Maïa, sage femme

07 mars 2018

les méthodes naturelles, un danger pour l'humanité !

Depuis quelques jours, dans la presse, fleurit une cascade d'articles nous disant que les gynécologues s'inquiètent de l'utilisation des méthodes de contaception dites naturelles, traduisez sans intervention médicale (ordonnance, pose...). Selon les articles, il y aurait entre 17 et 20% de taux d'échec ! Effectivement, ce chiffre peut donner des sueurs froides ! Ils s'inquiètent aussi de l'augmentation du recours à ce genre de contraception et donc de l'augmentation du  nombre de grossesses non désiréees chez les 20-24 ans. Heureusement que nos gentils papas gynécos se soucient de nous !

Alors j'ai cherché les chiffres des IVG pour 2017, me disant que si les grossesses non désirées augmentaient, logiquement les IVG aussi. Je n'ai trouvé que les chiffres jusqu'à 2016, mais je dois surement être moins bien informée qu'eux (forcément), puisque je vois un taux stable, notamment chez les 20-24 ans. Il doit y avoir un sacré rebond en 2017 j'imagine ! J'ai ensuite cherché les statistiques des IVG en fonction du monde de contraception (ou son absence) mais je n'ai pas trouvé de source fiable (un article cite 72% des IVG sont des grossesses sous contraception mais sans précision particulière). Donc difficile d'étayer les dires de nos chers papas gynécos (j'arrête pas de confondre...). Par ailleurs, "selon la FNCGM, c'est vers 19-20 ans que les femmes abandonnent la pilule pour se tourner vers des méthodes naturelles et c'est chez les 20-24 ans que les IVG (interruptions volontaires de grossesse) sont répétées : 10 % des jeunes femmes de cette tranche d'âge en sont ainsi à leur deuxième IVG et, pour 4 % d'entre elles, c'est la troisième ou plus." Alors là, je dois avouer que pour des soi disant scientifiques, ayant fait au moins 12 ans d'étude (on le saura, non ?), cette réflexion me laisse béante !!! Ca pourrait être comparé à ceci : à l'adolescence, les filles commencent à se maquiller, on constate également que les seins augmentent de volume, donc le maquillage fait augmenter le volume des seins... Rigueur, rigueur quand tu nous tiens...

Conclusion 1 : rien ne m'a permis de confirmer ou infirmer le fait que les grossesses non désirées augmentent depuis que nos têtes folles se sont mis dans le crâne d'avoir recours plus souvent à une contraception "naturelle".

Mais au fait, c'est quoi une méthode "naturelle" de contraception ? Alors, si j'ai bien compris, c'est tout ce qui n'est ni chimique, ni mécanique. Donc c'est un ensemble un peu fourre tout de plein de choses. Donc déjà, ça me pose problème de donner un chiffre unique d'évaluation de l'efficacité de méthodes aussi différentes que le retrait ou la symptothermie (ceci est un exemple...). Les méthodes possibles sont variées, plus ou moins approfondies en terme de connaissance de son corps et avec des efficacités variables. Je ne vais pas vous faire un topo sur les différentes méthodes, je n'en ai pas la connaissance suffisamment poussée pour cela. En revanche, j'ai trouvé des résultats d'études sur la symptothermie montrant un taux de grossesse non désirée inférieur à 6% (quand l'utilisation n'est pas rigoureuse) et moins de1% quand l'utilisation est bonne. Pour les références, c'est ici qu'il faut cliquer. Pour rappel, l'efficacité pratique de la pilule est de 8% de grossesses non désirées...

Alors bien sur, mettre au même niveau le retrait (15% de grossesse non désirées) et la sympto, ça me parait très orienté comme technique... (je parle de la symptothermie parce que c'est la méthode que je connais mieux mais je sais qu'il existe d'autres méthodes très efficaces également). Et puis vous savez quoi ? Observer son corps n'empèche pas l'utilisation des préservatifs à certains moments (en fait c'est l'idée d'ailleurs : repérer les périodes potentiellement fertiles pour soit ne pas s'envoyer en l'air à ce moment là, soit utiliser une contraception mécanique, ou alors faire un petit, ça marche pour tout !!!)

Conclusion 2 : j'ai l'impression qu'on essaie de m'embrouiller avec le fourre tout "méthodes naturelles", un peu comme si on me disait que le poivre est une épice sans saveur, parce que dans "le poivre" on met aussi bien le poivre bas de gamme de supermarché (effectivement sans saveur) et aussi le poivre de Kampot ou le poivre Timut du Népal, des joyaux de la nature...

Mais pourquoi on essaierait de m'embrouiller ? Pourquoi certaines personnes perdraient du temps à un truc aussi stupide ??? Pourquoi certaines personnes se sentiraient aussi menacées par ces "méthodes naturelles" qu'elles passeraient du temps et des moyens à les dénigrer de manière si grossière ??

Bon, ben malheureusement, j'ai trouvé une piste de réponse assez rapidement... On parle là, encore une fois, du pouvoir médical sur le corps de la femme... Ben oui, si nous, gynécos et sages-femmes, n'étions pas l'unique recours des femmes pour pouvoir gérer leur fertilité, à quoi servirions nous ? Et puis, si elles commençaient à croire que leur corps n'est pas si imprévisible, et qu'elles peuvent le connaitre et l'apprivoiser, est ce que ça serait pas la porte ouverte aux pires folies ? Et pourquoi pas, qui sait, dans les pires cauchemars, à un truc aussi dangereux pour l'humanité que l'accouchement à domicile par exemple ????? Non mais sérieux, ça serait surement la fin de l'humanité (ou de notre dictature, plus modestement, peut être...) !!!

Mode ironie désabusée off...

On est dans une société où on met les jeunes filles sous pilule dès le plus jeune âge. Résultat : elles ne connaissent pas leur corps de femme, avec ses signes, ses changements, ses moments où il nous porte, ses moments où il nous plombe aussi... On doit être stables, sans changement, sans variation, sans connaissance de nous même. Au lieu de souligner le positif de notre féminité, on nous en montre le négatif. Et je parle clairement en connaissance de cause, ayant souffert énormément depuis ma puberté de certains aspects négatifs de ma féminité. Jamais on ne m'a proposé autre chose que de bloquer tout ça, jamais on ne m'a parlé de l'acupuncture pour aider mes douleurs, par exemple, et quand je disais que ce qui me calmait le mieux était un bouillote chaude et un gros dodo, on se foutait de moi avec condescendance. J'ai du faire mon chemin toute seul dans l'acceptation et la gestion de tout ça, le tout après quelques expériences malheureuses (je me souviens encore d'un évident excès de codéine, m'ayant fait délirer sur le moment mais bien peu après...). Alors oui, il y a des jours où ça me plairait d'être un homme (foutues hormones) et la plupart où je suis tellement contente d'être une femme ! Mais au moins, je me connais et mon corps vit.

Je ne dis pas que c'est l'unique manière de bien vivre sa féminité. Je dis juste qu'il ne faudrait pas que la connaissance de son corps soit présentée comme un danger. Je trouve ça même aberrant ! Et puis, il serait peut être bon d'aller au fond des choses : pourquoi y a-t'il une augmentation du recours aux méthodes "naturelles" ? Est-ce une évolution sociétale ? Ne serait-il pas bon de s'adapter à cette demande et de l'approfondir ? De trouver les moyens pour que ça soit mieux connu et maîtrisé ? Parce que de vous à moi, je n'ai pas la formation ou la connaissance pour réellement accompagner une femme désirant mieux connaitre son corps... Ben non, la physiologie n'est pas quelque chose qu'on apprend en fac de médecine. Donc ne serait-il pas bon de reconnaître qu'il y a là une évolution durable de la mentalité de la société et qu'il faut donc y apporter des réponses approfondies ? J'aimerai savoir l'état de connaissance de ces papas gynécos sur les choses dont ils parlent !

Quant à moi, quand une patiente envisage ce genre de démarche, je lui parle globalement des choses et l'oriente vers quelqu'un qui saura vraiment l'accompagner dans cette découverte. Après, il s'agit des choix de la patiente, de la vie de la patiente, du corps de la patiente... Mais encore faudrait-il ne pas la considérer comme une enfant... N'est-ce pas, papa ?

méthodes-naturelles-pour-retrouver-la-joie-de-vivre

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20 février 2018

projet de naissance

Faire un projet de naissance

contrat

 

Pourquoi ?

