Maïa, sage femme

11 octobre 2021

Et si on accompagnait les jeunes mères (et parents) ? ou comment éviter la dépression post partum ?

J'ai réalisé très récemment un truc qui m'est apparu comme une évidence ! Mais alors pourquoi ne l'avais-je pas vu avant ?

En écoutant cet épisode du podcast de la matrescence avec une gynéco qui a l'air au top, j'ai donc intégré que les mères sont très suivies pendant la grossesse, et qu'une fois l'accouchement et les suites immédiates sont passées, elles sont jetées dans la nature. En revanche, les bébés, eux deviennent hyper suivis.

Quid des mères qui apprennent ce boulot, qui déploient des sommes d'énergie pour bien faire, entre injonctions sociétales et désirs personnels ?

Nada, nothing, rien...

Les assises de la santé mentale se sont penchées sur la question de la dépression post partum.

La dépression post-partum n’est pas à confondre avec le baby blues. Ce dernier est un trouble passager qui se manifeste juste après la naissance de l’enfant. Ce trouble est lié le plus souvent à la fatigue (manque de sommeil), aux bouleversements hormonaux et à une augmentation du stress (inquiétude pour son bébé, doute de ses capacités à prendre soin de lui…), mais il est facilement surmontable.

Quant à la dépression post-partum, c’est un état dépressif majeur qui apparaît quelques semaines à quelques mois après l’accouchement et qui s’éternise. Il n’est pas à prendre à la légère car il peut dénaturer le lien mère-enfant, déséquilibrer la cellule familiale et dans le pire des cas, engendrer la maltraitance. Les conséquences peuvent être importantes pour la mère, l’enfant et la famille avec essentiellement des troubles d’ordre affectif et comportemental.

Voici quelques symptômes de la dépression post-natale :

- L’irritabilité

- L’anxiété importante

- La dévalorisation ou culpabilité excessive

- Les troubles de l’humeur

- Le surmenage

- L’isolement et le repli sur soi

- Les pensées morbides ou suicidaires

- La fatigue permanente

- La profonde tristesse

- Les troubles du sommeil (insomnie)

- L’incapacité à s’occuper correctement de l’enfant

- Le désintérêt pour les activités

- Le manque d’appétit

Les femmes qui ont déjà souffert de dépression ou d’anxiété dans le passé ou pendant leur grossesse sont plus à risque de développer une dépression post-partum. D’autres facteurs de risque ont été reconnus, par exemple :

- avoir récemment vécu des événements stressants (ex. : déménagement, stress financier)

- être peu soutenue socialement

- démontrer une faible estime de soi

- avoir une moins grande satisfaction conjugale

Bon, maintenant que c'est posé, qu'est ce qu'on peut faire pour améliorer les situations et diminuer les risques ? Je ne peux pas jouer sur les évènements stressants de la vie, je ne peux pas trop aider quant à la satisfaction conjugale. En revanche, je peux aider dans une petite mesure sur l'estime de soi en tant que personne et que maman et je peux être un soutien "social".

Pour cela, j'ai décidé de voir régulièrement mes patientes en post accouchement : 1 fois par mois, tant qu'elles le veulent. La plupart se sentent de ne plus avoir cet accompagnement vers 6 ou 7 mois. Un RDV par mois rien que pour elles, pour parler de ce qui va, ce qui ne va pas, avec bébé, avec le conjoint, avec elles, avec le boulot, avec ce qu'elles veulent. Et moi d'écouter, et parfois d'essayer des suggestions. Mais le plus souvent juste écouter...

Je ne suis pas sure de pouvoir continuer ce genre de suivi autant que je le voudrais, question débile de planning, parce que ça prend beaucoup de temps et que malheureusement les journées continuent à ne faire que 24h ! Alors je voudrais organiser des réunions de mamans, comme ça existe dans plein de pays, pour pallier à cette solitude sociale que notre société individualiste a généré. Mais là encore, ça demande du temps. Mais je vais le trouver parce que c'est essentiel ! Des collègues le font déjà, alors pourquoi pas moi !!! 

Mais le problème reste que ce sont des initiatives personnelles. Pour en revenir aux assises de la santé mentale, il en est sorti la possibilité d'organiser une consultation spécifique pour le dépistage de la dépression post partum. Ils n'ont vraiment rien compris ! Il faudrait avoir la possibilité d'accompagner régulièrement les jeunes mère, et jeunes parents puisque les conjoint-e-s sont également susceptibles de faire une dépression post partum, pour éviter qu'elle ne s'installe ! Réparer les pots cassés au lieu d'éviter la rupture (désolée pour l'image, pas complètement parfaite...). Et encore faudrait il pouvoir adresser à des gens disponibles et compétents en la matière ensuite...

Mais là, ça veut dire parler vraie politique, c'est à dire ce qu'on veut pour notre société, et c'est pas trop un thème porteur de nos jour (en mode déprime de la vision court terme des politiques... Je ne suis pas en grève pour rien !!!)

En attendant des jours meilleurs, ne restez pas seuls dans les difficultés de la parentalité ! Consultez votre sage-femme, votre généraliste, parlez en à vos amis, votre famille, votre moitié (particulièrement votre moitié, et s'il n'entend pas, posez vous et lui les bonnes questions...). Bref, ne restez pas seuls ! C'est la pire des solutions !

OIP

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05 septembre 2021

Les sages-femmes sont en grève ! Encore...

J'ai pris un petit coup de jeune récemment : je suis en grève pour exactement les mêmes revendications qu'il y a 8 ans... Le temps ne file donc pas si vite qu'on le dit alors !!!!

Bon... il faut bien réussir à garder un semblant de moral et d'espoir même si j'avoue que le coeur n'y est pas tant que ça... J'ai été tellement investie dans cette dernière grève, j'y ai perdu tant de plumes et d'espérances, que je suis un peu échaudée, et cynique. 

Mais je ne peux pas faire autrement que d'en être ! Parce que c'est de pire en pire, déjà que ça n'était pas très reluisant.

Et les assises de la santé mentale viennent de rajouter un ponpon de plus pour le dépistage des dépressions post natales sans une seconde envisager la manière d'en prévenir une partie, c'est à dire notamment, permettre aux sages-femmes de bosser correctement ! Ben non, faudrait pas être efficaces pour de vrai...

Je vais laisser une collègue vous expliquer le souci. Ses mots sont simples et justes.

" Les sages-femmes sont en grève pour différentes raisons : tout d'abord, nous souhaitons que soit reconnu notre statut médical, inscrit au code Napoléon, donc tout début du XIXème siècle.

