Maïa, sage femme

25 septembre 2016

foutues hormones !

Je sais pas vous, mais il y a une phrase qui a le don de me faire grimper au plafond (bon en fait il y en a plusieurs, mais celle-ci est parmi les best of...). Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai pu entendre, parce que j'étais énervée/fatiguée/mauvaise journée, et que j'ai réagi au quart de tour à une situation, la fameuse phrase :"Tu as tes règles ?" Comme si le fait que j'ai mes règles annule tout effet irritant des évènements/situations, et explique de manière unique la réaction qui a provoqué la question. Comme si, pendant les règles, nous, les femmes, devenons des êtres uniquement guidées par les hormones, et donc hors d'atteinte de toute rationalité.

L'équivalent pendant la grossesse est "Ce sont les hormones." Si une femme réagit d'une manière inhabituelle, tout s'explique ! Son cerveau a été déconnecté et la relève a été prise par les hormones...

Et j'avoue que ce genre de situation me donne envie de réagir de manière un peu plus encline encore à conforter mon interlocuteur dans sa bêtise réflexion. Ca me provoque simplement une petite poussée d'agressivité. Tout comme provoque une poussée d'agressivité la phrase "vous n'avez pas mal, c'est dans votre tête.". Parce que pour moi, c'est très exactement la même chose ! La douleur est la conséquence d'un évènement. Parmi les composantes de la douleur, il y a le psychisme. Mais ça ne réduit pas la douleur à quelque chose d'uniquement psychique, ça n'est pas quelque chose d'imaginaire ! Donc quand une femme qui a ses règles, ou qui attend un enfant, agit de manière inhabituelle, elle réagit à un évènement. Ca n'est pas imaginaire !!!!

En préparation à l'accouchement, je propose une séance avec les conjoints, sans les mamans. L'idée au départ était de leur laisser un espace rien que pour eux, pour pouvoir exprimer ce qu'ils voulaient et se focaliser sur leur rôle, leur place... Bref, sur eux. Et avec le temps, face à certaines questions, j'ai commencé à me pencher sur les changements d'attitudes des femmes attendant un enfant, et des femmes qui viennent d'avoir un enfant. Pourquoi sont elles différentes ? Et comment sortir de cette idée, les hormones... Et comment faire comprendre aux conjoints que leur femme n'est pas cette espèce d'énigme guidée par cette force obscure ?

Je prends beaucoup comme modèle le monde animal, parce qu'à mon sens il n'y a pas de moment plus commun entre tous les mammifères que cette période de gestation, de mise au monde et d'accueil du petit. Et j'ai réalisé qu'on trouvait normal que la lionne montre des dents quand on s'approche de son petit, on ne dit pas que ce sont "ses hormones" ! On dit qu'elle protège. Alors pourquoi quand la femme montre des dents (concrètement, cela se traduit plutôt par une capacité à s'énerver plus rapidement), on ne comprend pas ?

Les neurosciences vont dans mon sens (non, je ne prend pas la grosse tête ! J'aime juste bien qu'on aille dans mon sens...). Il semblerait que la grossesse stimule le cerveau : les femmes enceintes identifient mieux les émotions négatives sur le visage des autres (peur, colère, dégoût). Elles sont aussi moins sensibles au stress, ce qui pourrait avoir un effet protecteur, pour elle et pour le fœtus, contre ses effets délétères. Et contrairement à ce que voudraient sous entendre certains, l'ocytocine, hormone majeure de l'accouchement et l'allaitement, qualifiée parfois d'"hormone de l'amour" entraine une meilleure régulation émotionnelle. Ainsi, "la grossesse, l’allaitement et les interactions avec l’enfant stimulent la plasticité cérébrale", c’est-à-dire la multiplication des interconnexions entre les neurones afin de faire apparaître ou d’augmenter des compétences. Certains biologistes suggèrent même que cette stimulation cérébrale a joué un rôle dans l’évolution du cerveau des mammifères. Les modifications de l’encéphale pendant la grossesse et l’allaitement maternel, "peuvent persister toute la vie et préparent les mères à la myriade de défis qu’elles devront affronter pour prendre soin d’un petit être vulnérable".

Parce que c'est bien de ça dont il est question ! La protection d'un petit être vulnérable ! Tout, chez une femme qui attend et qui accueille un enfant tourne autour de ça. Il s'agit de quelque chose d'aussi primitif que le survie de l'espèce... Ca n'est pas de "l'instinct maternel" (si tant est que cela existe), c'est de l'instinct animal !

Récapitulons : votre femme, enceinte, elle qui est d'habitude si organisée, oublie un nombre incroyable de choses... Comment le contraire serait possible ? Elle est focalisée (qu'elle le veuille ou non, et qu'elle s'en rende compte ou pas) sur le job monumental qu'elle est en train de faire à ce moment précis : permettre à un petit de grandir de la meilleure manière possible. Elle mange différemment ? N'exprime pas les mêmes besoins que d'habitude ? Son corps et ses besoins sont différents et elle est plus sensible à cela aussi.

Votre femme, jeune maman, s'est senti agressée par la phrase anodine de la voisine qui racontait comment elle s'était occupée de son propre petit ? Cela peut être ressenti comme étant une remise en question de la manière dont elle protège son enfant. Cela peut être vécu comme une agression. Et comme une lionne face à une agression, elle montre des dents.

De quoi a besoin votre femme à ce moment là ? Votre job à vous, les conjoints, c'est d'assurer la sécurité émotionnelle et physique de votre femme. Alors je dis en prépa "Ne discutez pas, à ce moment là, elles ont forcément raison." Pas pour avoir une paix factice ! Mais parce qu'elles ont besoin du soutien inconditionnel de leur conjoint. Elles ont besoin de se sentir soutenues, même quand elles ne sont pas comprises. Parce qu'une lionne qui se sent en danger montre encore plus facilement les dents, une maman qui se sent en insécurité émotionnelle va réagir encore plus fort. C'est de l'instinct. 

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Cela ne veut pas dire qu'il n'y a jamais moyen de discuter ! Et de modérer ! Qu'il faut juste subir une lionne à la maison ! Non ! Bien sur ! Il s'agit simplement de choisir les moments où la discussion est possible. 

Je dis souvent à mes patientes que les premières semaines avec notre petit ne sont pas vraiment un moment où la vie sociale doit être importante. Même si les gens ont envie de célébrer la bonne nouvelle. Il y a tant à faire à ce moment là qui nécessite du calme... Découvrir ce petit inconnu dont on a la charge, trouver sa place en tant que parent, trouver l'équilibre de la nouvelle petite famille, savoir qui on est en tant qu'individu, couple... Beaucoup de challenges ! Et s'il y a du monde souvent, qui perturbe ce cheminement, c'est plus compliqué ! Ce sont d'autant plus de potentielles menaces pour une jeune maman. Cela ne veut pas dire s'isoler non plus ! Au contraire ! Cela veut dire s'entourer de personnes permettant de contribuer à cette sécurité émotionnelle et physique. Des gens aidants et bienveillants, respectueux des limites des jeunes parents (même s'ils ne les comprennent pas). 

La maternité et la parentalité sont bien plus que de simples évènements physiques. Cela parait évident en théorie mais c'est malheureusement dans les faits souvent réduit à cela. A notre époque, tout doit s'expliquer, on doit avoir des réponses pour tout. C'est bien embêtant parce que je crois que nous ne connaissons qu'une infime partie de notre monde (j'inclue dans ce mot notre planète et tous ses habitants). Et on a une facheuse tendance à nier ce que nous n'expliquons pas ou ne comprenons pas, ou à le réduire à quelque chose que nous pouvons expliquer, même si en réfléchissant bien, on se doute que c'est "plus" que ça. 