Nous vivons une période de transition, pour ma plus grande joie.

Transition entre une naissance prise en charge par le monde médical et une naissance prise en charge par les parents, avec l’aide du monde médical.

On ne va pas revenir sur le pourquoi du comment en profondeur. Disons simplement que l’objectif a toujours été le même : que tout se passe bien pour tout le monde. Mais qu’à un moment, pour des raisons tout à fait compréhensibles, le « bien » s’est un peu focalisé sur le médical et les problèmes potentiels inhérents à ce moment de passage si particulier. Et que maintenant, ce « bien » médical étant plus assuré, la demande est plus orientée vers le « bien être » ou plutôt le « bien naitre ».

Ceci explique un certain nombre de difficultés d’adaptation du corps médical, élevé au biberon du « bien médical ». Mais les progrès se font, et à mon sens, à une vitesse plutôt bonne (même si on aimerait bien que ça aille plus vite, bien sûr !!)

Dans le « bien naitre », il y a une grosse demande de réappropriation de ce moment par les femmes, ainsi que leurs conjoints.

Le truc, c’est que pour chacun, les besoins sont différents… Alors pas facile de savoir ce que veulent les uns et les autres. Parfois on ne devinerait vraiment pas ! Même avec la meilleure volonté du monde !

Alors dans cette idée d’appropriation de la naissance, le projet de naissance me parait une étape sacrément intéressante ! En effet, il me semble de la responsabilité des futurs parents d’expliquer qui ils sont, ce qu’ils aimeraient, pourquoi ils aimeraient telle ou telle chose (non pas dans un souci de justification, mais dans un souci de compréhension par l’équipe médicale)

Comment ?

Quelques règles simples me paraissent importantes :

- Un document synthétique, ce qui ne veut pas dire forcément court. Ce que je veux dire est que quand on voit la masse de boulot des sages-femmes, si en plus elles doivent lire un roman de 10 pages, ce n’est pas la peine…

 - Un document qui soit visuel : la mise en page, ce n’est pas un détail. Donner envie de le lire, mettre en valeur visuellement les choses importantes… Ça sera reçu plus facilement, et enregistré aussi !

 - Commencer par expliquer un peu qui vous êtes, votre histoire ou ce qui motive le projet qui suit. Vous parlez à des êtres humains, alors forcément on se présente quand on se rencontre, c’est la base ! Ben là, pareil… Alors, vite fait bien sûr, mais fait quand même !

 - On ménage la susceptibilité de l’équipe médicale… Ben oui, on est parfois un peu susceptibles, ou surbookés, et on travaille dans la sensibilité, et on donne beaucoup de nous. Alors avoir l’impression qu’on ne nous fait pas confiance, c’est compliqué et ça risque de vous retomber dessus… C’est clairement pas le but donc : assurez de votre confiance dans les compétences de l’équipe qui va vous accompagner, tout en les assurant aussi de la confiance que vous placez en eux pour respecter vos souhaits. Ca me parait une bonne idée !

 

Objectifs

Il ne s’agit pas seulement de faire une liste des choses que vous aimeriez ou que vous n’aimeriez pas. Il s’agit de faire comprendre à l’équipe comment vous fonctionnez, quelles sont les choses qui vous sont importantes.

C’est un point de départ d’une discussion. Il y a forcément, dans ce projet de naissance, des situations, possibilités, conduites à tenir, auxquelles vous n’avez pas pensé. Il faut donc que la sage-femme ait pu comprendre qui vous êtes pour  pouvoir agir en conséquence.

N’oubliez pas que ce qui vous parait être le bon chemin pour vous ne sera pas forcément celui de la voisine, ni même de la sage-femme. Ce que vous pensez ne va pas de soi ! Loin de là… Et vos évidences ne sont pas celles de tout le monde. Ca vaut donc la peine d'enfoncer des portes ouvertes.

 

Exemples

Je vous cite quelques exemples, avec des formulations qui me paraissent intelligentes. Elles ne s’expriment pas « contre » (le monde médical, les compétences de l’équipe…) mais « pour » (que vous soyez actrice de votre accouchement, que le moment vous ressemble…)

- Mon compagnon souhaite être présent à toutes les étapes de la naissance.

- Nous souhaitons que chaque geste, chaque intervention nous soit clairement expliqué et que rien ne soit entrepris sans nous avoir consulté auparavant.

- Je ne souhaite, à priori, pas d’anesthésie péridurale, et je compte sur votre aide pour me proposer conseils et assistance pour  gérer la douleur (bain, douche, ballon, huiles essentielles, musique, relaxation, acupuncture…).

- Je ne souhaite pas que le processus physiologique de l’accouchement soit accéléré ou ralenti artificiellement (sauf si la santé de mon bébé ou la mienne le nécessite).

- Je souhaite éviter, dans la mesure du possible, les touchers vaginaux.

- Je souhaite pouvoir marcher et choisir ma position durant le travail. Si un suivi au monitoring est nécessaire, je souhaite qu’il soit ambulatoire ou discontinu.

- Je souhaite que tout soit mis en œuvre pour éviter une épisiotomie. Je préfère prendre le risque d’une déchirure.

- Lorsque les épaules de notre bébé seront sortis, je souhaite finir de le sortir moi-même (ou son papa) et le déposer sur mon ventre.

- Je souhaite que le cordon ombilical soit coupé par mon mari, après qu’il ait arrêté de battre.

- Afin de profiter de ce moment en toute quiétude lors d’une séance de peau-à-peau, je souhaite que les soins qui peuvent attendre soient remis à plus tard.

 

Il est aussi important de ne pas complètement focaliser sur le projet. Parce que c’est de ça dont il s’agit : un projet ! Les règles générales ne bougeront pas, mais cela ne se passera jamais comme vous l’imaginez. Ce qui compte est votre vécu, votre ressenti. C’est ça qui va rester.  

Il faut donc être souple, et laisser au conjoint ou à l’accompagnant la responsabilité du respect de qui vous êtes, avec la flexibilité que les évènements demandent. Vous avez posé les règles, maintenant, laissez-vous porter par l’accouchement et le vécu de ce moment unique.

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11 février 2018

un ange déchu...

Alors aujourd'hui, rien à voir avec de la sage-femmerie ! Plutôt une réflexion plus globale sur notre société...

Je chante, j'adore la musique, toute la musique. Qu'elle soit pointue, qu'elle me fasse bouger, qu'elle m'émeuve... Bref, qu'elle provoque une émotion en moi ! Je ne suis pas sectaire, j'écoute avec autant de plaisir des morceaux d'opéra, de hard rock, de R'n B, de fado, de rap... Ce n'est pas le style qui m'importe mais le sentiment qui est provoqué.

Et je regarde, je l'avoue donc sans honte, un certain télécrochet vocal...

Il y a peu, j'ai été completement conquise par une candidate. Tout dans ce qu'elle transmettait me touchait. Elle diffusait une grande douceur, sa beauté était de celle qui apaise, son chant m'a donné l'impression d'un ange et son choix de chanson dénotait une sensibilité et une intelligence qui m'a atteint droit au coeur. Bref, j'ai été sous le charme. 

Quelle n'a pas été ma stupeur et ma déception lorsque j'ai appris qu'elle quittait l'émission à la suite de polémiques sur des tweets qu'elle a posté il y a quelques années. 

Je ne suis pas là pour débattre sur ces tweets, leur portée, leur intelligence, etc, etc...

Je me suis demandée quel était le rapport ?

Et puis, pourquoi certains se sont amusés à faire l'historique de ses tweeets ? Est ce que tous les candidats sont passés à la moulinette ? Et pourquoi ça a eu cette conséquence ?

Cette jeune femme est musulmane. Ok, so what ? Elle avait un foulard sur la tête lors de sa prestation. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher d'admirer la beauté du tissu, du nouage, de ce que ça apportait à son si beau visage. J'ai des copines qui portent d'ailleurs de temps en temps, pour des raisons purement esthétiques, un voile sur les cheveux, avec ce genre de talent. J'ai toujours voulu apprendre à faire la même chose, tellement je trouve ça joli.