J'ai validé ma première année de médecine puis 4 années d'étude en maïeutique, donc bac +5, en suivant plus d'heures de cours que les futurs dentistes qui eux ont 6 ans pour les effectuer et dont le statut n'est pas remis en cause. Attention, je ne dis pas que les étudiants en dentaire ne sont pas travailleurs, mais que les études de sages-femmes sont trop denses. Pendant ces 4 années, je n'ai pas appris le tricot et la belote, non, je me suis spécialisée en gynécologie, obstétrique et pédiatrie.
De grâce, arrêtez d'appeler sage-femme "le plus beau métier du monde" : c'est néanmoins l'idée que je m'en faisais avant mes premiers stages. A 19 ans, lors de ma première journée de de mon premier stage en salle d'accouchement, j'accueille mon premier couple et je n'ai pas réussi à capter les bruits du cœur de l'enfant à naître... Et pour cause, il était mort in utéro. Et bien oui, ça choque,  le deuil périnatal est tabou mais il ne faut pas perdre de vue que toutes les sages-femmes portent en elles "un carré des anges". c'est le nom donné par le columbarium local au secteur des bébés.
Bref, après avoir survécu à ces 5 années d'études, le terme survivre n'étant pas surfait puisque les étudiantes sages-femmes présentent le taux de suicide le plus important chez les étudiants, j'ai pu signer de 2004 à 2008, année où j'ai démarré mon activité libérale pas moins de 11 contrats de travail (en sachant que j'ai mené 2 grossesses et bénéficié d'un an de congé parental sur cette période...).
Pour information, en juillet 2004, je recevais ma première fiche de paie, 1433 euros net, temps plein, primes de nuit et de week-end incluses, tout ça pour avoir la responsabilité de 2 vies entre mes mains ! Aujourd'hui, les sages-femmes débutent leurs carrières à 1700 euros, belle augmentation en quasi 20 ans. Et bizarrement, il y a une crise des vocations, dingue !
Ce qui a remis le feu aux poudres, c'est le rapport de l'IGAS annoncé en juin, paru en septembre et où on peut lire : " Toutefois, les gynécologues représentent l'autorité médicale, intellectuelle et morale, construisent les connaissances sur la grossesse et les accouchements et définissent le principe de fonctionnement des maternités." Du concentré de patriarcat en 2021 et cette technique grossière du diviser pour mieux régner.
Nous sommes, les sages-femmes, les gardiennes de la physiologie et n'avons besoin d'aucune caution ! Les gynécologues sont spécialisés dans la pathologie et heureusement qu'ils sont là. 75% des naissances, celles eutociques, sont gérées par des sages-femmes et pour les 25% restantes, les gynécologues pratiquent leur art, assistés des sages-femmes. Il y a de la place pour tous et la possibilité de travailler en bonne intelligence.
Cette crise des vocations fait que les services sont en sous-effectif et cela met en danger les femmes et leurs enfants. La semaine passée, suite à l'absence non remplacée d'une sage-femme, la maternité de mon secteur s'est retrouvée avec 2 sages-femmes pour 8 salles d'accouchement ! C'est ça que les politiques jugent sécuritaire médicalement et humainement ?
Nous sommes très majoritairement des femmes, accompagnant d'autres femmes et en 2021 les politiques assument totalement cette position dénigrante. Les très efficaces services de communication de notre cher ministre clament à qui veut l'entendre que les sages-femmes ont été augmentées de 100 euros brut... Alors que cela ne concerne que les sages-femmes de la fonction publique et n'est qu'un rattrapage de l'oubli dont les sages-femmes ont été victimes lors du ségur, le tout pour nous aligner aux professions paramédicales.
Un dernier point que je souhaite évoquer est celui de l'évolution nécessaire, vitale, du décret de périnatalité de 1998 : C'est lui qui fixe le nombre de sages-femmes dans les différents services. C'était avant la fermeture des petites maternités, il n'est pas adapté à nos usines à bébés. Comment voulez-vous faire du bon travail, ne pas être maltraitante quand on travaille avec un tel sous-effectif ?! Cela induit une surmédicalisation des accompagnements qui peut se révéler iatrogènes. Il faut tendre à une sage-femme pour une femme et arrêter de brader la naissance ! 
Soutenez-nous, nous nous battons pour vous. 
#sagesfemmescodenoir 
#sagefemmecodenoir #72hsansagesfemmes"
Florence Danel, sage-femme libérale
Partagez, parlez, diffusez à vos contacts, nous ne sommes manifestement pas assez bruyantes pour être entendues, à nous tous, vous, femmes, hommes, parents, spécialistes ou simplement personnes concernées par la santé féminine et la parentalité, à nous tous nous pouvons faire du bruit. Nous tout seuls, nous crions dans le vide et nous épuisons jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun souffle...

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27 juin 2020

la matrescence ou le bazar d'après la naissance

Il y a des moments qui ne paraissent pas être super importants mais qui changent finalement beaucoup de choses. Un de ces moments a été une discussion avec ma cousine. Elle attendait son deuxième et nous discutions préparation à l'accouchement. Et elle de me dire qu'on ne préparait pas assez à "l'après". Je ne comprenais pas très bien de quoi elle parlait. Je faisais une séance sur les suites de couches, immédiates et plus lointaines ; sur comment mieux appréhender cette période, comment la faciliter. Alors je ne comprenais pas du tout de quoi elle parlait ! Et elle continuait en me parlant des difficultés à savoir qui on est, à comprendre ce qu'on veut pour notre vie et cette nouvelle petite vie, que ça fout un peu le bazar sur tout ce qu'on a construit parce que tout ce qui était clair avant ne l'était plus ensuite...

Et alors là, je ne voyais vraiment pas de quoi elle parlait !!!!

Elle me parlait (sans le savoir) de la matrescence. La quoi ??? La matrescence, le 4ème trimestre de grossesse (qui dure plutôt 2 trimestres, facile...), la vie d'après, le début de la nouvelle en somme...

Qu'est ce donc que la matrescence ? C'est la naissance d'une mère ! Et comme toute naissance, c'est une sacrée expérience, belle certes mais difficile aussi.

Après la naissance, il est normal d'être dans une bulle dont le centre est notre bébé. Vous avouerez que c'est plutôt bien foutu quand même ! Il ne peut pas vivre sans nous, et notre principale préoccupation c'est lui. Sauf que notre vie ne se résumant pas à lui, il y a comme un petit truc qui peut clocher...

Qu'en est il des aspirations professionnelles que nous avions avant ? Qu'en est il de ce couple qui était notre centre ? Qu'en est il de nos envies et besoins personnels qui étaient nécessaires à notre équilibre avant ?

En second (et parfois très très lointain) plan !!! Et ça, c'est flippant !! Mais enfin qui est cette personne qui est sensé être moi mais qui ne me ressemble presque plus ? Tout ce qu'on s'était dit qu'on ferait ou qu'on ne ferait pas avant d'avoir un enfant, toute l'incompréhension qu'on avait pu ressentir face à ces jeunes mamans qui ne parlaient que de leur bébé et qui nous avait fait dire "je ne ferait jamais ça !"... Tout ça, ça se passe aussi chez moi ????

Oui, vous naissez à votre nouveau rôle et c'est imparable. Chaque naissance est différente et donc chaque matrescence est unique. Il y a cependant quelques points communs :

- l'ambivalence : ce bébé est le centre de notre monde et une source de bonheur incroyable, mais également un obstacle. Un obstacle à nous même telle que nous nous étions imaginé avant sa venue, un obstacle à notre liberté, à notre épanouissement individuel... Il est tout ça en même temps, une source de bonheur profond et notre boulet personnel. Et donc ça nous donne des melanges de sentiments particulièrement complexes parfois, voir mêê franchement culpabilisants.

- la solitude : la naissance à nous même est par définition un chemin personnel, personne ne peut le faire pour nous. C'est donc un chemin solitaire. Pour ajouter à cette solitude, nous vivons dans une société qui n'aide pas vraiment. Dans son individualisme, elle créé l'isolement, qui renforce la solitude. Et l'isolement a diminué voire quasiment détruit les transmissions d'expériences. Comment savoir ce qui est normal ou non si chaque femme vit sa parentalité comme si c'était la première fois que ça arrivait dans le monde (ce qui est assez paradoxal, vous l'avouerez, pour un évènement si fréquent dans l'histoire de l'humanité...) ?

