Maïa, sage femme

26 juillet 2017

un pavé dans la mare

Cette semaine, la secrétaire d'état aux droits de la femme a commandé un rapport au Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (HCE) qui doit faire le point sur la prévalence des « pratiques obstétricales non consenties » et les éventuelles « violences obstétricales ».

La réponse ne s'est pas fait attendre ! Le collège des gynécologues a réagi immédiatement, par la voix de son président, le Pr Nisand, dans une lettre que vous pouvez trouver ici. Le collège des sages-femmes aurait également pris les choses de la même manière. 

Quelle est cette manière ? Essayons de comprendre ce qui provoque ou cristallise les réactions.

J'ai envie de commencer par une définition. Qu'est ce qu'une "violence obstétricale" ? Rappelons que, en Argentine et au Venezuela, la violence obstétricale est inscrite comme infraction pénale. Nous sommes donc face à une notion connue et reconnue par certains, même si le chemin, en France, est encore largement devant nous.

Après recherches, j'ai décidé de laisser parler les gens qui ont déjà travaillé dessus. Car c'est un peu plus complexe que de sortir la définition d'un dictionnaire. Dans un excellent billet, Marie Hélène Lahaye s'est attelé à cet exercice : elle la définit comme « tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé, qui n’est pas justifié médicalement et/ou qui est effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente. »

J'avoue que j'aime bien cette définition, elle en explore tous les aspects. Et je comprends qu'elle puisse faire peur à un certain nombre de professionnels ! Et en y réfléchissant bien, à moi aussi, un peu... Elle est tellement exigeante de perfection !!!

Je m'explique : 

  • " tout comportement, acte, omission ou abstention commis par le personnel de santé" : bon, ça c'est pour dire qu'il n'y a pas que les actes, mais il y a aussi les attitudes, les non actes, les paroles, les non dits... On est d'accord, on ne fait pas du mal uniquement par les actes. Et aussi elle souligne que rentrent dans la catégorie des gens qui peuvent être acteurs de la violence obstétricale tous les personnels de santé qui s'occupent des futures mamans/jeunes mamans. Donc les gynécologues bien sur mais aussi (et n'en déplaisent au Pr Nisand, ils ne sont pas les seuls à s'en occuper...) les sages-femmes, les auxilliaires de puériculture, les personnels de maternité...

 

  • "qui n’est pas justifié médicalement" : voilà où ça commence à chauffer !!! Ca veut dire être au point sur l'EBM (Evidence Based Medecine, c'est à dire la médecine basée sur les preuves scientifiques). L'enseignement de la médecine en France est encore beaucoup faite par transmission de savoirs personnels. C'est à dire que le professeur va transmettre ce qu'il a appris lui même de son professeur et ce qu'il a appris durant sa pratique. Rien de choquant, vous me direz ? A ce détail près que s'il ne confronte pas ses connaissances aux données plus récentes que les études peuvent nous apporter, il peut simplement continuer à transmettre des erreurs... Je me souviens encore de l'enseignement de pédiatrie que j'ai reçu pendant mes études, tellement dépassé, que même nos responsables de formation nous disaient de les retenir pour l'examen mais de ne pas l'appliquer... 

C'est comme cela que des personnes sont encore persuadés que des épisiotomies protègent des périnées, que d'autres font des césariennes avant travail pour "gros bébé", que d'autres prescrivent des dépistage de diabète gestationnel chez des femmes sans facteur de risque, que d'autres encore recherchent le CMV pendant une grossesse, que certains refusent de poser un DIU à 4 semaines après un accouchement... Toutes ces choses qui, en l'état actuel des connaissances de la sciences, ne devraient pas être pratiquées.

Donc, ça demande d'être en permanence au taquet des nouveautés de la science. Et ben ça, c'est un boulot énorme et qui n'est pas vraiment encore une exigence de certains d'entre nous... C'est compliqué et demande une remise en question permanente de nos connaissances. Et que se passe-t-il si on a fait un truc contredit par l'étude sortie il y a 1 mois et qu'on a pas eu le temps de lire ? Pour être très honnête, je suis en retard de 5 mois sur mes lectures médicales...