Mais ce couvre chef, avec son prénom, peut être que ça pointait trop du doigt sa religion. 

Est ce que je suis trop suspicieuse si je pense que c'est ça qui a fait qu'on a fouillé dans son passé ? 

Quelle est cette police des moeurs qui empêche une personne d'avoir une religion, de la porter tranquillement, sans être provocatrice ni revendicatrice ? Pourquoi chercher la boue ? Pourquoi empêcher une femme d'être qui elle est ?

Pourquoi serait-il si compliqué d'être musulman en France sans porter déjà le soupçon ? Et en plus une femme qui s'inflige un foulard... Une femme sous influence, forcément ! Qui aliène sa liberté, sans aucun doute ! Non mais sans blague... 

A cause d'une polémique débile, sur des propos anciens, regrettés (qui n'a jamais fait des réflexions pour les regretter ensuite), on censure une personne sur quelque chose qui n'a absolument rien à voir !

L'autre chose que je ne comprends pas est : Comment est il possible qu'elle n'ait pas reçu du soutien pour dire stop à ce lynchage ridicule ? Comment est il possible de laisser faire cela ? N'y a-t-il pas des gens suffisamment courageux pour poser les limites de la décence, de l'intelligence, du vivre ensemble ?

Quelle société construisons-nous avec de telles réactions ? 

Par exemple, le voile est un sujet qui m'irrite, tout comme m'a insupporté la polémique sur le burkini. Qui a droit de décider qu'une femme peut porter tel ou tel vêtement, si ce n'est la femme elle-même ? Alors oui, je suis mal à l'aise face au voile intégral parce que je ne peux comprendre 

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qu'on puisse, en toute conscience, vouloir mettre une distance physique entre soi et le monde. En revanche, tous les autres styles de voiles (ou d'absence de voile) me sont complètement indifférents. Je suis plus gênée par les bedainants torse nu l'été que par une femme avec un voile sur les cheveux. Et pourtant, je ne me permettrai jamais de faire une réflexion à qui que ce soit. Et puis ça m'énerve qu'on parle encore des tenues féminines ! Sérieusement, au XXIème siècle ? On en est encore là ? Et puis ça m'énerve qu'on discrimine à propos d'une religion !!! 

Bref, ça m'énerve qu'on discrimine, qu'on nous prive de cet ange pas très catholique... Et ça m'attriste... 

Quelle est cette société que nous construisons ? Quand est ce que des voix s'élèveront haut et fort contre ces inepties ?

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12 janvier 2018

et la santé, bien sur !!!

Bonne année tout le monde !!!! Je vous souhaite le meilleur... Et surtout la santé bien sur (petit clin d'oeil à certains...) !

Alors il est vrai que je suis bien muette depuis quelques temps mais il faut avouer que mon actualité est tellement dense depuis cet été que mon cerveau est pas loin de la surchauffe (sans commentaire bien sur...) : la polémique et lever de voile sur les violences obstétricales de cet été, la libération de la parole de la femme depuis l'automne. Bref mes thèmes favoris mis sur le devant de la scène ! 

Mais voilà le problème ! Je suis un peu comme un gamin devant un super étalage de glaces sous un soleil torride !!! Je ne sais plus quoi choisir, penser et approfondir ! Et puis j'ai besoin de calme pour comprendre et penser et du calme, dans notre société, avec ces sujets, c'est pas vraiment ce que l'on a ! Tout va vite, tout prend de l'ampleur, et donc moi je me fige pour essayer de regarder comment ça évolue.

Parce qu'en fait je ne sais pas très bien... C'est tellement génial que le projecteur soit braqué sur ces problématiques ! Il faut absolument tout faire pour que cela continue. Mais pour autant, je ressens un vague malaise face à ce qui se passe. 

Alors c'est pour ça que dans ma boite de messages, il y en a 4 non publiés. Et qui ne le seront jamais, parce que quand je les relis, je suis encore en confusion avec ce que j'ai écrit...

Alors j'ai décidé de ne pas du tout parler de ça et de me focaliser sur ce que je sais et qui m'enthousiasme sans ambage !!!

Voyons pour mes résolutions de l'année (je n'en fais jamais, je constate simplement les choses que j'ai mis en place... aucun risque de ne pas les suivre donc !!!!). Depuis le début de cette année j'ai :

- redécoré un peu mon environnement, avec des couleurs gaies et des lumières : la gaité est tellement impactée par notre environnement, et quelques touches de changement permet la redécouverte de notre décors habituel. Comme l'impression d'être dans un nouveau nuage !

- je m'habille plus "moi" et moins "confort", un peu moins moumoutte et un peu plus selon mon humeur : colorée quand j'ai envie de chanter, sexy quand j'ai envie de danser... Les fringues doudou ça sera pour quand j'ai envie de me terrer, le plus tard possible !

- j'ai fait le tri des personnes qui ne me tirent pas vers le haut (sauf ceux qui sont comme ça parce qu'ils traversent une passe, bien sur !). Les pierres des autres, c'est pas à moi de les porter. Un ami doit me faire du bien, sinon...

- je fais des projets : de voyages, de week-end, d'activité qui m'éclate...

- je profite des bonnes nouvelles : la copine Ernestine est enceinte ? Hop, ça me remplit ! Joséphine a trouvé l'amour ? Hop ! Claudine a gagné au loto ? Ah, euh, non... Ca j'ai pas... Mais qui sait ? 

- je ris beaucoup ! avec mes patientes et leurs gnomes (même ceux dont la spécialité est d'attendre de venir à mon cabinet pour lacher les gazs et obliger pendant un certain temps de tester les capacités d'apnée de mes patientes et de moi même...), avec moi et de moi (je suis mon meilleur public ! Il faut dire que ça n'est pas bien compliqué, je suis probablement la fille spirituelle de Pierre Richard !)

- je profite de chaque seconde de soleil (bon, c'est pas l'activité qui prend le plus de temps en ce moment...) et même de cet arc en ciel croisé en travaillant, je profite du chant des oiseaux qui m'accueillent le matin (que c'est sympa la campagne)...

- je me vernis les ongles,  même si j'oublie mon dur labeur et récure mon four quelques heures plus tard, et ruine l'oeuvre d'art... Pierre Richard, je vous dis !

- j'écris sur un petit bout de papier, tous les jour, un truc cool de ma journée. Je le mets dans un panier et comme ça, l'an prochain, je pourrai faire  une rétrospective cool de 2018.

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Bref... Voilà où j'en suis en cette année naissante. Je ne sais pas de quoi elle sera faite, mais je prends la résolution (que je tiendrai !) que je choisirai le bon côté, quoiqu'il arrive, que je continuerai à être passionnée par mon métier, par vous, les femmes, mes héroines, que je continuerai à montrer du doigt ce qui me fait du bien, ce qui me dérange, ce qui devrait évoluer, que je rierai de tout mon coeur, pleurerai de toutes mes larmes, aimerai de toutes mes forces... Je prends la résolution de vivre, vraiment ! 

Alors merci à vous, qui m'y aidez si bien.

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25 octobre 2017

self help ou un combat féministe

Ca fait un bout de temps que j'essaie d'inverser les rôles patients/soignants. Enfin pas exactement inverser, ça n'est pas tout à fait ça. Mais de laisser au "patient" une plus juste place, et de remettre le "soignant" à une plus juste place également.

C'est d'autant plus flagrant dans la santé de la femme, qui est surtout une médecine préventive. D'ailleurs, je n'aime pas ce terme : "médecine préventive". C'est vrai quoi ! Ca sous-entend que même quand tout va bien, il y a besoin de médicalisation... Autant pour remettre le soignant à sa juste place ! On devrait appeler ça : accompagnement de la bonne santé (je me rends bien compte que c'est trop long, pas vendeur et tout... mais je suis preneuse de toutes les suggestions !!!), et même ça, c'est loin d'être bien...

Depuis quelques années, j'essaie de nouvelles choses. C'est d'ailleurs la blague récurrente chez les patientes : "Alors ? Qu'est ce qu'on teste de nouveau cette fois ci ?"

J'ai développé les examens gynéco allongée sur le côté : très apprécié. Et mon nouveau dada (qui va probablement le rester très longtemps) est de faire faire aux femmes tout ce qu'elles peuvent faire elles-mêmes. 