- le côté transitoire : c'est une phase, ça a une fin ! C'est pas évident de le ressentir comme tel lorqu'on y est mais c'est imparable. Alors notez bien que vous ne serez pas après celle que vous étiez avant. On ne se "retrouve" pas comme avant, on se découvre différente. Mais c'est certain, tout aussi certain que l'accouchement d'un bébé a une fin, l'accouchement de parents en a une aussi (même si le job est sans fin et entraine une permanente évolution).

 

Comment vivre cette période le mieux possible ?

- se renseigner : alors évidemment, il y a les sages femmes qui sont là pour vous, mais il y a aussi des supports très intéressants, à suivre à votre rythme comme le très riche podcast fait par Clémentine Sarlat (lien : La Matrescence - Podcast), que je recommande à tous (père et mère bien sûr, ça concerne tout le monde !!!) pendant la grossesse et après pour pouvoir se préparer à son rythme

- rompre l'isolement : puisque notre société nous a isolé, nous devons donc créer nous même les groupes qui nous enrichissent. Ca peut être la famille, des amis, les réseaux sociaux... En revanche, il est fondamental de s'entourer de gens qui vont nous apporter du bon, avec bienveillance, qui vont accueillir nos paroles sans les juger ou sans chercher à nous donner des solutions sauf si on leur demande... Bref, faire un choix avisé des personnes qui vont être notre "support group" parce que les mauvaises personnes pourraient nous mettre un peu plus la tête sous l'eau que l'inverse ! Donc nous entourer de personnes bienveillantes. N'ayez pas peur de dire ce que vous vivez et ressentez. Vous verrez, vous découvrirez que vous n'êtes pas la seule ! Et que vous êtes normale...

- s'enrichir des expériences des autres : vous n'être pas la première qui vit tout cela, en fait, tous parent a vécu ça. Alors discutez, demandez, écoutez... Une des questions que je trouve les plus enrichissantes est "qu'est ce qui t'a aidé le plus ?" ou "Si c'était à refaire, que ferais tu différemment ?"

- ne vous jugez pas : vous êtes une personne normale, avec ses qualités et ses défauts, avec ses jours où ça va et ses jours où ça va pas, avec ses envies d'ailleurs plus ou moins fortes... Bref, imparfaite donc. Et ça tombe bien parce que la perfection, quel ennui !!!! Soyez indulgente avec vous. Et prenez le temps ! Notre société va vite, souvent bien trop vite... Et certains temps humains ne sont clairement pas en adéquation avec la vitesse de notre société. Ca serait illusoire de vouloir presser ce temps humain pour le caler aux attentes sociétales. L'humain n'en sortirait que plus blessé... Vous avez le temps, la vie devant vous en fait !

 

Souvent, et de manière compréhensible, lors d'une première grossesse, on voit la première montagne devant nous, l'accouchement, et on focalise nos efforts et notre préparation sur ce premier objectif. Mais c'est ça le truc, ce n'est qu'un début. Le gros du chemin se trouve derrière et c'est souvent compliqué de le voir si on ne nous a pas sensibilisé avant... Et donc, on doit gérer les obstacles quand ils arrivent sans compréhension et préparation préalable. Et donc forcément c'est bien plus difficile ! Voilà le pourquoi de ce billet. Le chemin est incroyable et mène à des choses très enrichissantes mais il n'est pas sans cailloux plus ou moins gros sur la route. Alors autant s'équiper un peu avant, non ?

Annotation 2020-06-27 152713

 

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10 mai 2020

les bonnes résolutions de la rentrée...

Demain, c'est la rentrée ! Ou du moins, une sorte de rentrée inhabituelle, post confinement, dans le brouillard...

Pour commencer à réintégrer une vie plus "normale", reprendre le cours d'un certain nombre de choses mises en pause pendant quasiment deux mois, pour recommencer à vivre, progressivement.

Pour cela, j'ai mis en place un certain nombre de précautions pour les RDV à mon cabinet. Pour expliquer tout cela et que mes patientes soient au courant des conditions qui rendraient acceptable le RDV ou surtout celles qui ne le rendraient pas possible, j'ai décidé d'envoyer un sms la veille à toutes mes patientes du lendemain, en leur demandant de me confirmer sa réception.

La majorité a répondu, j'attends toujours quelques réponses et suis curieuse de savoir ce que ces patientes vont "donner" demain : venir avec les conditions connues, venir avec les conditions non connues, ne pas venir du tout... Nous verrons bien...

Une patiente m'a répondu pour annuler, en s'excusant de ne pas l'avoir fait plus tôt parce qu'elle avait oublié notre RDV. Cette réponse me laisse toujours béante... Pas l'annulation en soi, on peut avoir plein de bonnes raisons. Quoique l'annulation un dimanche soir, moins de 24h avant le RDV a quelque peu tendance à m'irriter au plus haut point. Mais ce qui me laisse béante est la notion de "j'ai oublié". Sans le message que j'ai envoyé, j'aurai eu un lapin demain...

Alors je vous rassure, ça m'est déjà arrivé, oublier un RDV. Je ne suis pas parfaite et comprends très bien que l'erreur est humaine...

Si seulement les lapins étaient rarissimes, je ne réagirai même pas !

Il y a tellement de moyens aujourd'hui pour se faire rappeler un RDV que je ne comprends pas que ça puisse être encore une excuse. J'ai même eu (un seule fois heureusement) une patiente qui m'a dit que c'était ma faute parce que je n'envoyais pas de sms de rappel la veille ! Mais enfin, nous avons pris le RDV ensemble il me semble ! Je ne suis ni votre mère, ni votre secrétaire particulière ! Je n'ai pas à vous rappeler nos RDV... C'est à vous de le noter, c'est de votre responsabilité d'assumer vos engagements...

Alors, on entend souvent, à juste titre malheureusement, que la médecine infantilise le patient. L'époque est à la demande de respect et d'écoute de la part du monde médical. C'est un de mes cheval de bataille d'ailleurs. Mais ça passe par toutes les thématiques possibles ! J'estime que le respect est à double sens, le fait d'être considéré comme un adulte implique qu'on se comporte comme tel, qu'on assume ses erreurs notamment, et qu'on s'excuse aussi (ce qui est parfois difficile à obtenir !).

Pendant le confinement, une patiente m'a appelé en exprimant un souci qui m'a poussé à lui donner une consultation en présentiel, ce qui veut dire que soit la problématique était importante, soit ça lui prenait suffisamment la tête pour que j'estime qu'elle avait besoin de me voir. Je ne saurai pas puisqu'elle n'est jamais venue ! Ce qui, il faut être honnête m'a mis franchement en colère étant donné les conditions très particulières des consultations pendant cette période là. Et depuis ? Silence radio... Je lui ai laissé deux messages et ai demandé à ma secrétaire de la rappeler... Pas de nouvelles. Autant vous dire qu'elle ne pourra plus reprendre RDV avec moi.

Comment conciler cet irrespect avec ma philosophie de pratique ? Impossible ! Mon temps et mon implication dans le soin à mes patientes ne sont pas à prendre pour acquis, j'estime avoir le droit au même respect que n'importe qui d'autre.

Alors, je remercie tous ceux qui nous ont applaudi tous les soirs. Mais j'attends un peu plus que des applaudissements qui me donnaient parfois un petit goût amer en bouche. C'est l'heure des bonnes résolutions, comme à toutes les rentrées (oui, je ne prends jamais de bonnes résolutions à la nouvelle année mais en septembre... C'est le moment des inscriptions à la salle de sport...) : respectons nous, soyons plus empathiques et généreux, pensons aux autres, mettons nous à leur place, respectons nos engagement particulièrement quand on n'a pas trop envie (parce que bon, quand on a envie c'est plutôt facile, non ?)... Bref, faisons attention aux autres comme on aimerait qu'ils fassent attention à nous (je croirais entendre ma mère quand j'étais petite ! Finalement elle n'avait pas toujours tort !!!).