Alors pourquoi ne pas simplement accepter les attitudes différentes, même si elles nous paraissent parfois bizarres ou extravagantes ? Pourquoi les nier en les réduisant à un simple "ce sont les hormones" ? Ne vaut il mieux pas simplement les entendre, les accepter et ne pas les juger ? Les prendre en compte comme aussi importantes que n'importe quelle autre manifestation et modifier notre comportement pour écouter/rassurer/encourager ? Essayez, vous verrez, ça marche !!!

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20 juin 2016

la rançon de la gloire ou comment il est facile de perdre son indépendance...

Il y a quelques semaines, j'ai reçu un mail me proposant une collaboration avec l'INPES, pour participer à la diffusion de messages concernant la campagne de promotion de la vaccination. L'offre étant sacrément alléchante ! 500€ pour écrire deux billets !!!

Je me suis dit : "Le début de la gloire ?". Mon petit blog, pas énormément visité, aurait il plus d'aura que le pensais ?

Et puis une fois passé la réaction amusée et un peu flattée (je l'avoue...) de mon égo, j'ai commencé à réfléchir. Que me demandent-ils exactement ? Est-il éthique d'être payée pour écrire des billets ? Qu'en serait il de ma liberté d'expression ? Donc j'ai demandé plus de détails, assez intriguée par cette offre et ce qu'elle impliquait, cherchant à comprendre ce que je sentais de manière floue comme sacrément dérangeant...

images

Je vous laisse apprécier la réponse que j'ai reçue :

"Nous aimerions donc travailler avec vous afin que vous rédigiez deux articles qui suivent ce calendrier de vaccination, un en juin et un en septembre, afin que votre communauté soit au courant de cette campagne.

Ces articles, bien sûr, seraient relus par le cabinet ministériel mais nous souhaiterions avant tout que vous gardiez votre plume, votre univers pour rédiger ces articles.

Nous avons à disposition des URLs afin de vous aider dans la rédaction de votre article."

Donc si je comprends bien, on me demande tout bonnement d'être l'agent de com du ministère et de la santé publique... Mais tout en gardant ma plume (?!!)... Autant qu'ils m'envoient le texte que je retravaille avec celle ci, non ? Ne sont ils pas sympa, ces communiquants, en m'autorisant à mettre de manière contrôlée, mon style, dans mon blog ?!!!

Bref, je me suis donc lancée dans cette réponse :

"Si vous avez un peu lu mon blog, l'idée est de lancer la réflexion quant à une juste place de la médecine, et de laisser les patients choisir eux mêmes leur chemin. Je ne pourrai donc pas faire un billet disant "la vaccination c'est génial, voila ce qu'il faut que vous fassiez". Ça serait perdre "ma patte" comme vous dites. 

A propos de la vaccination, mes idées sont bien plus nuancées. Et j'ai un vrai gros doute quant au fait que la nuance soit au goût du ministère qui a l'art de faire dans le message de bloc...
La seule possibilité que je vois, pour ne pas perdre mon indépendance et devenir un "agent de la bonne pensée commune médicale" est de faire des billets dont le thème est la vaccination, qui sera forcément nuancé et sans ligne de conduite dictée, avec un lien avec le calendrier vaccinal, le tout sans relecture car je n'imagine pas de censure dans mon blog.
J'espère que vous comprenez mes fortes réserves."
Et alors qu'auparavant les réponses étaient assez rapides, celle à ce mail a été assez longue à venir ! Bizarre, bizarre !!! Elle a donc été, comme prévu, une fin de non recevoir. Je ne suis pas un petit soldat assez docile, même pour 500€ !!
Cette petite histoire m'a inspiré pas mal de réflexions ! Notamment la prise de conscience du fait qu'il est facile et parfois anodin en apparence de commencer à s'éloigner de la route de l'indépendance. Parce que que me coûte d'écrire deux petits billets de rien du tout, surtout pour une somme non négligeable ? Ben justement ! Ca me coute ma conscience personnelle, professionnelle, ma morale et ma liberté ! Quand on s'aliène juste un peu, on s'aliène tout court. La nuance là dedans n'existe pas ! Les petits arrangements avec la conscience restent des arrangements, donc du mensonge. Et que le mensonge soit petit ou gros, c'est un mensonge. Point barre !
La recherche de ce mode de canal pour communiquer ne me choque pas. Les blogs sont, de nos jours, un tel moyen d'expression, qu'il me parait normal que des communiquants essaient de s'en servir. Ce qui me gène le plus, c'est qu'ils aimeraient que ce soit présenté comme une réflexion personnelle, genre "tiens, si je faisais un billet sur la vaccination ?" et que le côté diffusion rémunérée soit pour le moins discret... Cela aurait certes moins d'impact !
Il me parait important de vous transmettre ce genre de connaissance, car tout cela me donne l'amère impression qu'il faut être en permanence vigilants, l'impression d'être potentiellement dupés est tellement omniprésente. Que ce qui parait être une expression spontanée ne l'est pas toujours et les intentions sont parfois manipulées par de nombreux motifs...
J'ai également reçu depuis des demandes de "partenariat" avec des produits de puériculture mais aussi avec une entreprise de vêtements professionnels (alors là, je n'ai pas très bien compris...). Bref, les sollicitations se multiplient. Mais maintenant, je connais mieux ma posture. Tout comme les labos sont interdits dans mon cabinet, les sollicitations quelles qu'elles soient le sont également sur mon blog !

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22 mai 2016

Fais pas ci, fais pas ça... Bla bla bla...

Il y a une chose qui m'a toujours surprise. Irrité aussi, mais passée cette première réaction, c'est la surprise qui domine. Quelle future maman n'a jamais eu à se protéger des mains balladeuses sur son ventre arrondi ? Des conseils plus ou moins avisés, mais rarement demandés, sur telle ou telle chose à faire/ne pas faire pendant une grossesse ? Des réflexions sur le fait que son enfant fait trop ceci/pas assez cela ? Des coups de gueule de parfait inconnus sur le fait qu'il est trop/pas assez habillé, que vous le reprenez trop/pas assez ? La liste est sans fin...

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Bref, à partir du moment où un enfant se dessine dans l'image de votre vie, cela devient du domaine public...

Plus je fais mon travail de sage femme libérale, plus j'accompagne les femmes dans leur chemin du "devenir mère", plus j'observe, et plus je me dis que la société dans laquelle nous vivons est sacrément difficile pour les mères. Elle est comme un peu schizophrène, en fait (la société, pas la mère, vous avez compris !). 

Je m'explique : Nous avons pendant des siècles vécu en communautés. Communautés familiales, communautés territoriales (la notion du lieu de vie était hyper importante)... Le bannissement était parfois pire que la mort. Parce qu'il était nécessaire d'être en groupe pour survivre, ou mieux vivre. Et l'enfant était la charge d'une communauté. C'est le groupe qui s'en occupait. Les parents avaient bien sur une place particulière dans cette communauté concernant l'enfant. Mais l'enfant était la responsabilité du groupe.

Aujourd'hui, nous sommes dans une société très individualiste. La notion d'appartenance à une communauté n'est plus aussi vive, voir a quasiment disparu. Le centre de fonctionnement de notre époque est l'accomplissement personnel. Il n'y a pas de jugement là dedans. J'en suis d'ailleurs un pur produit. 

D'un point de vue de la parentalité, ça complique sacrément l'affaire. Et ce, de différentes manières. 

Tout d'abord, d'un point de vue responsabilité. L'enfant n'est plus la charge d'un groupe mais la charge des parents. Quand je vois l'état d'épuisement de mes patientes dans les mois qui suivent une naissance, je me dis qu'un truc cloche forcément. Parce qu'en plus, elle doit également penser au reste de son épanouissement personnel impliquant le boulot, la vie conjugale, les loisirs... Bref, elle doit affronter seule tellement de choses, sans présenter la moindre faille parce que sinon elle "échouerait" ! Et puis bon, c'est elle qui le voulait, non ? C'est assez implicite dans les message véhiculés par notre époque. Donc au lieu de pouvoir déléguer certaines tâches de maman, elle doit les gérer aussi parfaitement que le reste. Et le papa là dedans ? Certains sont impliqués, d'autres moins. Mais malgré tout, je remarque le fossé de pression entre les deux sexes concernant les rôles de chacun. Je n'explique pas, je constate.