Bon, je dois avouer, pour le moment ça se résume aux prélèvements vaginaux et aux poses de speculum. Mais c'est un début ! 

Alors quand je propose aux femmes de poser elles mêmes leur speculum, souvent, elles me regardent avec des yeux ronds. Ben oui, elles n'ont jamais fait ça, et puis c'est "réservé" au corps médical... Et puis souvent c'est hyper désagréable voir douloureux. Et comme elles ne sont pas masochistes, ben... Ca les tente qu'à moitié ! Sauf que... Ca ne devrait pas être douloureux, ça ne devrait pas faire peur d'introduire un speculum dans son vagin ! C'est vrai quoi ! Est ce qu'on laisserait quelqu'un nous poser un tampon ? Nooon !!! Mais un speculum oui ?

C'est mon argument choc. Et qui souvent abat les résistances. Je leur explique donc comment faire, elles réalisent que c'est simple comme bonjour, et que ça ne fait pas mal ! Et en plus qu'elles me facilitent la vie car, oh surprise !, un speculum auto posé, est bien mieux posé que par une personne autre...

Dans cette dynamique, et parce que je suis super bien entourée, j'ai été faire un petit week-end sur le thème du "self help" ou "auto gynéco". Mon objectif était d'acquérir de nouvelles connaissances pour en faire profiter mes patientes. Rencontrer des personnes qui pratiquent dans ce sens et qui peuvent me donner encore plus d'opportunités pour que les femmes qui viennent me voir se réapproprient encore plus leur corps (ou bien que je lâche un peu plus la posture de pouvoir que j'ai involontairement). Bref, avancer dans cette démarche.

Et j'ai rencontré des femmes incroyables. Incroyables de bienveillance et de désir d'apprendre, de casser les idées reçues et formatages hérités. J'ai rencontré des femmes qui s'interrogent sur leur place dans la société et qui essaient de la faire avancer dans le bon sens (enfin, selon moi c'est le bon !).

Et j'ai aussi découvert le côté "politique" du self help. C'est un mouvement qui a une histoire super intéressante : il nait dans les années 70 vers Boston et a pour objectif de soutenir la réappropriation des corps et de la santé via l'échange de savoirs et d'expériences autour de la sexualité, la grossesse, la maternité, dans une démarche critique des produits pharmaceutiques, et dans un souci écologique. Il remet en question le patriarcat médical, ou l’instrumentalisation du corps médical pour exercer socialement une emprise sur le corps et la santé des femmes. La critique vise aussi les gynécologues, qui imposent alors majoritairement un discours et des pratiques paternalistes et moralisatrices à leurs patient.e.s (injonction à la procréation, stigmatisation des sexualités, irrespect pour leurs corps et leurs intégrités, etc). 

Ce sont alors des groupes de femmes qui se transmettent les connaissances du corps féminin, entre elles, notamment avec des groupes d'autoexamens gynécologiques. C'est donc spéculum, miroir et lampe de poche à la main que les participantes observent elles-mêmes leurs organes génitaux externes, leur clitoris et leur col de l'utérus.

Génial ! La démarche même que j'ai fait, doucement, mais surement, dans les années de pratiques de mon métier, et que je veux transmettre aux femmes qui viennent me voir. 

Mais c'est là où j'ai été un peu surprise quand même. Ma posture de sage-femme me donne une place de choix pour sensibiliser les femmes à leur corps, leurs connaissances sur elles mêmes et à les accompagner dans ce chemin. Et aussi à les aider à remettre en question la place du médical dans tout ça, le patriarcat encore bien présent de notre société... Bref, à leur faire se poser des questions. Le tout en douceur, dans une démarche engagée mais non imposée. J'estime que mon rôle est de faire part de ces réflexions et ensuite, les femmes en font ce qu'elles veulent. Je ne veux pas être dans un changement imposé, radical. Je pense que les interrogations doivent être laissées sans réponses trop fermes pour que les gens puissent avoir la liberté de réfléchir. Bref, je me suis toujours considérée comme un catalyseur de changement plutôt que comme un acteur. 

Je ne dis pas que c'est la seule manière d'être engagée, mais c'est la mienne. Il y a des engagement plus "combattants", plus "show of". Et je pense que l'association de ces actions permet de toucher et le fond, et la forme, et le maximum de personnes. 

Tout ça pour dire qu'il y a eu une discussion sur la question "est ce que le self help devrait être diffusé par le monde médical ou devrait rester exclusif à des groupes de femmes ?". J'avoue que pour moi, cette question n'a pas de sens ! En fait si, elle en a un que je trouve terrible. Quel est l'objectif du self help ? Porter un combat ou permettre aux femmes de se connaitre ? Parce que si c'est pour les femmes et leur connaissances d'elles mêmes, il n'y a pas de mauvais moyen de diffusion car plus les femmes auront accès à ce genre de connaissances et de sensibilisation, plus elles pourront se réapproprier leur corps face au monde médical, et par là aussi, face à la société. Et, étant sage-femme et faisant déjà ce genre de démarche, cela ne me semble pas du tout paradoxal. En revanche, si le self help est juste un combat féministe et un rejet du monde médical dans son ensemble, alors oui... Cela doit rester hors du monde médical et rester exclusivement ce que c'était au départ, des groupes de femmes entre elles. Mais cette posture me dérange, car elle me semble oublier le but de départ qui est la libération de la femme.

Je trouve que c'est un bon signe que certains combats se vulgarisent, perdent de leur "exclusivité". Ca veut dire qu'ils rentrent dans une démarche moins "exceptionnelle". Et n'est ce pas l'objectif de tout combat ? Faire que ce qui est inacceptable à un moment devienne normal (ou inversement) ? Ca veut dire que les idées évoluent. Je comprends que certains aient peur que la vulgarisation de leurs combats les "dissolvent", ou qu'on les perde de vue. Il faut rester vigilants bien sur ! Mais il faut aussi accepter qu'un combat change et évolue et que les armes pour le défendre doivent changer en même temps.

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Le féminisme évolue, c'est une évidence ! Il suffit de voir à quel point les féministes plus anciennes ne comprennent pas et sont même parfois profondément choquées des combats féministes actuels. Qu'elles ont l'impression que certains courants féministes d'aujourd'hui sont à l'opposé des leurs. Mais c'est parce qu'elles ont fait ce qu'elles ont fait, que nous pouvons aujourd'hui revendiquer le choix qu'elles n'avaient pas ! C'est parce qu'elles ont combattu les rôles dans lesquels elles étaient enfermées que nous luttons pour pouvoir avoir le choix de rester à la maison pour nous occuper de nos enfants, d'allaiter longtemps ou d'accoucher à domicile si nous le souhaitons. Parce qu'elles ont fait éclater des barrières que nous revendiquons le droit de faire comme on veut nous ! Et que faire tel ou tel choix n'est pas un retour en arrière, c'est au contraire une affirmation de notre liberté ! Et donc du féminisme. Le féminisme n'est pas de passer d'un diktat à un autre, c'est d'être libre. Et d'être en possession de nous même, en toute conscience.

Et à mon sens ça passe par le self help ! A diffuser autant que possible ! Que chaque femme prenne connaissance de son corps de femme ! Mais aussi que les soignants soient dans cette démarche pour arrêter les violences sur les femmes, qui sont pour la grande majorité le résultat d'une non sensibilisation du corps médical à tout cela. Et la libération de la parole de cet été sur les violences gynéco et obstétricales me parait excellente dans ce sens. Il faut que les deux parties prennent conscience de leurs formatages pour pouvoir les changer. 

Il y a encore beaucoup de travail, mais qu'il est enthousiasmant (même si parfois, la réalité me désespère un peu...) ! Alors vous, les femmes qui consultez, n'hésitez pas à en parler aux soignants qui vous reçoivent et vous, les soignants, tentez de lâcher de ce contrôle qui nous a été transmis, on n'en a pas besoin !!

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19 septembre 2017

"fausses" couches

Dans la catégorie grossesse, il y a celles qui ne durent pas très longtemps : les fausses couches.