PS : merci à la très grosse majorité de mes patientes qui sont des amours et que j'ai une grande chance d'avoir !

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28 avril 2020

Vaya Corona !!! Donde està el papa ?

Une des leçons que je peux tirer de la crise sanitaire actuelle, concernant la naissance (parce qu'en vrai, j'en tire beaucoup sur beaucoup de choses... ma tête surchauffe !!!) est que le bien naitre est un peu comme le droit des femmes, le premier à être en danger quand un évènement dérangeant arrive...

Bon, en même temps, bien naitre et droit des femmes sont complètement liés, non ?

Mais là, je voudrais plus m'attarder sur la place des pères, puisque ce sont eux qui ont été évincés de la naissance de leur enfant, parfois. Avec bien entendu toutes les conséquences terribles que ça a pu avoir sur les mères. Mais parlons des pères !

Pendant des millénaires, la naissance et la petite enfance ont été une histoire de femmes. Les pères étaient là pour la conception (évidemment) et parfois pour l'éducation des enfants sortis de l'enfance (souvent à partir de 7 ans). Depuis quelques dizaines d'années, en tout cas pas beaucoup plus d'un siècle, les rôles des hommes et des femmes, si bien distribués auparavant, tendent à évoluer.

N'étant ni historienne, ni sociologue, je ne prétends pas avoir une compréhension pleine et entière de cette évolution (même si vous pensez bien que j'ai quelques petites idées là dessus).

Mais revenons à notre virus. En début de crise et de confinement, un certain nombre de maternité ont refusé la présence du papa lors de la naissance pour limiter les risques contagieux. Il a fallu que ça cause un gros scandale pour que les instances des sages femmes et des gynécologues recommandent de ne pas évincer le père de la naissance.

Pour être honnête, je peux comprendre le coup de flippe à chaud. La radicalité de la situation a pu faire perdre temporairement la capacité de réflexion d'un certain nombre de personnes. La preuve en est que la plupart des maternités qui avaient mis cela en place ont très rapidement fait volte face et permis la présence des papas (avec des restrictions plus ou moins acceptables néanmoins).

Mais qu'est ce que ça veut dire ? Que la présence du père à l'accouchement est optionnelle ? Alors, on est bien d'accord que d'un point de vue purement physique, le père est optionnel. Mais est ce que la réflexion sur l'accouchement s'arrête là ? Parce qu'à ce niveau de pensées, on peut aussi avouer que la présence du corps médical, dans 90% des accouchements, est optionnelle, puisqu'il n'y a pas nécessité d'intervention médicale. Donc pourquoi éloigner les pères ?

La réflexion que j'en tire est qu'on a encore sacrément de boulot pour sortir du formatage millénaire de "qui fait quoi" ! En même temps, ça n'a rien de bien étonnant de constater que des milliers d'années ne s'effacent pas en quelques dizaines... Mais l'exemple est si violent que ça oblige à regarder en face notre évolution. Notre vernis se modernise certainement, mais le fond est bien différent et ressort à la moindre crise. Les changements en profondeur prennent du temps, et il va y en avoir besoin pour pouvoir ancrer l'égalité femme-homme profondément.

Parce qu'il ne faut pas se leurrer, tout le monde souffre de ces traitements, les femmes c'est certain, mais les hommes également. Parce qu'ils sont empêchés de vivre la naissance de leur enfant, parce qu'on leur dit de ne pas exprimer leurs sentiments, parce qu'on leur dit qu'ils doivent être forts...

Pendant ce confinement, j'ai fait ma préparation à l'accouchement en visio. C'était nouveau et assez surprenant au départ mais nous nous sommes plutôt bien adapté. Ce qui m'a fait plaisir, c'est que bien entendu j'avais beaucoup plus de papas, et ça c'est cool ! Moi qui essaie de les inclure au max dans la parentalité, c'était du petit lait ! Mais ce qui me surprenait, c'était qu'un certain nombre d'entre eux suivaient les séances hors cadre, je ne les voyais pas. Ils étaient là mais ne se montraient pas. Allez y les gars ! Assumez de vouloir être dans la parentalité ! Ca n'est pas une histoire de "bonnes femmes"... C'est aussi une histoire de "bons hommes"...

 

PS : nous sommes bien d'accord qu'il n'y a pas que des papas qui ont été éloignés, je n'oublie pas les mamans qui auraient voulu accompagner leur femme et rencontrer leur enfant, et tous les autres accompagnants qui étaient prévus. Le propos de ce post était une réflexion sur la place des femmes et des hommes, et du chemin que nous avons encore à parcourir à ce propos, c'est donc volontairement que j'ai fait ce choix.

 

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07 mars 2018

les méthodes naturelles, un danger pour l'humanité !

Depuis quelques jours, dans la presse, fleurit une cascade d'articles nous disant que les gynécologues s'inquiètent de l'utilisation des méthodes de contaception dites naturelles, traduisez sans intervention médicale (ordonnance, pose...). Selon les articles, il y aurait entre 17 et 20% de taux d'échec ! Effectivement, ce chiffre peut donner des sueurs froides ! Ils s'inquiètent aussi de l'augmentation du recours à ce genre de contraception et donc de l'augmentation du  nombre de grossesses non désiréees chez les 20-24 ans. Heureusement que nos gentils papas gynécos se soucient de nous !

Alors j'ai cherché les chiffres des IVG pour 2017, me disant que si les grossesses non désirées augmentaient, logiquement les IVG aussi. Je n'ai trouvé que les chiffres jusqu'à 2016, mais je dois surement être moins bien informée qu'eux (forcément), puisque je vois un taux stable, notamment chez les 20-24 ans. Il doit y avoir un sacré rebond en 2017 j'imagine ! J'ai ensuite cherché les statistiques des IVG en fonction du monde de contraception (ou son absence) mais je n'ai pas trouvé de source fiable (un article cite 72% des IVG sont des grossesses sous contraception mais sans précision particulière). Donc difficile d'étayer les dires de nos chers papas gynécos (j'arrête pas de confondre...). Par ailleurs, "selon la FNCGM, c'est vers 19-20 ans que les femmes abandonnent la pilule pour se tourner vers des méthodes naturelles et c'est chez les 20-24 ans que les IVG (interruptions volontaires de grossesse) sont répétées : 10 % des jeunes femmes de cette tranche d'âge en sont ainsi à leur deuxième IVG et, pour 4 % d'entre elles, c'est la troisième ou plus." Alors là, je dois avouer que pour des soi disant scientifiques, ayant fait au moins 12 ans d'étude (on le saura, non ?), cette réflexion me laisse béante !!! Ca pourrait être comparé à ceci : à l'adolescence, les filles commencent à se maquiller, on constate également que les seins augmentent de volume, donc le maquillage fait augmenter le volume des seins... Rigueur, rigueur quand tu nous tiens...

Conclusion 1 : rien ne m'a permis de confirmer ou infirmer le fait que les grossesses non désirées augmentent depuis que nos têtes folles se sont mis dans le crâne d'avoir recours plus souvent à une contraception "naturelle".