 

  • "effectué sans le consentement libre et éclairé de la femme enceinte ou de la parturiente." Ah !!!! Ce fameux consentement !!! La bête noire d'un grand nombre de professionnels de santé à l'heure actuelle... Ben oui, il nécessite une confiance dans le patient qui n'a pas vraiment été le centre de notre formation !

Il nécessite aussi l'acceptation de la démocratie en médecine, et là... Ca veut dire ne pas être en charge, avec donc un transfert de responsabilité que tout le monde n'est pas capable d'accepter. Ca me rappelle une discussion sur internet à propos des vaccins où avait été sorti la phrase magique : "Le problème du libre arbitre est qu'il présuppose que les gens sont tous raisonnables", ce que l'on pourrait adapter au consentement de cette manière "Le problème du consentement est qu'il présuppose que les gens font ce que je leur demande"... Ben voilà... Nous ne sommes pas en dictature, et chacun a le droit de faire ses choix et doit en assumer la responsabilité ! Mais pour ça, il faut leur donner les éléments du choix, et parfois c'est long/compliqué/angoissant ou juste chiant... Et parfois les gens changent d'avis, et parfois ils ne sont plus en accord avec leurs choix premiers... Oui, parfois tout ça... Et nous parfois on est au milieu, un peu comme pris au piège. Parfois... Et puis tout ça implique la perception de la patiente, chose éminemment subjective et incontrolable... Et ça aussi c'est flippant !

Je me souviens de cette patiente, venue me voir pour me demander un avis sur ce que sa gynéco lui avait dit. Je ne maitrisais pas du tout la problématique alors je lui ai donné des noms pour qu'elle puisse avoir une seconde opinion, qui ont confirmé ce que sa gynéco avait dit, mais d'une manière plus entendable pour elle. Elle a donc décidé de faire ce qui lui avait été conseillé au départ, et qu'elle avait refusé au départ. (et moi je me suis fait démonter par le gynéco pour "détournement de patientèle"... parce qu'elle était incapable d'entendre que sa patiente avait eu besoin d'un autre avis. Elle s'est donc imaginé que j'ai sous entendu qu'il fallait qu'elle change de gynéco, ce qui n'a jamais été sur la table. J'étais juste face à une patiente qui avait besoin de temps et d'infos pour pouvoir faire son choix à elle. Mais la gynéco n'avait jamais envisagé ce besoin là, cela devait forcément venir de moi, pas de la patiente.)

 

Bref, je comprends donc en quelle mesure rendre plus officiel la notion de "violence obstétricale" puisse inquiéter le monde médical. Ce sont des réajustements majeurs dans notre manière de faire, dans notre manière d'envisager la distribution des rôles et responsabilités, dans notre manière d'appréhender le savoir et clairement, ça demande de revoir la posture du monde médical en redescendant du "piedestal entouré d'un halo de mystère" que recommande ce fameux Pr Nisand.

 

Mais revenons aux sources. Quel est le centre même de nos métiers ? La santé. Et qu'est ce que la santé ? Selon l'OMS, la santé est un état de bien être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. 

N'est il donc pas de notre responsabilité, nous, les acteurs de la santé, de vouloir approfondir la prise en charge de la santé de nos patients, non pas selon  notre propre définition, mais selon celle mondialement reconnue ? S'agit il seulement, concernant l'obstétrique, de permettre la naissance d'un enfant vivant avec une mère vivante ? 

Quand j'ai commencé ma pratique libérale, j'ai été confrontée aux séquelles, physiques et psychologiques, des prises en charge obstétricales. Je les ai pris en pleine face ! Pour être honnête, je les suspectais fortement mais je n'aurais jamais cru qu'elles étaient si importantes. Un accouchement est un évènement physique majeur, intense pour un corps (je réfute le terme traumatisant. Le traumatisme, en psychologie, est défini comme un événement grave vécu par un individu qui ne peut l'assimiler. Or un accouchement n'est pas, de principe, un événement qu'on ne peut assimiler. Il peut l'être, pour certaines raisons, mais ça n'est pas un présupposé). Que de cet accouchement découle des séquelles physiques sur un plus ou moins long terme et/ou des séquelles psychologiques interroge. Mais surtout devrait entraîner une recherche active pour diminuer ces conséquences puisque c'est le centre même du métier d'acteur de la santé ! 