Par ailleurs, comme pendant des millénaires l'enfant était la responsabilité d'un groupe, et que les fonctionnements ancestraux ne s'efffacent pas si facilement, le groupe continue à être impliqué, sans forcément être aidant... C'est à ça que j'attribue toutes ces attitudes déplaisantes, toutes ces réflexions déplacées... A de vieilles habitudes sociétales. 

Et ce qui est dommage c'est que c'est simplement le mauvais côté de l'organisation d'antan qui perdure. Il parait relativement légitime que le groupe sur lequel repose la responsabilité de l'éducation d'un enfant, et donc également le risque de discrédit si cet enfant "sort de la route", donne son opinion sur la manière d'éduquer un petit. Mais à l'heure actuelle, il n'y a que les réflexions, sans le partage de responsabilité, de temps...

Je suis récemment rentrée d'un séjour au Maroc. J'ai discuté avec notre guide des changement inhérents à la modernité, notamment dans ce que cela impliquait dans une famille. Il m'expliquait qu'il trouvait bien que la femme marocaine avance vers la modernité. Mais il me disait que cela créait des vrais problèmes, notamment dans l'organisation de la famille, que la communauté familiale se délitait et que l'incompréhension intergénérationnelle augmentait. Et que ce sont des challenges non négligeables à relever, une refonte complète de la mentalité de la société.

J'ai vu mes séances de préparation à l'accouchement et à la parentalité évoluer énormément en quelques années, car je me suis rendue compte de nombre de choses. Et que je suis frappée par le nombre de témoignages de mamans se sentant seules pendant leur congé maternité. Seules et épuisées. Et c'est vrai qu'elles le sont, seules et épuisées, et puis elles se sentent un peu coupables de l'être, parce qu'elles le voulaient cet enfant, elles se sentaient prêtes, parce que leur mère en a élévé bien plus... Quand j'aborde les suites d'une naissance, je commence par leur expliquer l'importance du réseau de soutien. Ca peut être la famille, ça peut être des amis, idéalement c'est géographiquement proche mais parfois un simple coup de fil à une personne ressource peut redonner le moral. Il faut y penser avant car une fois le moment de besoin arrivé, c'est déjà un peu tard. Je leur dit qu'elles peuvent arriver à s'occuper de leur enfant toutes seules, mais est ce nécessaire de se compliquer le chemin ? Mais la chance que nous avons à notre époque est de choisir le réseau de soutien, pas de le subir ! Mais nous en avons impérieusement besoin...

Le parallèle va peut être choquer mais quand on annonce une maladie grave, un chemin médical compliqué, on se renseigne toujours (ou en tout cas on devrait !) sur les personnes ressources sur qui le patient va pouvoir s'appuyer quand ça sera dur. Parce que cela le sera ! Forcément !

Un enfant n'est pas une maladie ! Mais il y aura des moments durs, forcément ! Et là, il faut savoir s'appuyer sur d'autres personnes que les 2 parents. Il faut savoir "refiler le bébé", littéralement ! Pour souffler...

Alors, oui, ces réflexions de parfaits inconnus, de belle maman ou de la cousine sont tout simplement insupportables. NE PAS LES ECOUTER, je répète NE PAS LES ECOUTER !!! Mais en tirer comme conclusion que non, il n'y a pas de honte à avoir besoin des autres pour éduquer son enfant, c'est ce qui se fait partout dans le monde depuis toujours. Il n'y a pas de honte et c'est même normal de se reposer sur les autres. Et que ça n'est pas un abandon d'une partie de notre parentalité, peut être est-ce même une optimisation d'ailleurs ? 

J'aime le dicton "seul on va plus vite, ensemble on va plus loin." Et qu'il est long, infini même, le chemin de la parentalité !!!

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24 avril 2016

Baby boooooooooooom...

Une dure période commence pour nous, sages-femmes... Une certaine émission recommence, avec des caméras 24/7 dans un maternité, montrant ce qu'elle veut bien montrer au fil des rush et autres morceaux choisis...

J'avais regardé la première année et j'avais franchement trouvé ça comme un reflet assez fidèle de mon travail hospitalier (que je venais de quitter), sans trop de pathos ni d'extraordinaire. Bref, la beauté de l'ordinaire, et les défauts de l'ordinaire... Puis le temps a passé, l'émission a continué, il a bien fallu sortir de l'ordinaire pour que les gens continuent à regarder et là, ça m'a énérvé ! Et puis, en arrêtant de travailler à l'hôpital, j'ai aussi pu prendre du recul par rapport au travail qu'on y fait. Même si j'ai toujours été en réflexion là dessus, le fait de ne plus travailler en hôpital permet de sortir des schémas de pensées institutionnels et d'être encore plus objective par rapport à notre pratique. 

Et c'est à ce moment là que cette émission m'est devenue insupportable (et finalement même ces premiers épisodes qui ne m'avaient pas vraiment choqué au départ...)!

Et c'est à ce moment là que j'ai aussi été obligée de la regarder !!!

Récemment mis à jour1

A force d'entendre en séance de préparation à l'accouchement : "J'ai vu dans biiiiiip que ça se passait comme ci ou comme ça."... Il fallait donc me torturer regarder cette bouse sentimentaliste émission pour pouvoir consciencieusement déconstruire les idées reçues et autres faussetées que cela enfouit bien profondément dans la tête des patientes et de leurs maris (qui sont parfois un peu obligés de regarder, comme si ça risquait de leur faire du bien...).

Peut être, comme certaines amies, ne comprenez vous pas mon rejet de ce que certains apprécient tant. Laissez moi vous expliquer plus dans le détail ma pensée (que vous connaissez probablement un peu si vous avez lu quelques autres articles de ce blog) :

Les femmes sont mes héroïnes ! Cette évidence m'est apparue plus spécifiquement pendant mes études (mais bon, étant en études de sage-femme, je pense que ça date d'avant), et quand je pense à cela, me revient en mémoire l'histoire de Marie (et pour que je me souvienne et du nom et de l'histoire, et j'ai même gardé son visage en tête ! Autant vous dire que Marie m'a révélé à moi même, pour ainsi dire !). J'étais en troisième année d'école. Marie voulait à tout prix accoucher sans péridurale. C'était son premier bébé, elle devait être déclenchée pour une raison que je n'ai pas gardée en tête. Un déclenchement est physiquement plus dur qu'un travail spontané. Et son choix d'absence de péri, déjà à l'époque peu compris pour un travail naturel, était définitivement une énigme pour un déclenchement. Et manque de bol, elle a payé son choix... Ils n'ont pas été tendres avec elle. Ils ne l'ont pas aidé à y arriver. Elle a du se débrouiller toute seule, et elle l'a fait !!! Je n'étais pas l'étudiante en charge de l'accompagner, mais comme je connaissais un peu son mari, et que j'étais admirative de ce choix et de cette détermination, je venais de temps en temps l'encourager et la féliciter. Je crois que j'étais la seule. Même mon amie qui l'accompagnait (et qui est une personne merveilleuse) jugeait son choix. Mais elle a tenu ! Elle a suivi son chemin, en dépit de l'accompagnement négatif qu'elle recevait. Et depuis ce jour, mon admiration pour les femmes et leurs compétences n'a fait que grandir ! Et ma condamnation des conséquences négatives des idées reçues et des gestes médicaux non justifiés aussi...