Mais au fait, c'est quoi une méthode "naturelle" de contraception ? Alors, si j'ai bien compris, c'est tout ce qui n'est ni chimique, ni mécanique. Donc c'est un ensemble un peu fourre tout de plein de choses. Donc déjà, ça me pose problème de donner un chiffre unique d'évaluation de l'efficacité de méthodes aussi différentes que le retrait ou la symptothermie (ceci est un exemple...). Les méthodes possibles sont variées, plus ou moins approfondies en terme de connaissance de son corps et avec des efficacités variables. Je ne vais pas vous faire un topo sur les différentes méthodes, je n'en ai pas la connaissance suffisamment poussée pour cela. En revanche, j'ai trouvé des résultats d'études sur la symptothermie montrant un taux de grossesse non désirée inférieur à 6% (quand l'utilisation n'est pas rigoureuse) et moins de1% quand l'utilisation est bonne. Pour les références, c'est ici qu'il faut cliquer. Pour rappel, l'efficacité pratique de la pilule est de 8% de grossesses non désirées...

Alors bien sur, mettre au même niveau le retrait (15% de grossesse non désirées) et la sympto, ça me parait très orienté comme technique... (je parle de la symptothermie parce que c'est la méthode que je connais mieux mais je sais qu'il existe d'autres méthodes très efficaces également). Et puis vous savez quoi ? Observer son corps n'empèche pas l'utilisation des préservatifs à certains moments (en fait c'est l'idée d'ailleurs : repérer les périodes potentiellement fertiles pour soit ne pas s'envoyer en l'air à ce moment là, soit utiliser une contraception mécanique, ou alors faire un petit, ça marche pour tout !!!)

Conclusion 2 : j'ai l'impression qu'on essaie de m'embrouiller avec le fourre tout "méthodes naturelles", un peu comme si on me disait que le poivre est une épice sans saveur, parce que dans "le poivre" on met aussi bien le poivre bas de gamme de supermarché (effectivement sans saveur) et aussi le poivre de Kampot ou le poivre Timut du Népal, des joyaux de la nature...

Mais pourquoi on essaierait de m'embrouiller ? Pourquoi certaines personnes perdraient du temps à un truc aussi stupide ??? Pourquoi certaines personnes se sentiraient aussi menacées par ces "méthodes naturelles" qu'elles passeraient du temps et des moyens à les dénigrer de manière si grossière ??

Bon, ben malheureusement, j'ai trouvé une piste de réponse assez rapidement... On parle là, encore une fois, du pouvoir médical sur le corps de la femme... Ben oui, si nous, gynécos et sages-femmes, n'étions pas l'unique recours des femmes pour pouvoir gérer leur fertilité, à quoi servirions nous ? Et puis, si elles commençaient à croire que leur corps n'est pas si imprévisible, et qu'elles peuvent le connaitre et l'apprivoiser, est ce que ça serait pas la porte ouverte aux pires folies ? Et pourquoi pas, qui sait, dans les pires cauchemars, à un truc aussi dangereux pour l'humanité que l'accouchement à domicile par exemple ????? Non mais sérieux, ça serait surement la fin de l'humanité (ou de notre dictature, plus modestement, peut être...) !!!

Mode ironie désabusée off...

On est dans une société où on met les jeunes filles sous pilule dès le plus jeune âge. Résultat : elles ne connaissent pas leur corps de femme, avec ses signes, ses changements, ses moments où il nous porte, ses moments où il nous plombe aussi... On doit être stables, sans changement, sans variation, sans connaissance de nous même. Au lieu de souligner le positif de notre féminité, on nous en montre le négatif. Et je parle clairement en connaissance de cause, ayant souffert énormément depuis ma puberté de certains aspects négatifs de ma féminité. Jamais on ne m'a proposé autre chose que de bloquer tout ça, jamais on ne m'a parlé de l'acupuncture pour aider mes douleurs, par exemple, et quand je disais que ce qui me calmait le mieux était un bouillote chaude et un gros dodo, on se foutait de moi avec condescendance. J'ai du faire mon chemin toute seul dans l'acceptation et la gestion de tout ça, le tout après quelques expériences malheureuses (je me souviens encore d'un évident excès de codéine, m'ayant fait délirer sur le moment mais bien peu après...). Alors oui, il y a des jours où ça me plairait d'être un homme (foutues hormones) et la plupart où je suis tellement contente d'être une femme ! Mais au moins, je me connais et mon corps vit.

Je ne dis pas que c'est l'unique manière de bien vivre sa féminité. Je dis juste qu'il ne faudrait pas que la connaissance de son corps soit présentée comme un danger. Je trouve ça même aberrant ! Et puis, il serait peut être bon d'aller au fond des choses : pourquoi y a-t'il une augmentation du recours aux méthodes "naturelles" ? Est-ce une évolution sociétale ? Ne serait-il pas bon de s'adapter à cette demande et de l'approfondir ? De trouver les moyens pour que ça soit mieux connu et maîtrisé ? Parce que de vous à moi, je n'ai pas la formation ou la connaissance pour réellement accompagner une femme désirant mieux connaitre son corps... Ben non, la physiologie n'est pas quelque chose qu'on apprend en fac de médecine. Donc ne serait-il pas bon de reconnaître qu'il y a là une évolution durable de la mentalité de la société et qu'il faut donc y apporter des réponses approfondies ? J'aimerai savoir l'état de connaissance de ces papas gynécos sur les choses dont ils parlent !

Quant à moi, quand une patiente envisage ce genre de démarche, je lui parle globalement des choses et l'oriente vers quelqu'un qui saura vraiment l'accompagner dans cette découverte. Après, il s'agit des choix de la patiente, de la vie de la patiente, du corps de la patiente... Mais encore faudrait-il ne pas la considérer comme une enfant... N'est-ce pas, papa ?

méthodes-naturelles-pour-retrouver-la-joie-de-vivre

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20 février 2018

projet de naissance

Faire un projet de naissance

contrat

 

Pourquoi ?

Nous vivons une période de transition, pour ma plus grande joie.

Transition entre une naissance prise en charge par le monde médical et une naissance prise en charge par les parents, avec l’aide du monde médical.

On ne va pas revenir sur le pourquoi du comment en profondeur. Disons simplement que l’objectif a toujours été le même : que tout se passe bien pour tout le monde. Mais qu’à un moment, pour des raisons tout à fait compréhensibles, le « bien » s’est un peu focalisé sur le médical et les problèmes potentiels inhérents à ce moment de passage si particulier. Et que maintenant, ce « bien » médical étant plus assuré, la demande est plus orientée vers le « bien être » ou plutôt le « bien naitre ».

Ceci explique un certain nombre de difficultés d’adaptation du corps médical, élevé au biberon du « bien médical ». Mais les progrès se font, et à mon sens, à une vitesse plutôt bonne (même si on aimerait bien que ça aille plus vite, bien sûr !!)

Dans le « bien naitre », il y a une grosse demande de réappropriation de ce moment par les femmes, ainsi que leurs conjoints.

Le truc, c’est que pour chacun, les besoins sont différents… Alors pas facile de savoir ce que veulent les uns et les autres. Parfois on ne devinerait vraiment pas ! Même avec la meilleure volonté du monde !

Alors dans cette idée d’appropriation de la naissance, le projet de naissance me parait une étape sacrément intéressante ! En effet, il me semble de la responsabilité des futurs parents d’expliquer qui ils sont, ce qu’ils aimeraient, pourquoi ils aimeraient telle ou telle chose (non pas dans un souci de justification, mais dans un souci de compréhension par l’équipe médicale)

Comment ?