Dans un article d'une revue médicale, en réaction à la demande de la ministre, la journaliste espère que le rapport "évitera de s’appuyer uniquement sur des « ressentis »". Alors, on est bien d'accord, il y a des bilans statistiques à faire. Qui dit statistiques dit faits évaluables et quantifiables de manière objective. Mais comment évaluer les séquelles psychologiques sans ressentis ? Comment même évaluer les séquelles physiques sans ressentis ? La douleur est un ressenti ! La santé a des composantes objectives, comme par exemple un fonctionnement correct de tel ou tel organe, mais aussi des composantes subjectives. Nous avons tous été déjà confrontés à des gens ayant les mêmes altérations sur une radio ou un scanner avec un impact sur la vie à l'opposé complet. Soit une personne qui était en bonne santé et l'autre en mauvaise santé avec la même atteinte de départ. La santé a donc une part de subjectivité.

 

Mais alors pourquoi cette levée de boucliers ? Dans sa lettre, le Pr Nisand écrit : "Lorsque vous parlez de violences obstétricales, vous maltraitez notre profession dans son ensemble". Alors passons l'égocentrisme et la mégalomanie de l'idée que l'obstétrique = seulement et uniquement les gynécologues. Nous sommes là face à des personnes qui sont dans l'incapacité de prendre la hauteur nécessaire pour voir la situation dans sa globalité. Ils ne peuvent envisager les choses que de leur point de vue. C'est comme si tous les restaurateurs se sentaient suspectés de manque d'hygiène par la mise en place de mesures et des contôles. Ca n'est pas "contre" X ou Y mais "pour" !! Pour améliorer nos compétences, pour améliorer la santé de nos patientes... POUR !!! 

 

Alors oui... Le constat peut être douloureux, car il est toujours douloureux d'être face au fait qu'on a parfois mal fait, ou en tout cas que le bien qu'on croyait faire n'a pas été vécu comme tel. Il est également douloureux d'être obligé de regarder en face ces choses qu'on choisissait d'éviter. Ca demande une sacré capacité d'introspection et de rebondissement. C'est vrai... Mais pour en finir avec une analogie médicale, ne vaut il mieux pas crever l'abcès ? Ca fait mal, mais nous savons tous que c'est le meilleur chemin vers l'amélioration !!

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22 juillet 2017

Post partum

Ce matin, je suis tombée sur une BD postée par une copine, un peu perdue de vue, qui a eu un pitchoun récemment. Cette BD que voici, illustre les difficultés des jeunes mères à la suite de leur accouchement et pendant leur congé maternité. Elle est plutôt rigolote et dessine parfaitement un certain nombre de situations auxquelles seront confrontées la majorité des mamans.

Et cette BD m'a attristé fortement. Non pas parce qu'elle me parait fausse ! Mais parce qu'elle me parait tristement vraie... Et qu'elle illustre tous les points à améliorer, qui contibuent à rendre si difficile cette période déjà pas simple au départ et qui pourraient être évités.

Autant certaines vignettes sont la représentation de choses qui sont, et seront toujours, comme la découverte du corps d'après accouchement, et des fameuses "culottes filet avec couches"... Pour le moment, aucune nouveauté ne se présente à l'horizon pour changer cela !

Mais le reste montre, en vrac, une absence d'accompagnement à la maternité, un travail à la chaine des professionnels, une profonde solitude de la maman face à son enfant, des conseils bidons compliquant la vie, les moments border où elle comprend comment on peut en arriver à secouer son bébé, et la comparaison du post partum à de la torture...

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Il y a une vignette qui parle de l'excuse des hormones et de ce qu'elle appelle "post partum" qui correspond au baby blues (NB : le post partum est la période après la naissance d'un bébé, mais ne correspond pas à un état particulier. Parfois, par excès de langage, il est utilisé pour baby blues. Mais pas toujours donc la phrase "elle est dans le post partum" veut le plus souvent dire "elle a accouché il y a peu" et non pas "elle pleure tout le temps"...). Je ne m'attarderai pas sur l'utilisation de l'excuse des hormones pour expliquer tout ce qu'une femme peut ressentir, je l'ai déjà fait dans mon billet foutues hormones !. C'est dégradant, humiliant et en négation du ressenti. 