Je ne plaide pas pour que le travail se passe de telle ou telle manière précisément. Je ne plaide pas pour une absence de médicalisation. Je ne plaide pas pour un 0 péridurale. Je plaide pour permettre à la femme de trouver sa propre place dans ces moments si spéciaux et en même temps ordinaires que sont la grossesse et l'accouchement (et la suite aussi mais ce n'est pas ici le sujet...). Pour qu'elles puissent savoir ce dont elles ont réellement besoin, il convient de leur expliquer les choses de manière objective, mais également de leur permettre de se découvrir, découvrir leurs forces, comme Marie a pu le faire pour moi ! Et qu'ensuite, elles aient la possibilité de faire leur propre choix, choix résultant de leur histoire personnelle, pas de la crainte qu'on a pu leur mettre en tête. Nous (les accompagnateurs des femmes) sommes là pour leur donner cette possibilité là jusqu'au bout. 

Et pourtant, ça n'est pas vraiment ce que nous faisons... Je parle ici de manière générale, car de manière individuelle, un nombre certain de professionnels ont cette démarche. Mais dans sa globalité, le monde médical est dur pour les patients. Nous avons besoin de "faire". Quitte à mettre le doigt dans un rouage qui fonctionne et de faire dérailler le processus, nous rendant alors indispensables pour rattraper la situation que nous avons nous même créé.

Et cette émission transmet ce message de "sans nous, c'est fortement risqué"... Le pire, c'est que ce message est si bien ancré dans notre subconscient qu'il n'est la plupart du temps même pas senti.

J'essayais de trouver une analogie pour expliquer simplement mon propos. Elle est imparfaite mais permet malgré tout de rendre les choses plus claires : Imaginons que vous emmenez votre voiture en révision chez votre garagiste. Elle tourne globalement bien. C'est juste une révision de routine. Votre garagiste fait très exactement ce qu'il a l'habitude de faire, un check up. Il met ce qu'il a l'habitude de mettre comme "produits qui doivent améliorer les compétences de votre voiture". Et vous dit, tout va bien ! A l'année prochaine.

Et puis quelques semaines plus tard, votre voiture commence à déconner. Vous la ramenez chez le garagiste et là il diagnostique un problème. Il se trouve que ce problème est créé par les "produits qui améliorent les compétences de votre voiture" mais le garagiste ne fait pas le lien parce que "on a toujours fait comme ça" donc pourquoi chercher à faire des liens. Et il répare la panne. Et vous repartez avec une voiture qui roule, en remerciant le garagiste de vous avoir évité de devoir en racheter une autre.

Voilà un peu le problème de la médecine se mêlant de la physiologie. Ma maman me disait quand j'étais petite "le mieux est l'ennemi du bien". Rien est plus vrai dans l'accompagnement d'une naissance ! Pourquoi chercher à améliorer ce qui fonctionne ? Pourquoi chercher à accélérer un travail qui avance ? Pourquoi prendre une place qui n'est pas la notre ? Pourquoi ne pas simplement accompagner une femme dans sa mise au monde d'elle-même ? Pourquoi ne pas accepter d'être un second rôle ?

Voilà pourquoi cette émission m'irrite tant ! Parce qu'elle enfonce le clou quant au fait que le premier rôle est la médecine et le second est la femme qui enfante. Parce que cette inversion des rôle a des conséquences dramatiques tant d'un point de vue physique, médical que psychologique. Parce que c'est également jouer avec les peurs naturelles universelles que sont la peur de la mort, peur de la douleur... Au lieu de les accompagner pour les dompter... 

Bref, parce qu'elle empêche les femmes d'être les héroïnes que je sais pertinemment qu'elles sont !!!!

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11 avril 2016

De la technologie moderne et de ses effets indirects...

Quand j'ai annoncé à mes amis et mes proches que je m'installais en libéral, la plupart des réactions ont été : "Super ! Tu vas pouvoir gérer ton planning comme tu veux, prendre des vacances quand tu veux !"... Bilan des courses, je n'ai pas pu prendre de vacances pendant 2 ans ! Bon, étant donné que nombre de mes collègues arrivent à en prendre, et avec la connaissance de la gestion toute personnelle de mes finances, l'exercice libéral n'est clairement pas le seul à mettre en cause dans cet état de fait, mais il en a quand même une grosse responsabilité !

Effectivement, quand on s'installe en libéral, on est confronté à une donnée inconnue : la gestion d'une entreprise ! Ben oui, on est une toute petite entreprise, mais une entreprise quand même ! Il y a non seulement l'administratif et tous ses menus plaisirs, mais aussi la gestion financière, avec des revenus irréguliers.

Quand on s'installe en libéral, on est également confronté au patient de manière différente, plus personnelle. On est en face à face, sans être "protégé" par une structure. On est seul, face à lui. Et ça aussi, c'est sacrément compliqué !

Ca fait donc deux bonnes raisons de travailler sans pouvoir "gérer son planning comme on veut" : le côté "entreprise qui ne repose que sur moi" et le côté "patient qui ne repose que sur moi". 

Avec le temps, et les débordements, on arrive à assurer une balance qui permet d'avoir une vie plus équilibrée. Mais que c'est difficile, et douloureux parfois ! Mais que c'est nécessaire aussi.

J'ai récemment lu un article d'un magazine sur une jeune généraliste, qui a été obligée de prendre des mensures drastiques pour pouvoir continuer son travail et avoir une vie satisfaisante. Heureusement qu'elle est sacrément motivée et qu'elle aime passionnément ce qu'elle fait, car plus d'un aurait jeté l'éponge ! Il se trouve ici. Il peut y avoir par là une piste de réflexion sur les causes de non installation de jeunes médecins généralistes par exemple... Ca m'a rappelé, mon cas est heureusement d'une bien moindre mesure, dieu merci, certains apprentissages difficiles de ma vie professionnelle.

SONORE

Un de mes credo est la disponibilité pour mes patientes. Je n'ai pas de secrétaire car je préfère les avoir directement au téléphone. Idéalement, je voudrait être en libre accès ! Mais libre accès ne veut pas dire libre service !!! Parce que des coups de fils à des heures indues, des sms en pleine nuit, suivis du second sms demandant pourquoi je ne réponds pas... Bref, des gens qui, puisque la nouvelle technologie permet de contacter, contactent, sans regard pour la personne qu'ils contactent. Certains collègues, médecins en général, me racontent qu'ayant donné leur mail à certains patients, se retrouvent avec des mails envoyés en pleine nuit avec des questions aussi existencielles que "je tousse, est ce que je dois consulter ?". En pleine nuit !!! Ils s'attendent à quoi ? A une réponse ? Nous ne sommes pas des forums internet à nous tout seul (en quantité comme en qualité, je recommande le praticien, bien sûr...).

Bêtement, j'avais tablé sur le fait que la relation que j'établis avec mes patientes est un échange, de confiance, de respect... Avec la plupart, c'est d'ailleurs le cas ! Voir même, ce sont elles qui me disent de me ménager ou de partir en vacances... Mais il y a toujours ceux qui gachent tout, et pensent que je suis à leur service. Et là, ça ne passe pas ! Et quand j'ai compris, je les oriente vers quelqu'un d'autre parce que si notre relation n'est pas sur ces bases, je ne peux pas continuer. Mais c'est terrible de devoir régulièrement poser des règles de respect et de simple éducation ! Alors, maintenant, quand je dis à mes patientes qu'il ne faut pas qu'elles hésitent à m'appeler, je précise : "Je ne répondrai pas forcément, mais si vous me laissez un message, je l'écouterai. Si je suis en week end, et que j'estime que ça ne peut attendre lundi, je vous rapellerai. Mais bon, à 20h, je ne bosse pas, hein !!" Et malgré tout, le 31 décembre à 21h29, j'ai reçu un appel pour un oubli de pilule... Je n'ai pas décroché mais sérieusement ???? Ca n'est pas parce que cela est possible qu'il faut le faire ! A force de quoi, nous allons nous épuiser et nous lasser de notre si belle mission : vous accompagner !

Bref, pour que nous puissions prendre soin de vous, vous devez aussi prendre soin de nous ! Ca s'appelle le respect et la réciprocité, et sans ça, rien ne va ! 