Quelques règles simples me paraissent importantes :

- Un document synthétique, ce qui ne veut pas dire forcément court. Ce que je veux dire est que quand on voit la masse de boulot des sages-femmes, si en plus elles doivent lire un roman de 10 pages, ce n’est pas la peine…

 - Un document qui soit visuel : la mise en page, ce n’est pas un détail. Donner envie de le lire, mettre en valeur visuellement les choses importantes… Ça sera reçu plus facilement, et enregistré aussi !

 - Commencer par expliquer un peu qui vous êtes, votre histoire ou ce qui motive le projet qui suit. Vous parlez à des êtres humains, alors forcément on se présente quand on se rencontre, c’est la base ! Ben là, pareil… Alors, vite fait bien sûr, mais fait quand même !

 - On ménage la susceptibilité de l’équipe médicale… Ben oui, on est parfois un peu susceptibles, ou surbookés, et on travaille dans la sensibilité, et on donne beaucoup de nous. Alors avoir l’impression qu’on ne nous fait pas confiance, c’est compliqué et ça risque de vous retomber dessus… C’est clairement pas le but donc : assurez de votre confiance dans les compétences de l’équipe qui va vous accompagner, tout en les assurant aussi de la confiance que vous placez en eux pour respecter vos souhaits. Ca me parait une bonne idée !

 

Objectifs

Il ne s’agit pas seulement de faire une liste des choses que vous aimeriez ou que vous n’aimeriez pas. Il s’agit de faire comprendre à l’équipe comment vous fonctionnez, quelles sont les choses qui vous sont importantes.

C’est un point de départ d’une discussion. Il y a forcément, dans ce projet de naissance, des situations, possibilités, conduites à tenir, auxquelles vous n’avez pas pensé. Il faut donc que la sage-femme ait pu comprendre qui vous êtes pour  pouvoir agir en conséquence.

N’oubliez pas que ce qui vous parait être le bon chemin pour vous ne sera pas forcément celui de la voisine, ni même de la sage-femme. Ce que vous pensez ne va pas de soi ! Loin de là… Et vos évidences ne sont pas celles de tout le monde. Ca vaut donc la peine d'enfoncer des portes ouvertes.

 

Exemples

Je vous cite quelques exemples, avec des formulations qui me paraissent intelligentes. Elles ne s’expriment pas « contre » (le monde médical, les compétences de l’équipe…) mais « pour » (que vous soyez actrice de votre accouchement, que le moment vous ressemble…)

- Mon compagnon souhaite être présent à toutes les étapes de la naissance.

- Nous souhaitons que chaque geste, chaque intervention nous soit clairement expliqué et que rien ne soit entrepris sans nous avoir consulté auparavant.

- Je ne souhaite, à priori, pas d’anesthésie péridurale, et je compte sur votre aide pour me proposer conseils et assistance pour  gérer la douleur (bain, douche, ballon, huiles essentielles, musique, relaxation, acupuncture…).

- Je ne souhaite pas que le processus physiologique de l’accouchement soit accéléré ou ralenti artificiellement (sauf si la santé de mon bébé ou la mienne le nécessite).

- Je souhaite éviter, dans la mesure du possible, les touchers vaginaux.

- Je souhaite pouvoir marcher et choisir ma position durant le travail. Si un suivi au monitoring est nécessaire, je souhaite qu’il soit ambulatoire ou discontinu.

- Je souhaite que tout soit mis en œuvre pour éviter une épisiotomie. Je préfère prendre le risque d’une déchirure.

- Lorsque les épaules de notre bébé seront sortis, je souhaite finir de le sortir moi-même (ou son papa) et le déposer sur mon ventre.

- Je souhaite que le cordon ombilical soit coupé par mon mari, après qu’il ait arrêté de battre.

- Afin de profiter de ce moment en toute quiétude lors d’une séance de peau-à-peau, je souhaite que les soins qui peuvent attendre soient remis à plus tard.

 

Il est aussi important de ne pas complètement focaliser sur le projet. Parce que c’est de ça dont il s’agit : un projet ! Les règles générales ne bougeront pas, mais cela ne se passera jamais comme vous l’imaginez. Ce qui compte est votre vécu, votre ressenti. C’est ça qui va rester.  

Il faut donc être souple, et laisser au conjoint ou à l’accompagnant la responsabilité du respect de qui vous êtes, avec la flexibilité que les évènements demandent. Vous avez posé les règles, maintenant, laissez-vous porter par l’accouchement et le vécu de ce moment unique.

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11 février 2018

un ange déchu...

Alors aujourd'hui, rien à voir avec de la sage-femmerie ! Plutôt une réflexion plus globale sur notre société...

Je chante, j'adore la musique, toute la musique. Qu'elle soit pointue, qu'elle me fasse bouger, qu'elle m'émeuve... Bref, qu'elle provoque une émotion en moi ! Je ne suis pas sectaire, j'écoute avec autant de plaisir des morceaux d'opéra, de hard rock, de R'n B, de fado, de rap... Ce n'est pas le style qui m'importe mais le sentiment qui est provoqué.

Et je regarde, je l'avoue donc sans honte, un certain télécrochet vocal...

Il y a peu, j'ai été completement conquise par une candidate. Tout dans ce qu'elle transmettait me touchait. Elle diffusait une grande douceur, sa beauté était de celle qui apaise, son chant m'a donné l'impression d'un ange et son choix de chanson dénotait une sensibilité et une intelligence qui m'a atteint droit au coeur. Bref, j'ai été sous le charme. 

Quelle n'a pas été ma stupeur et ma déception lorsque j'ai appris qu'elle quittait l'émission à la suite de polémiques sur des tweets qu'elle a posté il y a quelques années. 

Je ne suis pas là pour débattre sur ces tweets, leur portée, leur intelligence, etc, etc...

Je me suis demandée quel était le rapport ?

Et puis, pourquoi certains se sont amusés à faire l'historique de ses tweeets ? Est ce que tous les candidats sont passés à la moulinette ? Et pourquoi ça a eu cette conséquence ?

Cette jeune femme est musulmane. Ok, so what ? Elle avait un foulard sur la tête lors de sa prestation. Je n'ai d'ailleurs pas pu m'empêcher d'admirer la beauté du tissu, du nouage, de ce que ça apportait à son si beau visage. J'ai des copines qui portent d'ailleurs de temps en temps, pour des raisons purement esthétiques, un voile sur les cheveux, avec ce genre de talent. J'ai toujours voulu apprendre à faire la même chose, tellement je trouve ça joli.

Mais ce couvre chef, avec son prénom, peut être que ça pointait trop du doigt sa religion. 

Est ce que je suis trop suspicieuse si je pense que c'est ça qui a fait qu'on a fouillé dans son passé ? 

Quelle est cette police des moeurs qui empêche une personne d'avoir une religion, de la porter tranquillement, sans être provocatrice ni revendicatrice ? Pourquoi chercher la boue ? Pourquoi empêcher une femme d'être qui elle est ?

Pourquoi serait-il si compliqué d'être musulman en France sans porter déjà le soupçon ? Et en plus une femme qui s'inflige un foulard... Une femme sous influence, forcément ! Qui aliène sa liberté, sans aucun doute ! Non mais sans blague... 

A cause d'une polémique débile, sur des propos anciens, regrettés (qui n'a jamais fait des réflexions pour les regretter ensuite), on censure une personne sur quelque chose qui n'a absolument rien à voir !

L'autre chose que je ne comprends pas est : Comment est il possible qu'elle n'ait pas reçu du soutien pour dire stop à ce lynchage ridicule ? Comment est il possible de laisser faire cela ? N'y a-t-il pas des gens suffisamment courageux pour poser les limites de la décence, de l'intelligence, du vivre ensemble ?