En revanche, je rebondis sur une phrase qu'elle a écrit sur cette vignette : "ça en fait un état "normal" avec une explication scientifique", comme si le fait qu'il y ait une explication suffise. Fondamentalement, l'état d'hypersensibilté d'une jeune mère est normal, même sans guillemets ! Mais est ce que normal implique qu'on ne peut rien y faire ? Non, non et non ! Par exemple, c'est normal d'être traumatisé après une agression, et pourtant il est fortement conseillé d'avoir un accompagnement pour pouvoir avancer. Donc c'est normal d'être hypersensible après une naissance, il est donc fortement conseillé d'être bien entouré pour pouvoir avancer dans ce chemin. Le truc cool dans le fait que ce soit normal est qu'on peut s'y préparer et prendre les mesures nécessaire pour que ce normal encombrant passe mieux. Parce que ce soit normal ou pas, tout ce qu'on peut faire pour faciliter cette période va faire que les mamans se sentent mieux, non ?

Et ensuite, elle fait une comparaison avec les organisations des pays autour de la France (et j'avoue qu'à mon sens, la palme du pays pour faciliter cette période vient aux Pays Bas avec leurs kraamzorg pendant les 10 jours qui suivent la naissance. Une personne, formée à la puériculture, qui vient à la maison s'occuper de tout ce que veut la maman, pour lui permettre faciliter le quotidien, en plus de lui fournir les conseils dans l'apprentissage de son petit...). Et c'est vrai qu'en France, on est grave à la ramasse ! Mais surtout à la ramasse par rapport à la connaissance des choses qui existent !!! Elle parle de l'accompagnement en Allemagne par une sage-femme : c'est possible en France !!! Alors pour être honnête, on ne vient pas quotidiennement. Les visites sont à la discrétion de la sage femme et des patientes. Par exemple, je décide, avec la patiente, à chaque visite, de ce que nous pensons nécessaire pour une prochaine visite. Certaines ont besoin de beaucoup de soutien, d'autre de moins. Certaines auront besoin que je passe plusieurs semaines, d'autres non. Bref, nous nous adaptons au besoin.

Alors, il est vrai que cette possibilité est un peu plus connue depuis 3 ans avec le programme organisé par la sécu mais il n'est pas en place dans toutes les maternités et je vois encore une certain nombre de mamans à distance de l'accouchement qui n'ont pas été au courant de ce genre de soutien. L'information n'est pas suffisamment diffusée !!! 

Par aillleurs, en préparation à l'accouchement et à la parentalité, il devrait être, à mon sens, fondamental de parler de cette période si spéciale et potentiellement si à risque. Expliquer pourquoi une jeune maman est fragile et forte à la fois, comment faire pour diminuer les situations à risque, savoir s'entourer de gens qui nous font du bien, savoir demander de l'aide parce qu'on n'est pas wonder woman, expliquer aux papas cette période : comment aider leurs femmes même s'ils ne les comprennent pas, comprendre pourquoi quand ils rentrent le soir elles ne rêvent que de leur donner le petit monstre et que non, elles n'ont pas "rien fait" parce que s'occuper d'un bébé n'est peut être ni hautement intellectuel, ni rémunérateur mais ça use à la corde en fait...

Bref, nous, "professionnels", avons un rôle majeur de transmission ! Ce qu'avant faisaient le groupe de femmes qui entouraient une future maman et une jeune maman. Transmission des difficultés et des solutions possibles, bienveillance et mise en valeur de ce que les mamans font bien (en vrai, la majorité des choses bien sur !)

Mais aussi nous, "femmes", "amies", "proches", avons également un rôle de transmission et de soutien !!!! Au lieu de raconter les histoire terribles d'accouchement, de bébé qui ne dorment pas, de traumatisme violent, ne pouvons nous pas faire part des solutions aux difficultés que nous avons rencontrées ? Ne pouvons nous pas apporter l'aide que nous aurions aimé avoir et que nous n'avons peut être pas reçu ? Je ne dis pas de cacher les difficultés (bon, choisir celles que l'on raconte me parait plutôt avisé quand même...), je dis de ne pas s'arrêter à ça, de continuer la transmission à ce qui fait que ça va mieux ! et de proposer notre aide.