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07 mars 2016

Sous les jupes des filles...

Une association a très récemment publié les résultats d'un sondage intitulé "Les français-e-s et leur représentations sur le viol et les violences sexuelles". Le but étant de comprendre pourquoi, malgré les travail considérable fait par les associations, et plus récemment les pouvoirs publics, pour prévenir ce fléau, pourquoi sur le terrain, en pratique, rien ne change ! Toujours cette même loi du silence, ce même déni ou cette même impunité des agresseurs ?

Pas plus tard que la semaine passée, en consultation, une patiente répond à ma question systématique sur les violences, assez étonnée tout de même, qu'elle a été "un peu violentée dans l'enfance par son beau père" (plusieurs années d'agressions sexuelles) mais que c'était pas vraiment une grosse chose parce qu'il ne l'avait pas violé, que donc bon... Et en continuant la discussion, on en vient à parler de l'impact de ce "pas grand chose" sur sa relation avec les hommes dans sa vie, et surtout du souci que lui pose le fait que sa fille devenant adolescente, elle aurait envie de la garder protégée, enfermée à la maison... J'ai donc repris avec elle qu'elle avait vécu des violences sexuelles qui avaient encore un impact dans sa vie de tous les jours, et qu'elle pouvait être aidée !

L'idée de ce sondage était donc de faire une photo des représentations, en 2016, de la société française sur le viol et les violences sexuelles, pour pouvoir mieux cibler le travail de prévention. Il est dit dans l'introduction qu'un "système organisant le déni et la mise en cause des victimes, on le nomme “culture du viol”. La culture du viol est définie comme l’adhésion d’une société à de nombreux mythes sur le viol. Lonsway et Fitzgerald ont défini les mythes sur le viol comme étant des : « Attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes, permettant de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes » — mais cette définition est également valable pour toutes les victimes : femmes et hommes, adultes et enfants. Selon ces mythes la victime est considérée comme coupable d’avoir menti, d’avoir provoqué le viol, ou d’y avoir en fait consenti."

J'ai donc lu le rapport et j'ai réellement eu la nausée. Parce que je n'imaginais pas une seconde qu'une telle quantité de personnes pouvaient encore avoir ces représentations là en tête, parce que j'imagine les causes et les conséquences de ce genre d'idées, parce qu'il y a encore tant de boulot, et donc tant de victimes, victimes tant de fois par leur vécu et par ce que la société leur renvoit... Bref...

Voici les résultats :

1. les stéréotypes sexistes

- la sexualité de l'homme est plus simple (66%) que celle de la femme : personellement, je ne comprends pas ce que ça veut dire. Si vous voulez m'éclairer sur ce point parce que vraiment...

- il est plus difficile pour l'homme de maitriser ses désirs sexuels que pour la femme (63%) : Ah oui ? Il leur manque la partie du cerveau pour ça ? C'est marrant parce qu'ils arrivent quand même à résister à leur désir face à une belle voiture (ben oui, ils ne la volent pas normalement), mais face à une femme le processus serait si différent, et difficile ?

- les femmes ont plus tendance à considérer comme violents des évènement que les hommes ne perçoivent pas comme tels (76%) : nous les femmes serions plus sensibles, ce qui déformerait notre perception de la réalité. Ben oui, quand on pense vivre une violence, en fait c'est pas vraiment violent ! 

- les femmes sont moins rationnelles que les hommes (42%) : nous vivons donc dans une autre réalité... Pas la bonne bien sur !!

- dans le domaine sexuel, les femmes ne sauraient pas vraiment ce qu’elle veulent par rapport aux hommes (25%) : j'ai un peu du mal à décider l'interprétation pour ça... Soit ça voudrait dire que nous, pauvre femmes avons besoin des hommes pour nous faire comprendre nos vrais désirs, que nous ne connaissons pas... Soit ça veut dire qu'un bon nombre d'entre nous navigue encore entre 2 eaux, femmes libres dans leur sexualité propre ou encore attachées à des modèles de sexualité historique... Je préfererait que ce soit la deuxième idée... Moins dépitante...

- lorsque l’on essaye d’avoir une relation sexuelle avec elles, beaucoup de femmes disent “non” mais ça veut dire “oui” (19%) et lors d’une relation sexuelle, les femmes peuvent prendre du plaisir à êtres forcées (21%) : Alors là au secours !!!! Ca ne peut pas être sujet à interprétation !!!! Donc 1/5 des personnes interrogées trouvent finalement une justification "féminine" au viol !!! Le pire c'est que c'est une partie encore plus importante chez les jeunes ! Quelle éducation du respect de soi donne-t-on à notre jeunesse pour qu'ils puissent avoir ce genre d'idée ?

Force est de constater que cette vision stéréotypée et parasitée par la culture du viol n’est pas seulement le fait des hommes, elle est aussi partagée par de nombreuses femmes. C'est ça qui est terrible ! Ca me rappelle un article que j'ai lu. Il est écrit par une sociologue qui offre un regard nouveau, et assez polémique sur les rapports historiques homme/femme. Bien entendu, je ne le retrouve pas... (Appel aux bonnes âmes, si ça vous dit quelque chose, donnez moi un lien !! Merci !). Bref, cette femme suggérait que la société est patriarcale parce que ça arrangeait aussi un peu les femmes. Et que donc elles ont laissé faire, ont donné (ou laissé) la place aux hommes... Il est vrai qu'au départ, les sociétés étaient matriarcales, puis sont majoritairement devenues patriarcales, avec entre autres conséquences la place de la femme comme "sexe faible" aveec tout ce que cela peut impliquer. Ce sondage est la preuve qu'il y a encore tant de chemin dans l'égalité des sexes...

Combien de fois on a pu entendre le "elle l'a bien cherché" ? Et là encore, le sondage appuie sur le fait que nombre de répondants réussit à trouver des excuses voir carrément déresponsabiliser l'agresseur. Parce qu'elle flirte, parce qu'elle est allé chez lui, parce qu'elle est jolie et sexy et ne s'en cache pas, parce qu'elle a déjà eu des relations sexuelles avec l'agresseur... ET ALORS ??? En quoi cela change le fait qu'à ce moment là elle n'était pas d'accord ? Pour le moment, la meilleure explication que j'ai pu trouver quant au consentement lors d'un rapport est britannique, avec leur humour si caractéristique, et leur thé national, et que vous pouvez regarder ici.

Mais pour moi la grande nouveauté est le concept du malentendu... Je vous explique : "Oh ! Désolé ! J'étais persuadé que tu avais envie... Simple malentendu..." Euh... Pour presque 1 répondant sur 3, le viol est un "malentendu" !!!! Ben en fait, je suis tellement dépitée que là, je suis sans voix... On touche le fond ! Fallait être plus claire ?!!! Tu n'as pas dit non assez fort ? Ah ben oui mais comme en même temps, non c'est oui et puis les femmes prennent du plaisir à être forcées, c'est sur qu'avec de telles bases de pensées, on peut facilement étiqueter le viol comme un "malentendu"...

Pour finir, pour un quart des répondants, lorsque l’on respecte certaines règles simples de précaution, on n’a quasiment aucun risque d’être victime de viol. Donc en fait on l'a vraiment cherché ! La responsable, c'est la victime !!! Mais j'aimerai poser une question à ces personnes : quelles sont ces règles simples de précaution ? Est ce une tenue vestimentaire qui ne joue pas avec la tentation ? Dois-je regarder le sol, et pas les hommes dans les yeux ? Dois être discrète et mesurée, ne pas rire fort, ne pas parler fort pour qu'on ne me remarque pas ? Dois-je disparaître ? Et je finirai par leur demander : "Vous en pensez quoi de la burka, vous ?"

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29 février 2016

de la mutilation sexuelle "médicalement acceptable"...