Le problème des fausses couches, c'est que c'est considéré comme un non sujet, tant d'un point de vue sociétal que médical. Quand il y a une réaction, s'il y en a une, c'est le plus souvent un truc du genre "c'est la nature qui fait un tri", "c'est probablement mieux comme ça", " a quel terme ? Ah c'était tôt, c'est mieux.", "il y a en moyenne 2 par femme."... 

Euuuuuuuh... Sérieux ???? 

Alors même si la majorité de ces affirmations sont plutôt vraies, est ce que c'est vraiment sensé aider à traverser ce douloureux moment ??? 

Mais qu'est ce qu'une grossesse, même jeune ? C'est un espoir, une projection, un avenir ! Quelque soit la taille ou le nombre de cellules composant cet espoir ! Quelque soit l'âge de la grossesse, c'est déjà un potentiel avenir. Alors, dans cette situation, aucun de ces phrases ne fera du bien... 

D'ailleurs, quand on y réfléchit, le mot même de "fausse couche" est terrible ! Parce que demandez à une femme qui a traversé cette épreuve si c'était réel ou faux, elle pourra vous répondre que physiquement c'était bien réel !!! Ca fait très mal, on saigne beaucoup... Bref, on s'en rend violemment compte ! Ca n'a rien d'une "fausse" couche, c'est une vraie !

Et pour peu qu'on ait eu besoin d'une aide médicamenteuse pour ça, c'est encore plus douloureux, et solitaire, et flippant...

Parce que pour le monde médical, c'est autant considéré comme un évènement mineur (comme l'IVG médicamenteuse d'ailleurs). Parce que c'est petit, que c'est comme ça et c'est tout... Ben non, c'est pas tout ! C'est physiquement et psychologiquement douloureux ! Et qu'avec les médicaments, il serait bon de donner des vrai antalgiques puissants et pas juste du paracétamol ! Et parce qu'il serait bon de demander comment ça va, d'être empathique et bienveillant, d'être doux et réconfortant, parce que c'est une épreuve, même si elle est fréquente. De reconnaitre la souffrance morale. D'anticiper la douleur physique et d'essayer de l'accompagner. Et à la visite de contrôle, d'écouter les peurs, le vécu de l'expérience, et là encore d'être empathique, au lieu de simplement faire une échographie et de dire "qu'il n'y a pas de résidus."

Pas de résidus... Quelle connnerie ! Bien sur qu'il y a des restes !!! Dans le coeur, dans l'âme, dans l'esprit... Et qu'il y a un travail de deuil à faire, un chemin à faire. Non ! L'histoire n'est pas close !

Un homme m'a dit un jour que les pitchouns qui ne restent pas avaient fait le chemin pour lequel ils étaient destinés. Que leur voyage était de faire simplement un passage, pour une raison que nous ne savons pas. Mais qu'ils venaient faire un petit salut pour une raison bien précise. 

Alors je peux comprendre qu'un certain nombre de personnes puissent trouver cette explication ésotérique et complètement ridicule. Mais j'ai pu observer qu'elle fait souvent du bien, parce qu'elle permet de regarder ce qu'il nous a apporté au lieu de se centrer sur ce que nous n'avons plus. C'est plus facile pour avancer sur le chemin du deuil. Et  j'avoue que j'ai tendance à garder les choses qui font du bien...

J'ai longtemps eu cette image classique de ces grossesses furtives... Quand j'interrogeais une patiente sur ses antécédents, je cochais la case ou pas. Et l'histoire était close. Mais maintenant je prends le temps, je demande comment ça s'est passé, comment la patiente l'a vécu, comment elle le vit aujourd'hui. Les réponses sont variées mais de temps en temps, je vois que pouvoir avouer que c'est encore un vécu douloureux, des années plus tard, leur fait du bien. Pouvoir se confier et être entendues sur cet épisode de vie qui peut marquer douloureusement fait du bien.

Je me souviens d'une amie dont je suivais la grossesse. Cette grossesse avait été précédée de deux "fausses couches". Il m'a fallu bien des coups de fil pendant ce premier trimestre pour entendre et apaiser ses angoisses. On en rigolait d'ailleurs au bout d'un moment ! Mais que c'est compréhensible ! 

Alors, ces petits anges venus vous faire un rapide salut, chérissez les ! Et ne vous retenez pas de ressentir ce que vous ressentez à leur propos ! Ils sont là, dans votre histoire, bien réellement. Ils ont vraiment existé, ce ne sont pas des mirages. Et ils font partie de vous.

Fausse-couche

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26 juillet 2017

un pavé dans la mare

Cette semaine, la secrétaire d'état aux droits de la femme a commandé un rapport au Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) qui doit faire le point sur la prévalence des « pratiques obstétricales non consenties » et les éventuelles « violences obstétricales ».

La réponse ne s'est pas fait attendre ! Le collège des gynécologues a réagi immédiatement, par la voix de son président, le Pr Nisand, dans une lettre que vous pouvez trouver ici. Le collège des sages-femmes aurait également pris les choses de la même manière. 

Quelle est cette manière ? Essayons de comprendre ce qui provoque ou cristallise les réactions.

J'ai envie de commencer par une définition. Qu'est ce qu'une "violence obstétricale" ? Rappelons que, en Argentine et au Venezuela, la violence obstétricale est inscrite comme infraction pénale. Nous sommes donc face à une notion connue et reconnue par certains, même si le chemin, en France, est encore largement devant nous.

Après recherches, j'ai décidé de laisser parler les gens qui ont déjà travaillé dessus. Car c'est un peu plus complexe que de sortir la définition d'un dictionnaire. Dans un excellent billet, Marie Hélène Lahaye s'est attelé à cet exercice : elle la définit comme « tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé, qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente. »

J'avoue que j'aime bien cette définition, elle en explore tous les aspects. Et je comprends qu'elle puisse faire peur à un certain nombre de professionnels ! Et en y réfléchissant bien, à moi aussi, un peu... Elle est tellement exigeante de perfection !!!

Je m'explique : 

  • " tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé" : bon, ça c'est pour dire qu'il n'y a pas que les actes, mais il y a aussi les attitudes, les non actes, les paroles, les non dits... On est d'accord, on ne fait pas du mal uniquement par les actes. Et aussi elle souligne que rentrent dans la catégorie des gens qui peuvent être acteurs de la violence obstétricale tous les personnels de santé qui s'occupent des futures mamans/jeunes mamans. Donc les gynécologues bien sur mais aussi (et n'en déplaisent au Pr Nisand, ils ne sont pas les seuls à s'en occuper...) les sages-femmes, les auxilliaires de puériculture, les personnels de maternité...

 

  • "qui n’est pas justifié médicalement" : voilà où ça commence à chauffer !!! Ca veut dire être au point sur l'EBM (Evidence Based Medecine, c'est à dire la médecine basée sur les preuves scientifiques). L'enseignement de la médecine en France est encore beaucoup faite par transmission de savoirs personnels. C'est à dire que le professeur va transmettre ce qu'il a appris lui même de son professeur et ce qu'il a appris durant sa pratique. Rien de choquant, vous me direz ? A ce détail près que s'il ne confronte pas ses connaissances aux données plus récentes que les études peuvent nous apporter, il peut simplement continuer à transmettre des erreurs... Je me souviens encore de l'enseignement de pédiatrie que j'ai reçu pendant mes études, tellement dépassé, que même nos responsables de formation nous disaient de les retenir pour l'examen mais de ne pas l'appliquer... 

C'est comme cela que des personnes sont encore persuadés que des épisiotomies protègent des périnées, que d'autres font des césariennes avant travail pour "gros bébé", que d'autres prescrivent des dépistage de diabète gestationnel chez des femmes sans facteur de risque, que d'autres encore recherchent le CMV pendant une grossesse, que certains refusent de poser un DIU à 4 semaines après un accouchement... Toutes ces choses qui, en l'état actuel des connaissances de la sciences, ne devraient pas être pratiquées.

Donc, ça demande d'être en permanence au taquet des nouveautés de la science. Et ben ça, c'est un boulot énorme et qui n'est pas vraiment encore une exigence de certains d'entre nous... C'est compliqué et demande une remise en question permanente de nos connaissances. Et que se passe-t-il si on a fait un truc contredit par l'étude sortie il y a 1 mois et qu'on a pas eu le temps de lire ? Pour être très honnête, je suis en retard de 5 mois sur mes lectures médicales...