Quelle société construisons-nous avec de telles réactions ? 

Par exemple, le voile est un sujet qui m'irrite, tout comme m'a insupporté la polémique sur le burkini. Qui a droit de décider qu'une femme peut porter tel ou tel vêtement, si ce n'est la femme elle-même ? Alors oui, je suis mal à l'aise face au voile intégral parce que je ne peux comprendre 

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qu'on puisse, en toute conscience, vouloir mettre une distance physique entre soi et le monde. En revanche, tous les autres styles de voiles (ou d'absence de voile) me sont complètement indifférents. Je suis plus gênée par les bedainants torse nu l'été que par une femme avec un voile sur les cheveux. Et pourtant, je ne me permettrai jamais de faire une réflexion à qui que ce soit. Et puis ça m'énerve qu'on parle encore des tenues féminines ! Sérieusement, au XXIème siècle ? On en est encore là ? Et puis ça m'énerve qu'on discrimine à propos d'une religion !!! 

Bref, ça m'énerve qu'on discrimine, qu'on nous prive de cet ange pas très catholique... Et ça m'attriste... 

Quelle est cette société que nous construisons ? Quand est ce que des voix s'élèveront haut et fort contre ces inepties ?

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12 janvier 2018

et la santé, bien sur !!!

Bonne année tout le monde !!!! Je vous souhaite le meilleur... Et surtout la santé bien sur (petit clin d'oeil à certains...) !

Alors il est vrai que je suis bien muette depuis quelques temps mais il faut avouer que mon actualité est tellement dense depuis cet été que mon cerveau est pas loin de la surchauffe (sans commentaire bien sur...) : la polémique et lever de voile sur les violences obstétricales de cet été, la libération de la parole de la femme depuis l'automne. Bref mes thèmes favoris mis sur le devant de la scène ! 

Mais voilà le problème ! Je suis un peu comme un gamin devant un super étalage de glaces sous un soleil torride !!! Je ne sais plus quoi choisir, penser et approfondir ! Et puis j'ai besoin de calme pour comprendre et penser et du calme, dans notre société, avec ces sujets, c'est pas vraiment ce que l'on a ! Tout va vite, tout prend de l'ampleur, et donc moi je me fige pour essayer de regarder comment ça évolue.

Parce qu'en fait je ne sais pas très bien... C'est tellement génial que le projecteur soit braqué sur ces problématiques ! Il faut absolument tout faire pour que cela continue. Mais pour autant, je ressens un vague malaise face à ce qui se passe. 

Alors c'est pour ça que dans ma boite de messages, il y en a 4 non publiés. Et qui ne le seront jamais, parce que quand je les relis, je suis encore en confusion avec ce que j'ai écrit...

Alors j'ai décidé de ne pas du tout parler de ça et de me focaliser sur ce que je sais et qui m'enthousiasme sans ambage !!!

Voyons pour mes résolutions de l'année (je n'en fais jamais, je constate simplement les choses que j'ai mis en place... aucun risque de ne pas les suivre donc !!!!). Depuis le début de cette année j'ai :

- redécoré un peu mon environnement, avec des couleurs gaies et des lumières : la gaité est tellement impactée par notre environnement, et quelques touches de changement permet la redécouverte de notre décors habituel. Comme l'impression d'être dans un nouveau nuage !

- je m'habille plus "moi" et moins "confort", un peu moins moumoutte et un peu plus selon mon humeur : colorée quand j'ai envie de chanter, sexy quand j'ai envie de danser... Les fringues doudou ça sera pour quand j'ai envie de me terrer, le plus tard possible !

- j'ai fait le tri des personnes qui ne me tirent pas vers le haut (sauf ceux qui sont comme ça parce qu'ils traversent une passe, bien sur !). Les pierres des autres, c'est pas à moi de les porter. Un ami doit me faire du bien, sinon...

- je fais des projets : de voyages, de week-end, d'activité qui m'éclate...

- je profite des bonnes nouvelles : la copine Ernestine est enceinte ? Hop, ça me remplit ! Joséphine a trouvé l'amour ? Hop ! Claudine a gagné au loto ? Ah, euh, non... Ca j'ai pas... Mais qui sait ? 

- je ris beaucoup ! avec mes patientes et leurs gnomes (même ceux dont la spécialité est d'attendre de venir à mon cabinet pour lacher les gazs et obliger pendant un certain temps de tester les capacités d'apnée de mes patientes et de moi même...), avec moi et de moi (je suis mon meilleur public ! Il faut dire que ça n'est pas bien compliqué, je suis probablement la fille spirituelle de Pierre Richard !)

- je profite de chaque seconde de soleil (bon, c'est pas l'activité qui prend le plus de temps en ce moment...) et même de cet arc en ciel croisé en travaillant, je profite du chant des oiseaux qui m'accueillent le matin (que c'est sympa la campagne)...

- je me vernis les ongles,  même si j'oublie mon dur labeur et récure mon four quelques heures plus tard, et ruine l'oeuvre d'art... Pierre Richard, je vous dis !

- j'écris sur un petit bout de papier, tous les jour, un truc cool de ma journée. Je le mets dans un panier et comme ça, l'an prochain, je pourrai faire  une rétrospective cool de 2018.

magnet-rond-bonne-annee-2018_grande

Bref... Voilà où j'en suis en cette année naissante. Je ne sais pas de quoi elle sera faite, mais je prends la résolution (que je tiendrai !) que je choisirai le bon côté, quoiqu'il arrive, que je continuerai à être passionnée par mon métier, par vous, les femmes, mes héroines, que je continuerai à montrer du doigt ce qui me fait du bien, ce qui me dérange, ce qui devrait évoluer, que je rierai de tout mon coeur, pleurerai de toutes mes larmes, aimerai de toutes mes forces... Je prends la résolution de vivre, vraiment ! 

Alors merci à vous, qui m'y aidez si bien.

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25 octobre 2017

self help ou un combat féministe

Ca fait un bout de temps que j'essaie d'inverser les rôles patients/soignants. Enfin pas exactement inverser, ça n'est pas tout à fait ça. Mais de laisser au "patient" une plus juste place, et de remettre le "soignant" à une plus juste place également.

C'est d'autant plus flagrant dans la santé de la femme, qui est surtout une médecine préventive. D'ailleurs, je n'aime pas ce terme : "médecine préventive". C'est vrai quoi ! Ca sous-entend que même quand tout va bien, il y a besoin de médicalisation... Autant pour remettre le soignant à sa juste place ! On devrait appeler ça : accompagnement de la bonne santé (je me rends bien compte que c'est trop long, pas vendeur et tout... mais je suis preneuse de toutes les suggestions !!!), et même ça, c'est loin d'être bien...

Depuis quelques années, j'essaie de nouvelles choses. C'est d'ailleurs la blague récurrente chez les patientes : "Alors ? Qu'est ce qu'on teste de nouveau cette fois ci ?"

J'ai développé les examens gynéco allongée sur le côté : très apprécié. Et mon nouveau dada (qui va probablement le rester très longtemps) est de faire faire aux femmes tout ce qu'elles peuvent faire elles-mêmes. 

Bon, je dois avouer, pour le moment ça se résume aux prélèvements vaginaux et aux poses de speculum. Mais c'est un début ! 