Parfois, je suis vraiment surprise par la bêtise humaine ! Enfin, comme je suis une fille très naïve (les bisounours et tout, c'est chez moi...), je mets sur le compte de cette bêtise humaine des paroles ou des actes guidés par des sentiments bien plus sombres... 

J'ai lu récemment que deux petits malins chirurgiens américains pronaient la légalisation des "excisions minimalistes" ! Après moultes réflexion éthiques dont je vous ferai part plus bas, j'ai eu une piste de réponse à la question "Mais pourquoi diable proposer ce genre de chose ?". Eh ben comme bien souvent quand je suis étonnée/surprise/blessée par l'attitude de certains, il y a des gros sous derrière tout ça ! Bien sur, l'argent guide bon nombre de personnes qui ont une morale quand ça les arrange... Parce qu'un business de l'excision, il y en a un, et un gros ! Alors pourquoi laisser passer la manne clandestine et ne pas la transformer en manne légale... Ca choque un peu plus quand on parle de la santé des gens, un peu moins quand on parle d'autre secteur d'activité. Mais la logique est la même : Comment faire toujours un peu plus d'argent quitte à vendre un peu de mon âme dans le processus, au moins je pourrai m'acheter 2-3 trucs inutiles en plus... 

Des chirurgiens sont des médecins. Bon, jusque là... Des médecins prêtent serment. Le serment de soigner. Alors qu'est ce que soigner ? La première définition du Larousse est "s'occuper du bien être de quelqu'un" suivi de "procurer les soins nécessaires à la guérison, à l'amélioration de la santé de quelqu'un".

Reprenons la première définition. En quelle mesure une excision, aussi "minimaliste" possible, est une manière de s'occuper du bien être de quelqu'un ? En permettant à ce quelqu'un de satisfaire des critères traditionnels et donc en lui permettant de s'intégrer dans la communauté dont il fait partie ? OK... Mais donc c'est plus une protection de cette communauté et de ces coutumes que cela apporte, non ? Et puis, aux Etats-Unis, je n'ai pas notion que cette pression soit telle... A l'heure où un nombre croissant de pays où l'excision est une pratique répandue la pénalise, que des personnes d'un pays où, culturellement parlant, l'excision n'a jamais été pratiquée, proposent sa légalisation... Comment dire... C'est pour le moins étonnant ! De quel bien-être parlent donc ces chirurgiens ? Clairement pas de celui de la femme qui subirait cela... Et c'est bien là le souci ! Manifestement, ces femmes là, ils n'en ont rien à foutre !!!

Ensuite la deuxième définition. La guérison et l'amélioration de la santé de ces femmes... Nous ne sommes, bien heureusement, plus à l'époque où l'hystérie était classée comme maladie psychiatrique, et où on pouvait résoudre nombre de problèmes féminins (dont l'indocilité bien entendu) par l'excision ! Donc, je pense que personnne ne me contredira quand je dis que ça n'améliore la santé de personne ! Au pire, ça ne l'aggrave pas. Mais c'est sans compter les autres séquelles de cet actes, psychologiques, sexuelles... Comment pouvoir dire qu'il n'y a aucun impact au fait que la première fois qu'on touche les organes sexuels d'une personne c'est pour en couper un bout, sans besoin salutaire ? Et ça, ça serait innocent ?

Manifestement, ces médecins ont donc oublié le serment qu'ils ont prêté. Bon, à leur décharge ce ne sont pas les seuls, mais quand même !!!

Par ailleurs, parce que certains lieux du globe acceptent des choses, il faudrait qu'on fasse des compromis avec nos valeurs pour que ce soit également possible dans nos pays ? Donc, à quand la proposition d'autoriser sous certaines conditions l'esclavage, encore légal dans certain pays ? A quand l'autorisation du travail des mineurs sous certaines conditions ? A quand l'autorisation de battre sa femme sous certaines conditions ? Et la liste est longue !!! Ca n'est pas parce que certains font des choses que nous estimons condamnables que nous devons les autoriser sous prétexte qu'ils le feront de toute manière ! 

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Alors bien sur, la féministe en moi a fait des quadruples sauts perilleux et autres figure de style !!! Et puis je me suis fait une réflexion... Il y a clairement un problème de positionnement de la femme là dedans mais... Ca m'a aussi rappellé quelque chose d'autre. Une autre pratique, répandue cette fois, qui correspond très exactement à la définition de ce que propose ces deux chirurgiens. Ils parlent d'une pratique qui "n’aurait aucun effet durable sur l’apparence ou le fonctionnement des organes génitaux, ou qui modifierait « légèrement » leur apparence sans effet durable sur la capacité de reproduction ou l’épanouissement sexuel des femmes". Je vais peut être surement en choquer certains, mais j'ai comme l'impression qu'ils proposent une "circoncision féminine"... En effet, qu'est ce qu'une circoncision si ce n'est cela, une pratique faite sans l'accord de la personne concernée, qui modifie son sexe, un peu mais pas "trop" ? Et là, ça choque nettement moins...

Alors clairement il n'y a pas qu'un problème de genre là dedans. C'est bien plus complexe que cela. En effet, pourquoi accepter quelque chose pour un garçon et ne plus l'accepter pour une fille ? Ca m'embrouille un peu dans ma réflexion, bien entendu. Parce que même si la circoncision sans motif médical n'est pas autorisée en France (oui oui !), elle est completement tolérée... Voir même défendue !! Ben oui, on enlève pas le gland mais juste le prépuce. OK... Mais donc pourquoi être choqué par une proposition qui justement se voudrait aussi dénuée de conséquences, alors qu'on accepte la circoncision ? La logique me dérange... Cela dit, la circoncision doit de plus en plus se défendre (même si on part de très, mais alors très loin !!), et ne gagne pas toujours...En effet, en juin 2012, le Tribunal de Cologne déclarait la circoncision illégale et plus récemment, l'Assemblée du Conseil de l'Europe, dans sa résolution du premier octobre 2013, assimile la circoncision à une violation des droits des enfants. Il y a de quoi réflechir là dessus...

En tout cas, ce qui est sur, c'est que personne ne touchera le sexe de mon hypothétique enfant sans besoin médical, qu'il soit un petit garçon ou une petite fille ! Qu'on le laisse tranquille, quelque soit la coutume qui voudrait que ça change son intégration ! Il fera ce qu'il voudra avec son sexe quand il sera grand, mais tant qu'il est sous ma responsabilité, il restera tel qu'il est né !

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22 février 2016

de la construction de Rome

Une lecture m'a bien réjouie aujourd'hui ! La blogosphère est pleine de belles rencontres et c'est une bonne manière de rompre la solitude qu'on peut parfois ressentir au quotidien lorsqu'on ose interroger le pourquoi du comment de notre belle planète médicale...

J'ai découvert un blog d'un étudiant en médecine. Il est actuellement externe. Il a une réflexion éthique super ancrée. Sacrément mur, le bonhomme !

J'avoue que tous les billets que j'ai pu lire de lui sont interessants, et porteurs de choses sur lesquelles rebondir. Mais il y en a un en particulier qui m'a retenu. D'une part parce qu'il parle de ce que je connais (il fait un stage en gynéco), mais parce qu'il pourrait également être sacrément utile pour mes lecteurs, pour comprendre la difficulté de la position de l'étudiant en médecine, étudiant qui devient ensuite un soignant, soignant qui s'il n'a pas ancré en lui une volonté farouche de ne pas se perdre, devient "blasé", mot de l'interne avec qui il passe sa garde. Plutôt que blasé, j'utiliserait le mot formaté, qui a arreté de se poser des questions, parce que c'est plus simple de ne pas lutter parfois. C'est vrai que lutter est super fatiguant et exposant... Voici ici le lien vers le billet.

Ses remords sont aussi beaux que peu utiles pour les patients qu'il a vu (mais peut être pas pour ceux qui le liraient). C'est d'ailleurs ce qui est terrible ! On sait qu'on est maltraitant parfois, on le sait même en live. Et pourtant, on l'est ! Comment est-ce possible de faire des choses que nous savons ne pas être vraiment ce qu'il faudrait faire ?