Certaines de mes patientes viennent de pays étrangers, où la culture du groupe est encore très présente. Et elles sont surprises par la solitude et les difficultés des jeunes mamans en France. A nous de reconstruire notre groupe ! 

A vous, futures mamans, pensez y avant votre accouchement. Qui pour m'aider, qui pour me faire rire, qui pour me confier ? Y a-t-il des cafés poussettes ou des associations autour de la parentalité à proximité ? Rencontrer une sage femme libérale ? 

Et ça pourra devenir ce que c'est sensé être : une période pleine de challenges, certes, mais aussi de beauté...

 

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28 mai 2017

on lâche la corde ?

Whaou !! Ca fait un bail !!! Ca n'est pas que je vous ai oublié mais j'ai eu une année particulièrement chargée ! J'ai commencé des dizaines de billets dans ma tête, quand je croisais des sujets qui me paraissaient intéressants, mais je ne les ai jamais écrit.

En fait je me suis lancée dans un projet qui trottait dans ma tête depuis quelques années : j'ai décidé de me former en acupuncture. Et c'est tout et plus que ce que j'imaginais ! La médecine chinoise est impressionnante. Tellement ancrée dans le réel... Ca me donne ce qui manque à la médecine occidentale traditionnelle : la considération de l'humain dans son histoire, son environnement... Bref, dans sa totalité ! C'est un bonheur !!!

Et c'est aussi un travail énorme... Une nouvelle manière de penser l'humain, une nouvelle manière de penser le soin, une philosophie de base qui n'est pas la mienne... Ca me remue aussi personnellement. Ca me fait réfléchir sur ma propre histoire, sur ma vie, sur mes choix... 

Et en ce moment, c'est pas la joie parce que les examens sont très très bientôt, et je réalise que mon cerveau n'est plus celui de mes années d'étude et que ce gros morceau résiste à rentrer dans ma tête. Et puis je suis fatiguée parce que je n'ai pas pris de vacances ou de journée off depuis septembre (tous étant consacrés à mes jours de cours). Et puis mon rythme de travail étant ce qu'il est (je ne me plains pas de beaucoup bosser, mais il faut avouer que parfois c'est lourd)...

Et il y a quelques jours, une sage-femme d'un des groupes sur mon réseau social préféré, a posté son histoire de burn out. Que son corps a laché alors qu'elle était chez une patiente. Qu'elle a fait un petit séjour en soins intensifs cardio... Bref, le gros rappel à l'ordre en somme...

S'en est suivi une discussion où se mêlaient témoignages de situations un peu identiques, conseils pour éviter tout ça, etc... Et un témoignage m'a particulièrement interpellé. Une collègue disait imaginer fréquemment avoir un accident de voiture (petit, hein !) avec soulagement, pour être ainsi obligée de s'arrêter. Et là, ça m'a frappé ! C'est quelque chose que je fais fréquemment... Je me traitais de pathétique et j'oubliais, jusqu'à la fois d'après. Mais les choses prennent une toute autre perspective quand ça ne vient pas de nous. 

J'ai déjà été très limite concernant le burn out. Et je pensais avoir tiré les leçons pour mieux m'occuper de moi. Mais manifestement, ça n'est pas vraiment le cas... C'est si facile de se laisser entrainer sur cette pente ! Surtout quand on aime ce qu'on fait et qu'on a des humains en face de soi qui ont aussi besoin de nous. 

Mais depuis quelques temps, en dehors du travail, je n'arrive plus à rien. J'ai pris le prétexte d'être trop occupée par l'étude de l'acupuncture mais en fait ça n'est que ça, un prétexte... Parce que si je suis vraiment honnête, je n'arrive plus... Je n'arrive plus à m'occuper de moi et de mes patientes. Je n'arrive plus à profiter des choses... Mais comme mon corps tient encore, je me dis que ça va ! Malgré mes journées off à passer à dormir (la semaine dernière j'ai dormi 18h/24 sur mon jour de repos)...