Alors quand je propose aux femmes de poser elles mêmes leur speculum, souvent, elles me regardent avec des yeux ronds. Ben oui, elles n'ont jamais fait ça, et puis c'est "réservé" au corps médical... Et puis souvent c'est hyper désagréable voir douloureux. Et comme elles ne sont pas masochistes, ben... Ca les tente qu'à moitié ! Sauf que... Ca ne devrait pas être douloureux, ça ne devrait pas faire peur d'introduire un speculum dans son vagin ! C'est vrai quoi ! Est ce qu'on laisserait quelqu'un nous poser un tampon ? Nooon !!! Mais un speculum oui ?

C'est mon argument choc. Et qui souvent abat les résistances. Je leur explique donc comment faire, elles réalisent que c'est simple comme bonjour, et que ça ne fait pas mal ! Et en plus qu'elles me facilitent la vie car, oh surprise !, un speculum auto posé, est bien mieux posé que par une personne autre...

Dans cette dynamique, et parce que je suis super bien entourée, j'ai été faire un petit week-end sur le thème du "self help" ou "auto gynéco". Mon objectif était d'acquérir de nouvelles connaissances pour en faire profiter mes patientes. Rencontrer des personnes qui pratiquent dans ce sens et qui peuvent me donner encore plus d'opportunités pour que les femmes qui viennent me voir se réapproprient encore plus leur corps (ou bien que je lâche un peu plus la posture de pouvoir que j'ai involontairement). Bref, avancer dans cette démarche.

Et j'ai rencontré des femmes incroyables. Incroyables de bienveillance et de désir d'apprendre, de casser les idées reçues et formatages hérités. J'ai rencontré des femmes qui s'interrogent sur leur place dans la société et qui essaient de la faire avancer dans le bon sens (enfin, selon moi c'est le bon !).

Et j'ai aussi découvert le côté "politique" du self help. C'est un mouvement qui a une histoire super intéressante : il nait dans les années 70 vers Boston et a pour objectif de soutenir la réappropriation des corps et de la santé via l'échange de savoirs et d'expériences autour de la sexualité, la grossesse, la maternité, dans une démarche critique des produits pharmaceutiques, et dans un souci écologique. Il remet en question le patriarcat médical, ou l’instrumentalisation du corps médical pour exercer socialement une emprise sur le corps et la santé des femmes. La critique vise aussi les gynécologues, qui imposent alors majoritairement un discours et des pratiques paternalistes et moralisatrices à leurs patient.e.s (injonction à la procréation, stigmatisation des sexualités, irrespect pour leurs corps et leurs intégrités, etc). 

Ce sont alors des groupes de femmes qui se transmettent les connaissances du corps féminin, entre elles, notamment avec des groupes d'autoexamens gynécologiques. C'est donc spéculum, miroir et lampe de poche à la main que les participantes observent elles-mêmes leurs organes génitaux externes, leur clitoris et leur col de l'utérus.

Génial ! La démarche même que j'ai fait, doucement, mais surement, dans les années de pratiques de mon métier, et que je veux transmettre aux femmes qui viennent me voir. 

Mais c'est là où j'ai été un peu surprise quand même. Ma posture de sage-femme me donne une place de choix pour sensibiliser les femmes à leur corps, leurs connaissances sur elles mêmes et à les accompagner dans ce chemin. Et aussi à les aider à remettre en question la place du médical dans tout ça, le patriarcat encore bien présent de notre société... Bref, à leur faire se poser des questions. Le tout en douceur, dans une démarche engagée mais non imposée. J'estime que mon rôle est de faire part de ces réflexions et ensuite, les femmes en font ce qu'elles veulent. Je ne veux pas être dans un changement imposé, radical. Je pense que les interrogations doivent être laissées sans réponses trop fermes pour que les gens puissent avoir la liberté de réfléchir. Bref, je me suis toujours considérée comme un catalyseur de changement plutôt que comme un acteur. 

Je ne dis pas que c'est la seule manière d'être engagée, mais c'est la mienne. Il y a des engagement plus "combattants", plus "show of". Et je pense que l'association de ces actions permet de toucher et le fond, et la forme, et le maximum de personnes. 

Tout ça pour dire qu'il y a eu une discussion sur la question "est ce que le self help devrait être diffusé par le monde médical ou devrait rester exclusif à des groupes de femmes ?". J'avoue que pour moi, cette question n'a pas de sens ! En fait si, elle en a un que je trouve terrible. Quel est l'objectif du self help ? Porter un combat ou permettre aux femmes de se connaitre ? Parce que si c'est pour les femmes et leur connaissances d'elles mêmes, il n'y a pas de mauvais moyen de diffusion car plus les femmes auront accès à ce genre de connaissances et de sensibilisation, plus elles pourront se réapproprier leur corps face au monde médical, et par là aussi, face à la société. Et, étant sage-femme et faisant déjà ce genre de démarche, cela ne me semble pas du tout paradoxal. En revanche, si le self help est juste un combat féministe et un rejet du monde médical dans son ensemble, alors oui... Cela doit rester hors du monde médical et rester exclusivement ce que c'était au départ, des groupes de femmes entre elles. Mais cette posture me dérange, car elle me semble oublier le but de départ qui est la libération de la femme.

Je trouve que c'est un bon signe que certains combats se vulgarisent, perdent de leur "exclusivité". Ca veut dire qu'ils rentrent dans une démarche moins "exceptionnelle". Et n'est ce pas l'objectif de tout combat ? Faire que ce qui est inacceptable à un moment devienne normal (ou inversement) ? Ca veut dire que les idées évoluent. Je comprends que certains aient peur que la vulgarisation de leurs combats les "dissolvent", ou qu'on les perde de vue. Il faut rester vigilants bien sur ! Mais il faut aussi accepter qu'un combat change et évolue et que les armes pour le défendre doivent changer en même temps.

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Le féminisme évolue, c'est une évidence ! Il suffit de voir à quel point les féministes plus anciennes ne comprennent pas et sont même parfois profondément choquées des combats féministes actuels. Qu'elles ont l'impression que certains courants féministes d'aujourd'hui sont à l'opposé des leurs. Mais c'est parce qu'elles ont fait ce qu'elles ont fait, que nous pouvons aujourd'hui revendiquer le choix qu'elles n'avaient pas ! C'est parce qu'elles ont combattu les rôles dans lesquels elles étaient enfermées que nous luttons pour pouvoir avoir le choix de rester à la maison pour nous occuper de nos enfants, d'allaiter longtemps ou d'accoucher à domicile si nous le souhaitons. Parce qu'elles ont fait éclater des barrières que nous revendiquons le droit de faire comme on veut nous ! Et que faire tel ou tel choix n'est pas un retour en arrière, c'est au contraire une affirmation de notre liberté ! Et donc du féminisme. Le féminisme n'est pas de passer d'un diktat à un autre, c'est d'être libre. Et d'être en possession de nous même, en toute conscience.

Et à mon sens ça passe par le self help ! A diffuser autant que possible ! Que chaque femme prenne connaissance de son corps de femme ! Mais aussi que les soignants soient dans cette démarche pour arrêter les violences sur les femmes, qui sont pour la grande majorité le résultat d'une non sensibilisation du corps médical à tout cela. Et la libération de la parole de cet été sur les violences gynéco et obstétricales me parait excellente dans ce sens. Il faut que les deux parties prennent conscience de leurs formatages pour pouvoir les changer. 

Il y a encore beaucoup de travail, mais qu'il est enthousiasmant (même si parfois, la réalité me désespère un peu...) ! Alors vous, les femmes qui consultez, n'hésitez pas à en parler aux soignants qui vous reçoivent et vous, les soignants, tentez de lâcher de ce contrôle qui nous a été transmis, on n'en a pas besoin !!

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