Il faut parfois choisir ses batailles. C'est cruel, mais important. Oui, parfois se placer directement dans une posture morale, signalant tout ce qui nous parait impropre à ce que devrait être une pratique respectueuse, peut faire plus de mal que de bien. Alors pas pour cette patiente, devant nous, à ce moment même, bien sur. Mais à toutes celles qui ne seraient pas prise en charge par un soignant respectueux pour tout le restant de sa carrière. Parfois, se mettre en opposition de manière trop évidente est préjudiciable. Ben oui, mettez les gens face à leurs propres erreurs et ils peuvent avoir une sacrée envie de vous le faire payer ! Et pendant des études médicales, déjà longues et éprouvantes, ajoutez le harcèlement moral ciblé parce que vous avez osé dire ou suggérer que le simple respect exigeait une autre attitude, c'est peut être faire perdre à plein de gens la chance d'être accompagné par un super soignant plus tard, quand vous pourrez vraiment faire les choses à votre sauce.

C'est triste parce qu'on est en quelque sorte complice, voir acteur... Et c'est terriblement culpabilisant aussi !

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Mais tout comme Rome ne s'est pas construite en un jour, la médecine bienveillante non plus... Alors je ne dis pas qu'il faut se taire (je n'ai jamais réussi, ce qui m'a valu bien des tours !). Il faut choisir quand on l'ouvre, faire ce qu'on estime bien quand on peut, et s'excuser de ne pas être toujours parfait dès qu'on peut. On s'excuse pour ce qu'on a fait mais on s'excuse aussi pour une organisation qui nous rend parfois impuissant. Cette excuse ne changera pas ce qui a été fait, mais en modifiera le vécu. Cela  m'arrive parfois de m'excuser pour des prises en charge que je n'ai pas faites. Pourquoi ? Je m'excuse pour le système dont je fais partie et qui a mal fait son travail. Le vécu négatif reste mais la reconnaissance de la souffrance permet de faciliter la reconstruction.

C'est une des raisons qui m'ont poussé à devenir libérale. Je suis là avant l'accouchement, et après. Je prépare et essaye de réparer. C'est là que je me sens le plus utile. Même si l'adrénaline des urgences me manque sacrément (je suis une droguée à l'adrénaline), je me sens plus utile dans le travail de fond, le travail au long cours. La reconstruction... C'est pour ça que j'aime autant la gynécologie ! Parce que j'essaye de réconcilier la femme avec sa féminité, et avec la médecine de la femme. C'est pour ça que j'aime mon métier, parce que j'ai le privilège d'accompagner des femmes dans un petit bout de chemin avec elles-mêmes ! (Ceci est bien entendu mon propre chemin, il n'est en rien généralisable. Dieu merci ! Il est évident que la satisfaction d'un travail bien fait se trouve quelque soit le mode de pratique !!!)

Et s'il faut avaler des couleuvres, et parfois en faire avaler à quelques uns, pour pouvoir avoir ce privilège, le jeu en vaut la chandelle ! L'affrontement systématique et frontal n'est pas toujours très efficace, même s'il est parfois très tentant (je parle vraiment en connaissance de cause !!!)... Et je présente mes excuses aux victimes de ce système, en espérant qu'il y en ait de moins en moins. Et j'espère que les idéalistes ne perdront pas leur âme au fur et à mesure, et que les "blasés" (re)trouveront leur questionnement, leur permettant de diminuer toujours plus les écueils d'un système.

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18 février 2016

de la douleur et de la souffrance...

J'ai une mémoire bizarre. J'aime à dire qu'elle est émotionnelle. J'avoue avoir assez peu de souvenirs de mon enfance, de mon adolescence, ou même de mes études de sage-femme. J'ai même oublié des personnes qui, rationellement, n'auraient jamais dues être oubliées ! Et à côté de ça, certaines scènes me restent en tête, des années plus tard, sans raison intellectuelle possible.

Une de ces scènes se passe alors que j'étais étudiante. C'était lors d'un diner avec quelques connaissances de mes parents. Qui dit sage-femme (ou presque) dit récits des accouchements ! C'est systématique (et super pénible...) ! Et donc commence une discussion. Et moi de raconter un épisode récent de mes aventures qui m'avait choqué. Il concernait une femme qui désirait accoucher sans péridurale.

Et cette dame de me répondre : "Il faut vraiment être stupide et masochiste pour vouloir souffrir alors qu'on peut ne pas avoir mal."

Je me souviens de l'avoir traité de grosse débile psychorigide quelques noms d'oiseau (dans ma tête bien sur !). Et ça a créé en moi un sentiment de colère immense. C'est de ce sentiment dont je me souviens surtout.

A l'époque, je ne l'ai pas compris. Je pense que cette même scène, si elle se répétait aujourd'hui, serait extrêmement différente pour moi. Je ne serai plus en colère mais plutôt pleine de pitié. C'est un peu dur, je sais. D'autant que cette réflexion est assez fréquente. Je vous explique.

J'en suis venue à ressentir, au fil des ans, au plus profond de mon être , ce qui était au départ une vague intuition. L'accouchement n'est pas un simple accouchement. D'un accouchement nait plusieurs personnes : un enfant (je ne surprends personne jusque là !), une mère, un père (le plus souvent), et une sage-femme (mais bon, je ne m'attarderais pas sur cette naissance là.). L'accouchement est un évenement physique (sans blague...), psychique, sociétal, spirituel... Bref, il est multiple de tant de manières. C'est ce qui le rend unique et si exceptionnel.

Par ailleurs, il y a autre chose qui a toutes ces composantes : la douleur !!! La douleur est un évenement physique (certes) avec des petites touches de lecture psychique, sociétale, spirituelle... Bref, la douleur est également complexe et unique (et parfois exceptionnelle aussi d'ailleurs !).

Et la douleur est parfois souffrance. Parfois. Parce que dans ce cas elle déborde ! Et la souffrance n'est parfois pas douleur (je pense que ceux qui ont traversé une dépression ne me contrediront pas...).

Il y a une chose assez sure : l'accouchement fait mal, à un moment donné. Que ce soit les contractions pendant le travail, que ce soit le sentiment d'écartellement pendant la descente du bébé dans le bassin, que ce soit le cercle de feu sur le périnée lors de la sortie du drôle. A un moment (voir à plusieurs bien sur...) la femme a mal. Mais la femme souffre-t-elle forcément pendant le travail ? NON ! Et dieu merci !

Voilà pourquoi j'ai eu intuitivement un lien direct avec mon dictionnaire des ovipares face à cette femme et qu'aujourd'hui j'aurai simplement de la pitié. Cette dame ne peut dissocier accouchement et souffrance. Quelle expérience personnelle terrible cette femme doit avoir pour que ce lien soit aussi fort et évident !!!

La douleur est un message physique. Un message qui entraine une réaction du corps. Lorsque vous mettez la main sur le feu, vous la retirez immédiatement grâce à la douleur. Pour l'accouchement, lorsque celui-ci est physiologique, c'est très exactement la même chose. C'est un message. Cela indique à la femme quoi faire pour aider son enfant et elle-même. Pour pouvoir entendre convenablement ce message, il faut certaines conditions, une totale liberté. Sinon, cette douleur peut devenir souffrance. Reprenons la main sur le feu. Le réflexe est de la retirer. Une fois retirée, vous aurez surement encore mal mais globalement ça ira. C'est si, pour une raison quelconque, vous ne pouvez pas la retirer que cela va devenir un problème ! Et là, ça peut devenir une souffrance !