 

  • "effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente." Ah !!!! Ce fameux consentement !!! La bête noire d'un grand nombre de professionnels de santé à l'heure actuelle... Ben oui, il nécessite une confiance dans le patient qui n'a pas vraiment été le centre de notre formation !

Il nécessite aussi l'acceptation de la démocratie en médecine, et là... Ca veut dire ne pas être en charge, avec donc un transfert de responsabilité que tout le monde n'est pas capable d'accepter. Ca me rappelle une discussion sur internet à propos des vaccins où avait été sorti la phrase magique : "Le problème du libre arbitre est qu'il présuppose que les gens sont tous raisonnables", ce que l'on pourrait adapter au consentement de cette manière "Le problème du consentement est qu'il présuppose que les gens font ce que je leur demande"... Ben voilà... Nous ne sommes pas en dictature, et chacun a le droit de faire ses choix et doit en assumer la responsabilité ! Mais pour ça, il faut leur donner les éléments du choix, et parfois c'est long/compliqué/angoissant ou juste chiant... Et parfois les gens changent d'avis, et parfois ils ne sont plus en accord avec leurs choix premiers... Oui, parfois tout ça... Et nous parfois on est au milieu, un peu comme pris au piège. Parfois... Et puis tout ça implique la perception de la patiente, chose éminemment subjective et incontrolable... Et ça aussi c'est flippant !

Je me souviens de cette patiente, venue me voir pour me demander un avis sur ce que sa gynéco lui avait dit. Je ne maitrisais pas du tout la problématique alors je lui ai donné des noms pour qu'elle puisse avoir une seconde opinion, qui ont confirmé ce que sa gynéco avait dit, mais d'une manière plus entendable pour elle. Elle a donc décidé de faire ce qui lui avait été conseillé au départ, et qu'elle avait refusé au départ. (et moi je me suis fait démonter par le gynéco pour "détournement de patientèle"... parce qu'elle était incapable d'entendre que sa patiente avait eu besoin d'un autre avis. Elle s'est donc imaginé que j'ai sous entendu qu'il fallait qu'elle change de gynéco, ce qui n'a jamais été sur la table. J'étais juste face à une patiente qui avait besoin de temps et d'infos pour pouvoir faire son choix à elle. Mais la gynéco n'avait jamais envisagé ce besoin là, cela devait forcément venir de moi, pas de la patiente.)

 

Bref, je comprends donc en quelle mesure rendre plus officiel la notion de "violence obstétricale" puisse inquiéter le monde médical. Ce sont des réajustements majeurs dans notre manière de faire, dans notre manière d'envisager la distribution des rôles et responsabilités, dans notre manière d'appréhender le savoir et clairement, ça demande de revoir la posture du monde médical en redescendant du "piedestal entouré d'un halo de mystère" que recommande ce fameux Pr Nisand.

 

Mais revenons aux sources. Quel est le centre même de nos métiers ? La santé. Et qu'est ce que la santé ? Selon l'OMS, la santé est un état de bien être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. 

N'est il donc pas de notre responsabilité, nous, les acteurs de la santé, de vouloir approfondir la prise en charge de la santé de nos patients, non pas selon  notre propre définition, mais selon celle mondialement reconnue ? S'agit il seulement, concernant l'obstétrique, de permettre la naissance d'un enfant vivant avec une mère vivante ? 

Quand j'ai commencé ma pratique libérale, j'ai été confrontée aux séquelles, physiques et psychologiques, des prises en charge obstétricales. Je les ai pris en pleine face ! Pour être honnête, je les suspectais fortement mais je n'aurais jamais cru qu'elles étaient si importantes. Un accouchement est un évènement physique majeur, intense pour un corps (je réfute le terme traumatisant. Le traumatisme, en psychologie, est défini comme un événement grave vécu par un individu qui ne peut l'assimiler. Or un accouchement n'est pas, de principe, un événement qu'on ne peut assimiler. Il peut l'être, pour certaines raisons, mais ça n'est pas un présupposé). Que de cet accouchement découle des séquelles physiques sur un plus ou moins long terme et/ou des séquelles psychologiques interroge. Mais surtout devrait entraîner une recherche active pour diminuer ces conséquences puisque c'est le centre même du métier d'acteur de la santé ! 

Dans un article d'une revue médicale, en réaction à la demande de la ministre, la journaliste espère que le rapport "évitera de s’appuyer uniquement sur des « ressentis »". Alors, on est bien d'accord, il y a des bilans statistiques à faire. Qui dit statistiques dit faits évaluables et quantifiables de manière objective. Mais comment évaluer les séquelles psychologiques sans ressentis ? Comment même évaluer les séquelles physiques sans ressentis ? La douleur est un ressenti ! La santé a des composantes objectives, comme par exemple un fonctionnement correct de tel ou tel organe, mais aussi des composantes subjectives. Nous avons tous été déjà confrontés à des gens ayant les mêmes altérations sur une radio ou un scanner avec un impact sur la vie à l'opposé complet. Soit une personne qui était en bonne santé et l'autre en mauvaise santé avec la même atteinte de départ. La santé a donc une part de subjectivité.

 

Mais alors pourquoi cette levée de boucliers ? Dans sa lettre, le Pr Nisand écrit : "Lorsque vous parlez de violences obstétricales, vous maltraitez notre profession dans son ensemble". Alors passons l'égocentrisme et la mégalomanie de l'idée que l'obstétrique = seulement et uniquement les gynécologues. Nous sommes là face à des personnes qui sont dans l'incapacité de prendre la hauteur nécessaire pour voir la situation dans sa globalité. Ils ne peuvent envisager les choses que de leur point de vue. C'est comme si tous les restaurateurs se sentaient suspectés de manque d'hygiène par la mise en place de mesures et des contôles. Ca n'est pas "contre" X ou Y mais "pour" !! Pour améliorer nos compétences, pour améliorer la santé de nos patientes... POUR !!! 

 

Alors oui... Le constat peut être douloureux, car il est toujours douloureux d'être face au fait qu'on a parfois mal fait, ou en tout cas que le bien qu'on croyait faire n'a pas été vécu comme tel. Il est également douloureux d'être obligé de regarder en face ces choses qu'on choisissait d'éviter. Ca demande une sacré capacité d'introspection et de rebondissement. C'est vrai... Mais pour en finir avec une analogie médicale, ne vaut il mieux pas crever l'abcès ? Ca fait mal, mais nous savons tous que c'est le meilleur chemin vers l'amélioration !!

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22 juillet 2017

Post partum

Ce matin, je suis tombée sur une BD postée par une copine, un peu perdue de vue, qui a eu un pitchoun récemment. Cette BD que voici, illustre les difficultés des jeunes mères à la suite de leur accouchement et pendant leur congé maternité. Elle est plutôt rigolote et dessine parfaitement un certain nombre de situations auxquelles seront confrontées la majorité des mamans.

Et cette BD m'a attristé fortement. Non pas parce qu'elle me parait fausse ! Mais parce qu'elle me parait tristement vraie... Et qu'elle illustre tous les points à améliorer, qui contibuent à rendre si difficile cette période déjà pas simple au départ et qui pourraient être évités.

Autant certaines vignettes sont la représentation de choses qui sont, et seront toujours, comme la découverte du corps d'après accouchement, et des fameuses "culottes filet avec couches"... Pour le moment, aucune nouveauté ne se présente à l'horizon pour changer cela !

Mais le reste montre, en vrac, une absence d'accompagnement à la maternité, un travail à la chaine des professionnels, une profonde solitude de la maman face à son enfant, des conseils bidons compliquant la vie, les moments border où elle comprend comment on peut en arriver à secouer son bébé, et la comparaison du post partum à de la torture...

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Il y a une vignette qui parle de l'excuse des hormones et de ce qu'elle appelle "post partum" qui correspond au baby blues (NB : le post partum est la période après la naissance d'un bébé, mais ne correspond pas à un état particulier. Parfois, par excès de langage, il est utilisé pour baby blues. Mais pas toujours donc la phrase "elle est dans le post partum" veut le plus souvent dire "elle a accouché il y a peu" et non pas "elle pleure tout le temps"...). Je ne m'attarderai pas sur l'utilisation de l'excuse des hormones pour expliquer tout ce qu'une femme peut ressentir, je l'ai déjà fait dans mon billet foutues hormones !. C'est dégradant, humiliant et en négation du ressenti. 

