de devoir régulièrement poser des règles de respect et de simple éducation ! Alors, maintenant, quand je dis à mes patientes qu'il ne faut pas qu'elles hésitent à m'appeler, je précise : "Je ne répondrai pas forcément, mais si vous me laissez un message, je l'écouterai. Si je suis en week end, et que j'estime que ça ne peut attendre lundi, je vous rapellerai. Mais bon, à 20h, je ne bosse pas, hein !!" Et malgré tout, le 31 décembre à 21h29, j'ai reçu un appel pour un oubli de pilule... Je n'ai pas décroché mais sérieusement ???? Ca n'est pas parce que cela est possible qu'il faut le faire ! A force de quoi, nous allons nous épuiser et nous lasser de notre si belle mission : vous accompagner !

Bref, pour que nous puissions prendre soin de vous, vous devez aussi prendre soin de nous ! Ca s'appelle le respect et la réciprocité, et sans ça, rien ne va ! 

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07 mars 2016

Sous les jupes des filles...

Une association a très récemment publié les résultats d'un sondage intitulé "Les français-e-s et leur représentations sur le viol et les violences sexuelles". Le but étant de comprendre pourquoi, malgré les travail considérable fait par les associations, et plus récemment les pouvoirs publics, pour prévenir ce fléau, pourquoi sur le terrain, en pratique, rien ne change ! Toujours cette même loi du silence, ce même déni ou cette même impunité des agresseurs ?

Pas plus tard que la semaine passée, en consultation, une patiente répond à ma question systématique sur les violences, assez étonnée tout de même, qu'elle a été "un peu violentée dans l'enfance par son beau père" (plusieurs années d'agressions sexuelles) mais que c'était pas vraiment une grosse chose parce qu'il ne l'avait pas violé, que donc bon... Et en continuant la discussion, on en vient à parler de l'impact de ce "pas grand chose" sur sa relation avec les hommes dans sa vie, et surtout du souci que lui pose le fait que sa fille devenant adolescente, elle aurait envie de la garder protégée, enfermée à la maison... J'ai donc repris avec elle qu'elle avait vécu des violences sexuelles qui avaient encore un impact dans sa vie de tous les jours, et qu'elle pouvait être aidée !

L'idée de ce sondage était donc de faire une photo des représentations, en 2016, de la société française sur le viol et les violences sexuelles, pour pouvoir mieux cibler le travail de prévention. Il est dit dans l'introduction qu'un "système organisant le déni et la mise en cause des victimes, on le nomme “culture du viol”. La culture du viol est définie comme l’adhésion d’une société à de nombreux mythes sur le viol. Lonsway et Fitzgerald ont défini les mythes sur le viol comme étant des : « Attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes » — mais cette définition est également valable pour toutes les victimes : femmes et hommes, adultes et enfants. Selon ces mythes la victime est considérée comme coupable d’avoir menti, d’avoir provoqué le viol, ou d’y avoir en fait consenti."

J'ai donc lu le rapport et j'ai réellement eu la nausée. Parce que je n'imaginais pas une seconde qu'une telle quantité de personnes pouvaient encore avoir ces représentations là en tête, parce que j'imagine les causes et les conséquences de ce genre d'idées, parce qu'il y a encore tant de boulot, et donc tant de victimes, victimes tant de fois par leur vécu et par ce que la société leur renvoit... Bref...

Voici les résultats :

1. les stéréotypes sexistes

- la sexualité de l'homme est plus simple (66%) que celle de la femme : personellement, je ne comprends pas ce que ça veut dire. Si vous voulez m'éclairer sur ce point parce que vraiment...

- il est plus difficile pour l'homme de maitriser ses désirs sexuels que pour la femme (63%) : Ah oui ? Il leur manque la partie du cerveau pour ça ? C'est marrant parce qu'ils arrivent quand même à résister à leur désir face à une belle voiture (ben oui, ils ne la volent pas normalement), mais face à une femme le processus serait si différent, et difficile ?

- les femmes ont plus tendance à considérer comme violents des évènement que les hommes ne perçoivent pas comme tels (76%) : nous les femmes serions plus sensibles, ce qui déformerait notre perception de la réalité. Ben oui, quand on pense vivre une violence, en fait c'est pas vraiment violent ! 