Bref, je ne fais pas ce billet pour qu'on me prenne en pitié mais plus parce qu'il me parait important de partager la détresse du monde de la santé (même si ça n'est pas exclusif à ce domaine). Nous sommes dans le soin parce que nous l'avons choisi, ça veut dire que nous avons choisir de nous occuper des autres. Ca veut dire que nous avons à coeur l'harmonie et le bien être. C'est donc facile de tirer sur la corde sentimentale pour pousser un peu plus. L'organisation du système de santé est de plus en plus éprouvante pour des personnes qui ont ce type de fonctionnement. Et on nous rajoute des contraintes, des risques supplémentaires, des difficultés de gestion, la peur de l'avenir... Plus nous avons parfois à faire face à des patients très consuméristes ou irrespectueux, qui ne comprennent pas l'idée que nous sommes des êtres humains comme les autres et que nous avons tous des limites (enfin moi, j'ai plutôt de la chance, ce sont mes patientes qui me réprimandent parce que je ne prends pas assez de vacances...). Ca entraine de la souffrance partout ! Chez les soignants, qui soignent moins bien et ne sont plus en accord avec leurs fondamentaux et chez les patients qui sont parfois maltraités et mal soignés... 

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Je suis bientôt en vacances (après mes examens...). J'avais décidé de prendre deux semaines (mes seules vacances en un an...). Je crois que je vais essayer de faire une folie et tenter de voir avec ma remplaçante si elle peut me remplacer une semaine de plus... Il me semble que c'est nécessaire... Et je vais prendre de bonnes résolutions pour mon retour : penser un peu plus à moi, être un peu plus égoïste pour pouvoir mieux m'ouvrir à l'autre... Je ne sais pas comment on fait mais je trouverai bien ! Ce que je dis à mes patientes en somme, mais que je n'arrive pas à mettre en pratique pour moi, bien sûr !

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17 janvier 2017

de la jeune qui était vieille

Ce matin, je vois en consultation une patiente dont je suis la grossesse. Elle est au début du neuvième mois. La consultation faisait suite à un évènement pour lequelle elle avait besoin d'un contrôle. Elle était donc imprévue car en général, à ce terme, j'ai passé le relai à l'hôpital du coin. Quand je suis une patiente, je l'envoie faire une consultation d'ouverture de dossier à l'hôpital en fin de huitième mois idéalement.

Elle y avait été la veille. Elle y fut reçue par une chef de clinique (première interrogation : pourquoi une chef de clinique fait une consultation d'une grossesse tout ce qu'il y a de plus physiologique alors que lorsque je découvre une pathologie en cours de grossesse nécessitant un avis d'un spécialiste, je suis obligée de passer par des canaux peu conventionnels pour obtenir un RDV dans un temps raisonnable ?)

Ma patiente lui parle donc de son désir de ne pas prendre de péridurale et devant le sourire narquois de son interlocutrice, elle se sent obligée d'expliquer qu'étant son premier accouchement, et ne sachant donc pas ce qu'elle va vivre, elle ne se ferme pas la porte de la péridurale mais que simplement, elle n'envisage pas de prime abord un recours absolu à la péridurale. Beau projet, non ? Enfin à mon sens, il est beau son projet. Non pas parce qu'elle part plutôt dans telle ou telle direction mais parce que c'est le sien, qu'elle y a réfléchi, qu'elle se donne aussi la possibilité de s'adapter à ce qu'elle vivra. Et j'avoue que le sourire narquois a un peu crispé le mien... Mais la suite l'a définitivement effacé. Quelle serait la juste réaction à ce genre de projet ? A mon sens, cela serait a minima de ne pas le plomber... Au mieux d'encourager le choix de la patiente mais juste a minima de ne pas le plomber... Quelle a été la réaction de cette toute jeune chef de clinique ? D'expliquer qu'à son sens c'était peu raisonnable parce que et d'une elle voit pas l'intérêt de souffrir (grande originalité ! Témoignage d'une absence totale d'empathie...) et de deux que ça pouvait être dangereux parce que s'il y a une urgence, il faudrait faire une anesthésie générale, ce qui est dangereux pour le bébé...

Bon alors là... Comment dire... Les noms d'ovipèdes ont volés (ah ah !) dans ma tête évidemment... 