En revanche, je rebondis sur une phrase qu'elle a écrit sur cette vignette : "ça en fait un état "normal" avec une explication scientifique", comme si le fait qu'il y ait une explication suffise. Fondamentalement, l'état d'hypersensibilté d'une jeune mère est normal, même sans guillemets ! Mais est ce que normal implique qu'on ne peut rien y faire ? Non, non et non ! Par exemple, c'est normal d'être traumatisé après une agression, et pourtant il est fortement conseillé d'avoir un accompagnement pour pouvoir avancer. Donc c'est normal d'être hypersensible après une naissance, il est donc fortement conseillé d'être bien entouré pour pouvoir avancer dans ce chemin. Le truc cool dans le fait que ce soit normal est qu'on peut s'y préparer et prendre les mesures nécessaire pour que ce normal encombrant passe mieux. Parce que ce soit normal ou pas, tout ce qu'on peut faire pour faciliter cette période va faire que les mamans se sentent mieux, non ?

Et ensuite, elle fait une comparaison avec les organisations des pays autour de la France (et j'avoue qu'à mon sens, la palme du pays pour faciliter cette période vient aux Pays Bas avec leurs kraamzorg pendant les 10 jours qui suivent la naissance. Une personne, formée à la puériculture, qui vient à la maison s'occuper de tout ce que veut la maman, pour lui permettre faciliter le quotidien, en plus de lui fournir les conseils dans l'apprentissage de son petit...). Et c'est vrai qu'en France, on est grave à la ramasse ! Mais surtout à la ramasse par rapport à la connaissance des choses qui existent !!! Elle parle de l'accompagnement en Allemagne par une sage-femme : c'est possible en France !!! Alors pour être honnête, on ne vient pas quotidiennement. Les visites sont à la discrétion de la sage femme et des patientes. Par exemple, je décide, avec la patiente, à chaque visite, de ce que nous pensons nécessaire pour une prochaine visite. Certaines ont besoin de beaucoup de soutien, d'autre de moins. Certaines auront besoin que je passe plusieurs semaines, d'autres non. Bref, nous nous adaptons au besoin.

Alors, il est vrai que cette possibilité est un peu plus connue depuis 3 ans avec le programme organisé par la sécu mais il n'est pas en place dans toutes les maternités et je vois encore une certain nombre de mamans à distance de l'accouchement qui n'ont pas été au courant de ce genre de soutien. L'information n'est pas suffisamment diffusée !!! 

Par aillleurs, en préparation à l'accouchement et à la parentalité, il devrait être, à mon sens, fondamental de parler de cette période si spéciale et potentiellement si à risque. Expliquer pourquoi une jeune maman est fragile et forte à la fois, comment faire pour diminuer les situations à risque, savoir s'entourer de gens qui nous font du bien, savoir demander de l'aide parce qu'on n'est pas wonder woman, expliquer aux papas cette période : comment aider leurs femmes même s'ils ne les comprennent pas, comprendre pourquoi quand ils rentrent le soir elles ne rêvent que de leur donner le petit monstre et que non, elles n'ont pas "rien fait" parce que s'occuper d'un bébé n'est peut être ni hautement intellectuel, ni rémunérateur mais ça use à la corde en fait...

Bref, nous, "professionnels", avons un rôle majeur de transmission ! Ce qu'avant faisaient le groupe de femmes qui entouraient une future maman et une jeune maman. Transmission des difficultés et des solutions possibles, bienveillance et mise en valeur de ce que les mamans font bien (en vrai, la majorité des choses bien sur !)

Mais aussi nous, "femmes", "amies", "proches", avons également un rôle de transmission et de soutien !!!! Au lieu de raconter les histoire terribles d'accouchement, de bébé qui ne dorment pas, de traumatisme violent, ne pouvons nous pas faire part des solutions aux difficultés que nous avons rencontrées ? Ne pouvons nous pas apporter l'aide que nous aurions aimé avoir et que nous n'avons peut être pas reçu ? Je ne dis pas de cacher les difficultés (bon, choisir celles que l'on raconte me parait plutôt avisé quand même...), je dis de ne pas s'arrêter à ça, de continuer la transmission à ce qui fait que ça va mieux ! et de proposer notre aide.

Certaines de mes patientes viennent de pays étrangers, où la culture du groupe est encore très présente. Et elles sont surprises par la solitude et les difficultés des jeunes mamans en France. A nous de reconstruire notre groupe ! 

A vous, futures mamans, pensez y avant votre accouchement. Qui pour m'aider, qui pour me faire rire, qui pour me confier ? Y a-t-il des cafés poussettes ou des associations autour de la parentalité à proximité ? Rencontrer une sage femme libérale ? 

Et ça pourra devenir ce que c'est sensé être : une période pleine de challenges, certes, mais aussi de beauté...

 

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28 mai 2017

on lâche la corde ?

Whaou !! Ca fait un bail !!! Ca n'est pas que je vous ai oublié mais j'ai eu une année particulièrement chargée ! J'ai commencé des dizaines de billets dans ma tête, quand je croisais des sujets qui me paraissaient intéressants, mais je ne les ai jamais écrit.

En fait je me suis lancée dans un projet qui trottait dans ma tête depuis quelques années : j'ai décidé de me former en acupuncture. Et c'est tout et plus que ce que j'imaginais ! La médecine chinoise est impressionnante. Tellement ancrée dans le réel... Ca me donne ce qui manque à la médecine occidentale traditionnelle : la considération de l'humain dans son histoire, son environnement... Bref, dans sa totalité ! C'est un bonheur !!!

Et c'est aussi un travail énorme... Une nouvelle manière de penser l'humain, une nouvelle manière de penser le soin, une philosophie de base qui n'est pas la mienne... Ca me remue aussi personnellement. Ca me fait réfléchir sur ma propre histoire, sur ma vie, sur mes choix... 

Et en ce moment, c'est pas la joie parce que les examens sont très très bientôt, et je réalise que mon cerveau n'est plus celui de mes années d'étude et que ce gros morceau résiste à rentrer dans ma tête. Et puis je suis fatiguée parce que je n'ai pas pris de vacances ou de journée off depuis septembre (tous étant consacrés à mes jours de cours). Et puis mon rythme de travail étant ce qu'il est (je ne me plains pas de beaucoup bosser, mais il faut avouer que parfois c'est lourd)...

Et il y a quelques jours, une sage-femme d'un des groupes sur mon réseau social préféré, a posté son histoire de burn out. Que son corps a laché alors qu'elle était chez une patiente. Qu'elle a fait un petit séjour en soins intensifs cardio... Bref, le gros rappel à l'ordre en somme...

S'en est suivi une discussion où se mêlaient témoignages de situations un peu identiques, conseils pour éviter tout ça, etc... Et un témoignage m'a particulièrement interpellé. Une collègue disait imaginer fréquemment avoir un accident de voiture (petit, hein !) avec soulagement, pour être ainsi obligée de s'arrêter. Et là, ça m'a frappé ! C'est quelque chose que je fais fréquemment... Je me traitais de pathétique et j'oubliais, jusqu'à la fois d'après. Mais les choses prennent une toute autre perspective quand ça ne vient pas de nous. 

J'ai déjà été très limite concernant le burn out. Et je pensais avoir tiré les leçons pour mieux m'occuper de moi. Mais manifestement, ça n'est pas vraiment le cas... C'est si facile de se laisser entrainer sur cette pente ! Surtout quand on aime ce qu'on fait et qu'on a des humains en face de soi qui ont aussi besoin de nous. 

Mais depuis quelques temps, en dehors du travail, je n'arrive plus à rien. J'ai pris le prétexte d'être trop occupée par l'étude de l'acupuncture mais en fait ça n'est que ça, un prétexte... Parce que si je suis vraiment honnête, je n'arrive plus... Je n'arrive plus à m'occuper de moi et de mes patientes. Je n'arrive plus à profiter des choses... Mais comme mon corps tient encore, je me dis que ça va ! Malgré mes journées off à passer à dormir (la semaine dernière j'ai dormi 18h/24 sur mon jour de repos)...