La douleur est un guide indispensable à la survie. La première fois que j'ai réalisé cela, je devais avoir une dizaine d'années. J'avais rencontré cette dame, complètement insensible du bras droit. Je l'ai trouvé très chanceuse ! Sa réponse m'a marqué à jamais. "Tu n'imagines pas la chance de pouvoir ressentir la douleur. J'ai failli mourir de ne pas pouvoir." Elle s'était effectivement brulé d'une manière dramatique sans même s'en rendre compte. Depuis, j'ai une approche de la douleur différente. Même quand elle me fait pleurer, je sais que ça n'est pas elle l'ennemi, elle est plutôt l'amie, un peu trop bruyante parfois, certes. Mais ça n'est jamais elle le problème. 

Et je pense sincèrement que, pour le travail, cette distinction est fondamentale. Cela va permettre à la femme de l'accepter, de se laisser porter par cette douleur, au lieu de lutter contre au risque de se faire broyer par celle-ci. Parce qu'on ne s'y trompe pas, qu'on le veuille ou non, elle restera. Alors autant lacher prise, lacher les résistances, s'abandonner à la force du corps. Celui ci nous le rendra bien !

Récemment une patiente m'a dit sa crainte de ne jamais revivre une expérience aussi belle que son accouchement. Son accouchement n'a rien eu d'exceptionnel. Il s'est simplement bien passé, sans péridurale, avec son lot de surprises auxquelles la patiente n'avait pas pensé. Elle a eu mal, ça a duré un certain temps, a ressenti des moments de désespérance... Mais son vécu est celui d'un moment extra-ordinaire ! Elle s'est connecté avec toute sa puissance, s'est laissé emporter dans l'inconnu effrayant comme dans une rivière et elle a passé le cap ! Avec douleur, mais sans souffrance. Et elle en est ressortie grandie.

Pour pouvoir embrasser des évènements pareils, se laisser porter et lâcher prise, cela demande un certain nombre de conditions. Conditions qui sont rendues plus difficiles du fait de l'approche de notre société de la douleur, du fait de l'approche de cette même société de l'accouchement. Les conditions de l'accouchement à l'heure actuelle sont également autant de grains de sable. Le bruit, l'interruption, la non compréhension, le non respect de l'intimité, ce que le monde médical a posé comme étant normal/anormal... Les accompagnements des grossesses privilégiant le médical stricto sensu et déconnectant la femme de son corps et de sa force... Il est difficile de ne pas perturber la physiologie de l'accouchement et les conditions nécessaires à la femme pour que douleur ne rime pas avec souffrance ! 

Par ailleurs, absence de douleur physique ne rime pas avec absence de souffrance. La péridurale est une merveilleuse invention concernant la composante physique de la douleur, mais ne travaille absolument pas les autres composantes de l'accouchement. On peut donc souffrir, même sous péridurale. Cette souffrance est plus incidieuse et plus difficile à détecter, puisqu'on réduit l'effort de l'accouchement à la gestion de la douleur. On note d'ailleurs une forte augmentation des dépressions du post partum. Je ne pense pas exagérer en pensant qu'une piste de réflexion pourrait être qu'il est sacrément plus difficile de digérer des souffrances si elles ne sont pas reconnues, notamment par la société. En réduisant l'accouchement à de la gestion d'une douleur physique, les autres composantes sont niées, et de fait, les souffrances résultant de ces composantes également.

Pour pouvoir traverser l'épreuve de la naissance, il me parait fondamental de s'y préparer convenablement. De se préparer à affronter ses peurs fondamentales, peur de la douleur et peur de la mort notamment. Il me parait également essentiel de se reconnecter à la puissance de notre corps, à cette confiance en nous et en cet enfant que l'on porte. De redonner un sens à cette épreuve, au delà de la simple (façon de parler bien sur !) naissance d'un enfant. 

Et il paraitrait que les séances de préparation à l'accouchement et à la parentalité sont dans le colimateur de déremboursement de la sécu !!! 

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14 février 2016

musicothérapie !!!

Récemment, je suis tombée sur un article qui m'a fait sacrément plaisir ! Il s'intitulait "PRÉMATURITÉ: La musicothérapie apporte de l'humanité dans les soins", et expliquait que dans le service de néonatologie d'un CHU, s'est ouvert une réflexion sur l'environnement sonore des petites crevettes et de leur parents, et ce que leur pourrait apporter le chant et la musique.

Et bizarrement, ils ont vu que c'était bien ! La musique permettrait à l'enfant de se détendre et d'entrer en communication plus facilement. Ce qui permettrait ainsi la création et le renforcement du lien avec les parents, élément majeur d'une amélioration de l'état de n'importe quel malade (petit ou grand d'ailleurs...). Sans parler de l'effet qu'une évolution de ce type peut avoir sur des parents, angoissés par la situation, peut être aussi culpabilisant de celle-ci, même sans raison (mais bon, on est des êtres humains, et par là, pas toujours rationnels !) avec toutes les difficultés que cela peut impliquer dans la mise en place du sentiment de parentalité et autres...

Alors en tant que soignante, en tant que musicienne (oui oui...), tout cela me ravit !!!

Serait-ce un signe de l'avancée de notre médecine ? Serait-ce un signe que notre corps médical prendrait un peu plus en considération l'ensemble de choses qui forme un humain, soit un corps et d'autres choses qui portent des noms variables tel l'esprit, l'âme ou ce qu'on veut... Bref, ce petit quelque chose qui fait de nous un peu plus que des machines magnifiques ?

Alors je me suis mise à rêver (appelez moi Maïa Luther King, please...) !!! J'ai rêvé qu'un jour, les maternités seraient remplies de pleurs de bébés (un peu), de bruits de la puissance de la femme en train d'accoucher, de discussions tranquilles entre des parents qui découvrent et soignants qui accompagnent, et de musiques apaisantes (enfin, pas la bruit de l'eau sur les cailloux ou le vent dans les feuilles, ça me stresse... Je suis pas super "zen" comme personne !) et belles, qui parlent à l'âme et réconfortent les peurs. Des musiques qui soignent...

J'ai rêvé qu'un jour, ce qui est classé comme "approche ésotérique du corps" ne soit plus considéré comme une sorte de vaudou pour crédules mais comme une manière complémentaire d'aborder des problèmes. Par ces "approches ésotériques" je parle du magnétisme, de l'hypnose, des coupeurs de feu et même pour certains de l'acupuncture (la liste est non exhaustive bien sur !). 

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J'ai rêvé qu'un jour, au lieu d'envoyer uniquement chez le gastro une petite fille de 5 ans, chez qui jusqu'à présent tout allait bien et qui présente à présent des douleurs abdominales récurrentes, on lui propose d'aller voir un thérapeute qui aide le corps à parler de ce qu'il veut dire, et/ou d'aller voir un psy pour comprendre si derrière ce symptôme, il n'y a pas une petite fille qui exprime ses tourments. Au lieu de poser un diagnostic de "colopathie idiopathique" dont on sait très bien qu'il ne veut rien dire de plus que "il n'y a pas de problème, c'est votre corps qui s'exprime par ce biais".

J'ai rêvé qu'un jour je ne recoive plus au cabinet des patientes avec des diagnostics exprimant la peur du soignant, mais plutôt une réalité clinique, avec une prise en charge rassurante, histoire d'éviter de mettre en place de vraies pathologies simplement par la crainte qu'on a inséré dans la tête de nos patientes.

Alors, en pédiatrie il y a des clowns, parce que les enfants ont besoin de s'évader de leur maladie. Ca rend leur vie plus supportable, leurs traitements plus supportables, la guérison plus abordable. En neonatologie il y aurait la musique pour des parents et leur enfants. Mais moi, je ne suis pas si différente de ces enfants (beaucoup vous le confirmeront d'ailleurs !!), j'ai besoin de rire, de témoigner de la beauté, d'être adoucie par cette beauté... Ce qui marche pour des enfants ne pourrait-il pas marcher pour des adultes ? Serait-ce si difficile à imaginer ?

A quand la musique dans tout l'hôpital (pas les clowns, j'ai peur des clowns...) ? Et je fais ma playlist !!!!

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