Alors bon, je veux bien qu'en tant qu'obstétricien, son job est de prendre en charge les accouchements qui dérapent et que donc ça oriente son regard. Mais déjà, il me semblerait bon de reconnaitre qu'on a une vision orientée des choses quand on est spécialiste (c'est le pur bon sens...). Mais ensuite, il serait encore meilleur de ne pas dire d'énormités !! Parce que l'urgence si urgente qu'on n'a pas le temps de faire une rachianesthésie, qu'on doive faire une anesthésie générale, est dieu merci, très peu fréquente !!! Et donc présenter l'anesthésie de confort qu'est la péridurale comme une nécessité médicale en dehors de tout facteur de risque particulier, on peut difficilement dire que c'est très honnète intellectuellement.

Mais bon, manifestement, la dame n'était pas à court de malhonneteté intellectuelle. Ma patiente lui a ensuite exprimé son souhait de ne pas avoir d'épisiotomie. Et là, le bon docteur de lui dire qu'une épisiotomie est meilleure pour le périnée qu'une déchirure "qui peut vous déchirer l'anus vous savez ?". C'est pas comme si on manquait d'étude sur l'inefficacité de l'épisiotomie pour la prévention de ces déchirures graves et sur le fait que toutes les autres sont préférables à une épisiotomie... Bref, ce docteur était jeune mais avait un langage de vieille...

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Mais rendons à César ce qui appartient à César : elle ne l'a pas examiné, c'était inutile mais malgré tout, je parie que beaucoup l'aurait fait. Cela lui enlève probablement 10 ans à son siècle d'âge médical !

Petit aparté : cette patiente, qui est donc en fin de grossesse, a pour le moment eu à ne vivre que 2 touchers vaginaux sur toute la durée de sa grossesse, un aux urgence qu'elle a consulté pour contractions il y a de ça quelques temps, et un aujourd'hui pour sa petite urgence avec moi. Aucun autre toucher était nécessaire ! Je répète : aucun autre toucher était nécessaire !

Mais le pire est que je pense que ce n'est pas fait dans la volonté de tromper les patientes ! Je pense juste que c'est quelqu'un qui est en quelque sorte la victime de l'enseignement de la médecine telle que c'est fait en France. Apprend par coeur, recrache bêtement et surtout oui surtout ne réfléchis pas !!!

Concernant tout cela, il y a un autre point, au delà de la mésinformation, qui m'irrite : toujours cette foutue histoire de consentement. Ben oui, face à ce souhait exprimé par la patiente, il ne devrait rien y avoir d'autre à dire que "c'est noté, madame". "Pas de péri ? OK, on va faire ce que l'on peut pour vous aider dans ce choix." "Pas d'épisio ? C'est votre corps, je respecte cela." Peu importe qu'elle croie que c'est idiot/impossible/dangereux/pas ce qu'elle ferait... Son opinion personnelle est bien cela, personnelle. Or là, elle est dans un cadre professionnel donc elle se doit de rester professionnelle.

Ca n'est pas une posture facile de se distancier de notre avis personnel, ça demande en permance un travail, une vigilance. Peut être suis-je dure avec ce jeune médecin. Le fait de réaliser que ce qu'on a appris n'est ni vrai dans tous les cas, ni même parfois vrai tout court, que les patients sont des humains et que leur avis/sentiments sont tout aussi importants, et même plus que les nôtres, qu'il n'y a pas de mise en danger pour nous à respecter les patients et leurs choix, que ça ne fait pas de nous de moins bons soigants (au contraire même) et que ça fait de nous de meilleurs humains (donc de meilleurs soignants, CQFD !). Bref, tout ça n'étant pas seulement pas enseigné mais plutôt souvent la cause de soucis au cours des études, ça demande parfois du temps... J'ai aimé la réaction de ma patiente qui lui a souri en lui répondant "de toute manière, ça sera mon choix au moment voulu." En douceur, mais ferme. Peut être que ça aidera ce jeune médecin a prendre du recul, qui sait ?

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27 décembre 2016

Insolite...

En ce moment, tourne sur internet un certain nombre de petits films publicitaires présentant des nouveauté en puériculture. 