Bref, je ne fais pas ce billet pour qu'on me prenne en pitié mais plus parce qu'il me parait important de partager la détresse du monde de la santé (même si ça n'est pas exclusif à ce domaine). Nous sommes dans le soin parce que nous l'avons choisi, ça veut dire que nous avons choisir de nous occuper des autres. Ca veut dire que nous avons à coeur l'harmonie et le bien être. C'est donc facile de tirer sur la corde sentimentale pour pousser un peu plus. L'organisation du système de santé est de plus en plus éprouvante pour des personnes qui ont ce type de fonctionnement. Et on nous rajoute des contraintes, des risques supplémentaires, des difficultés de gestion, la peur de l'avenir... Plus nous avons parfois à faire face à des patients très consuméristes ou irrespectueux, qui ne comprennent pas l'idée que nous sommes des êtres humains comme les autres et que nous avons tous des limites (enfin moi, j'ai plutôt de la chance, ce sont mes patientes qui me réprimandent parce que je ne prends pas assez de vacances...). Ca entraine de la souffrance partout ! Chez les soignants, qui soignent moins bien et ne sont plus en accord avec leurs fondamentaux et chez les patients qui sont parfois maltraités et mal soignés... 

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Je suis bientôt en vacances (après mes examens...). J'avais décidé de prendre deux semaines (mes seules vacances en un an...). Je crois que je vais essayer de faire une folie et tenter de voir avec ma remplaçante si elle peut me remplacer une semaine de plus... Il me semble que c'est nécessaire... Et je vais prendre de bonnes résolutions pour mon retour : penser un peu plus à moi, être un peu plus égoïste pour pouvoir mieux m'ouvrir à l'autre... Je ne sais pas comment on fait mais je trouverai bien ! Ce que je dis à mes patientes en somme, mais que je n'arrive pas à mettre en pratique pour moi, bien sûr !

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17 janvier 2017

de la jeune qui était vieille

Ce matin, je vois en consultation une patiente dont je suis la grossesse. Elle est au début du neuvième mois. La consultation faisait suite à un évènement pour lequelle elle avait besoin d'un contrôle. Elle était donc imprévue car en général, à ce terme, j'ai passé le relai à l'hôpital du coin. Quand je suis une patiente, je l'envoie faire une consultation d'ouverture de dossier à l'hôpital en fin de huitième mois idéalement.

Elle y avait été la veille. Elle y fut reçue par une chef de clinique (première interrogation : pourquoi une chef de clinique fait une consultation d'une grossesse tout ce qu'il y a de plus physiologique alors que lorsque je découvre une pathologie en cours de grossesse nécessitant un avis d'un spécialiste, je suis obligée de passer par des canaux peu conventionnels pour obtenir un RDV dans un temps raisonnable ?)

Ma patiente lui parle donc de son désir de ne pas prendre de péridurale et devant le sourire narquois de son interlocutrice, elle se sent obligée d'expliquer qu'étant son premier accouchement, et ne sachant donc pas ce qu'elle va vivre, elle ne se ferme pas la porte de la péridurale mais que simplement, elle n'envisage pas de prime abord un recours absolu à la péridurale. Beau projet, non ? Enfin à mon sens, il est beau son projet. Non pas parce qu'elle part plutôt dans telle ou telle direction mais parce que c'est le sien, qu'elle y a réfléchi, qu'elle se donne aussi la possibilité de s'adapter à ce qu'elle vivra. Et j'avoue que le sourire narquois a un peu crispé le mien... Mais la suite l'a définitivement effacé. Quelle serait la juste réaction à ce genre de projet ? A mon sens, cela serait a minima de ne pas le plomber... Au mieux d'encourager le choix de la patiente mais juste a minima de ne pas le plomber... Quelle a été la réaction de cette toute jeune chef de clinique ? D'expliquer qu'à son sens c'était peu raisonnable parce que et d'une elle voit pas l'intérêt de souffrir (grande originalité ! Témoignage d'une absence totale d'empathie...) et de deux que ça pouvait être dangereux parce que s'il y a une urgence, il faudrait faire une anesthésie générale, ce qui est dangereux pour le bébé...

Bon alors là... Comment dire... Les noms d'ovipèdes ont volés (ah ah !) dans ma tête évidemment... 

Alors bon, je veux bien qu'en tant qu'obstétricien, son job est de prendre en charge les accouchements qui dérapent et que donc ça oriente son regard. Mais déjà, il me semblerait bon de reconnaitre qu'on a une vision orientée des choses quand on est spécialiste (c'est le pur bon sens...). Mais ensuite, il serait encore meilleur de ne pas dire d'énormités !! Parce que l'urgence si urgente qu'on n'a pas le temps de faire une rachianesthésie, qu'on doive faire une anesthésie générale, est dieu merci, très peu fréquente !!! Et donc présenter l'anesthésie de confort qu'est la péridurale comme une nécessité médicale en dehors de tout facteur de risque particulier, on peut difficilement dire que c'est très honnète intellectuellement.

Mais bon, manifestement, la dame n'était pas à court de malhonneteté intellectuelle. Ma patiente lui a ensuite exprimé son souhait de ne pas avoir d'épisiotomie. Et là, le bon docteur de lui dire qu'une épisiotomie est meilleure pour le périnée qu'une déchirure "qui peut vous déchirer l'anus vous savez ?". C'est pas comme si on manquait d'étude sur l'inefficacité de l'épisiotomie pour la prévention de ces déchirures graves et sur le fait que toutes les autres sont préférables à une épisiotomie... Bref, ce docteur était jeune mais avait un langage de vieille...

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Mais rendons à César ce qui appartient à César : elle ne l'a pas examiné, c'était inutile mais malgré tout, je parie que beaucoup l'aurait fait. Cela lui enlève probablement 10 ans à son siècle d'âge médical !

Petit aparté : cette patiente, qui est donc en fin de grossesse, a pour le moment eu à ne vivre que 2 touchers vaginaux sur toute la durée de sa grossesse, un aux urgence qu'elle a consulté pour contractions il y a de ça quelques temps, et un aujourd'hui pour sa petite urgence avec moi. Aucun autre toucher était nécessaire ! Je répète : aucun autre toucher était nécessaire !

Mais le pire est que je pense que ce n'est pas fait dans la volonté de tromper les patientes ! Je pense juste que c'est quelqu'un qui est en quelque sorte la victime de l'enseignement de la médecine telle que c'est fait en France. Apprend par coeur, recrache bêtement et surtout oui surtout ne réfléchis pas !!!

Concernant tout cela, il y a un autre point, au delà de la mésinformation, qui m'irrite : toujours cette foutue histoire de consentement. Ben oui, face à ce souhait exprimé par la patiente, il ne devrait rien y avoir d'autre à dire que "c'est noté, madame". "Pas de péri ? OK, on va faire ce que l'on peut pour vous aider dans ce choix." "Pas d'épisio ? C'est votre corps, je respecte cela." Peu importe qu'elle croie que c'est idiot/impossible/dangereux/pas ce qu'elle ferait... Son opinion personnelle est bien cela, personnelle. Or là, elle est dans un cadre professionnel donc elle se doit de rester professionnelle.

Ca n'est pas une posture facile de se distancier de notre avis personnel, ça demande en permance un travail, une vigilance. Peut être suis-je dure avec ce jeune médecin. Le fait de réaliser que ce qu'on a appris n'est ni vrai dans tous les cas, ni même parfois vrai tout court, que les patients sont des humains et que leur avis/sentiments sont tout aussi importants, et même plus que les nôtres, qu'il n'y a pas de mise en danger pour nous à respecter les patients et leurs choix, que ça ne fait pas de nous de moins bons soigants (au contraire même) et que ça fait de nous de meilleurs humains (donc de meilleurs soignants, CQFD !). Bref, tout ça n'étant pas seulement pas enseigné mais plutôt souvent la cause de soucis au cours des études, ça demande parfois du temps... J'ai aimé la réaction de ma patiente qui lui a souri en lui répondant "de toute manière, ça sera mon choix au moment voulu." En douceur, mais ferme. Peut être que ça aidera ce jeune médecin a prendre du recul, qui sait ?

Posté par maiasagefemme à 23:23 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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