- les femmes sont moins rationnelles que les hommes (42%) : nous vivons donc dans une autre réalité... Pas la bonne bien sur !!

- dans le domaine sexuel, les femmes ne sauraient pas vraiment ce qu’elle veulent par rapport aux hommes (25%) : j'ai un peu du mal à décider l'interprétation pour ça... Soit ça voudrait dire que nous, pauvre femmes avons besoin des hommes pour nous faire comprendre nos vrais désirs, que nous ne connaissons pas... Soit ça veut dire qu'un bon nombre d'entre nous navigue encore entre 2 eaux, femmes libres dans leur sexualité propre ou encore attachées à des modèles de sexualité historique... Je préfererait que ce soit la deuxième idée... Moins dépitante...

- lorsque l’on essaye d’avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent “non” mais ça veut dire “oui” (19%) et lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à êtres forcées (21%) : Alors là au secours !!!! Ca ne peut pas être sujet à interprétation !!!! Donc 1/5 des personnes interrogées trouvent finalement une justification "féminine" au viol !!! Le pire c'est que c'est une partie encore plus importante chez les jeunes ! Quelle éducation du respect de soi donne-t-on à notre jeunesse pour qu'ils puissent avoir ce genre d'idée ?

Force est de constater que cette vision stéréotypée et parasitée par la culture du viol n’est pas seulement le fait des hommes, elle est aussi partagée par de nombreuses femmes. C'est ça qui est terrible ! Ca me rappelle un article que j'ai lu. Il est écrit par une sociologue qui offre un regard nouveau, et assez polémique sur les rapports historiques homme/femme. Bien entendu, je ne le retrouve pas... (Appel aux bonnes âmes, si ça vous dit quelque chose, donnez moi un lien !! Merci !). Bref, cette femme suggérait que la société est patriarcale parce que ça arrangeait aussi un peu les femmes. Et que donc elles ont laissé faire, ont donné (ou laissé) la place aux hommes... Il est vrai qu'au départ, les sociétés étaient matriarcales, puis sont majoritairement devenues patriarcales, avec entre autres conséquences la place de la femme comme "sexe faible" aveec tout ce que cela peut impliquer. Ce sondage est la preuve qu'il y a encore tant de chemin dans l'égalité des sexes...

Combien de fois on a pu entendre le "elle l'a bien cherché" ? Et là encore, le sondage appuie sur le fait que nombre de répondants réussit à trouver des excuses voir carrément déresponsabiliser l'agresseur. Parce qu'elle flirte, parce qu'elle est allé chez lui, parce qu'elle est jolie et sexy et ne s'en cache pas, parce qu'elle a déjà eu des relations sexuelles avec l'agresseur... ET ALORS ??? En quoi cela change le fait qu'à ce moment là elle n'était pas d'accord ? Pour le moment, la meilleure explication que j'ai pu trouver quant au consentement lors d'un rapport est britannique, avec leur humour si caractéristique, et leur thé national, et que vous pouvez regarder ici.

Mais pour moi la grande nouveauté est le concept du malentendu... Je vous explique : "Oh ! Désolé ! J'étais persuadé que tu avais envie... Simple malentendu..." Euh... Pour presque 1 répondant sur 3, le viol est un "malentendu" !!!! Ben en fait, je suis tellement dépitée que là, je suis sans voix... On touche le fond ! Fallait être plus claire ?!!! Tu n'as pas dit non assez fort ? Ah ben oui mais comme en même temps, non c'est oui et puis les femmes prennent du plaisir à être forcées, c'est sur qu'avec de telles bases de pensées, on peut facilement étiqueter le viol comme un "malentendu"...

Pour finir, pour un quart des répondants, lorsque l’on respecte certaines règles simples de précaution, on n’a quasiment aucun risque d’être victime de viol. Donc en fait on l'a vraiment cherché ! La responsable, c'est la victime !!! Mais j'aimerai poser une question à ces personnes : quelles sont ces règles simples de précaution ? Est ce une tenue vestimentaire qui ne joue pas avec la tentation ? Dois-je regarder le sol, et pas les hommes dans les yeux ? Dois être discrète et mesurée, ne pas rire fort, ne pas parler fort pour qu'on ne me remarque pas ? Dois-je disparaître ? Et je finirai par leur demander : "Vous en pensez quoi de la burka, vous ?"

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Posté par maiasagefemme à 09:30 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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