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Je suis spontanément sceptique sur les nouveautés concernant un domaine où, j'estime, que le moins on en fait, le mieux c'est. Ou en tout cas, on n'a pas besoin de grand chose pour bien faire. J'ai beaucoup de mal avec les "inventions" qui ne font que créer des besoins, dans l'unique but de gagner de l'argent. Déjà, le siège de bain me donne des boutons (en quelle mesure il apporte une sécurité particulière puisque de toute façon, on baigne son enfant avec ses mains sans jamais, bien entendu, le laisser seul...), le babyphone vidéo (quelle information cela donne en plus, réellement, qui change la donne quant à la santé/sécurité de l'enfant ?) ou autre absurdité qu'on peut trouver en magasin de puériculture.

Les dernières nouveauté atteignent des sommets de bêtise insoupçonnée (en tout cas par moi). Mais en plus, ne sont pas fait pour "améliorer" la vie/sécurité/santé de l'enfant, mais en fait, celle des parents... Alors, attention, je suis à fond pour que les parents se simplifient la vie ! J'essaye de les y aider autant que possible d'ailleurs, le premier réflexe de beaucoup de parents étant de se la compliquer par des questions/enjeux/objectifs pas simples à réaliser. Mais il y a une différence entre se décompliquer la vie qu'on complique pour faire le mieux pour notre enfant, et se simplifier la vie parce qu'un enfant, c'est compliqué, et il faut bien le dire, de temps en temps, franchement pénible...

Alors, je vous présente la coque d'iPhone porte biberon : ce merveilleux produit (qui a levé des fonds importants en quelques jours pour sa création) permet qu'avec le même outil, vous puissiez faire en sorte que votre emmerdeur enfant mange, tout en discutant sur facebook avec les copains ou en jouant à Candy Crush... Faudrait pas que la vie s'arrête à cause d'un braillard quand même ! Créer du lien ? Se regarder ? Passer du temps avec son enfant ? Perte de temps... Et puis bon, on verra plus tard, aujourd'hui, il y a mieux à faire ! Et puis bon, l'effet des ondes sur le cerveau n'est pas complètement prouvé (ah si ? Ah ben tant pis...)...

Dans le genre "truc plus utile pour les parents que pour les bébés", nous avons aussi en stock la "balancelle qui imite le ballottement maternel". Qui n'a pas rêvé d'avoir le truc miracle qui calme son bébé qui pleure et qui permet à une père/un père de pouvoir faire autre chose ? Si j'entends un "moi jamais" je n'y croirai pas une seconde. Mais il y a d'autres moyens que de vous "remplacer" par un bout de plastique vibrant. Pourquoi votre enfant pleure ? Parce qu'il a besoin de vous, pas d'une balancelle qui n'a ni votre chaleur, ni votre odeur, ni votre rythme cardiaque... Alors si vous êtes sur le point de craquer, refilez le bébé à quelqu'un. Si vous ne pouvez pas, mettez le dans son berceau et allez faire un tour pour vous calmer, crier un bon coup, et une fois calme, recommencer à essayer de le calmer. Utilisez un système de portage physiologique, comme ça vous aurez les mains libres. Je sais bien que c'est facile à dire, et que parfois on n'en peut plus. Mais ces moments là arriveront probablement, balancelle ou non... Un bébé a besoin de contact physique, appelle pour cela. C'est normal, c'est indispensable à son développement... Qu'on le veuille ou non...

Nous avons aussi le "coussin d'allaitement pour papa". Alors là j'avoue, j'ai explosé de rire ! Il "se glisse sur le bras, comme un brassard, pour accueillir bébé confortablement". C'est vrai qu'un bras est tellement inconfortable, et puis il ne faudrait pas trop de contact physique... C'est un peu dégoutant, ça, non ? Et donc en quoi il est si spécial ? C'est juste un coussin dans lequel passer le bras. Ah et aussi il se déplie pour aussi faire... ben coussin normal quoi... Merveille oh merveille !

Dans le genre très très mauvaise fausse bonne idée, nous avons le bracelet moniteur de bébé. Il "vous permettra de savoir à la seconde près le moment où votre bébé s’est endormi, s’il a chaud, s’il a faim ou s’il a fait caca". Donc si vous n'étiez pas stressé déjà, vous allez donc le devenir ! Et si vous ne vous faisiez déjà pas confiance quant à votre capacité à vous occuper de votre enfant, vous ne le ferez jamais. Comment donner l'impression factice d'être en contrôle alors qu'on ne l'est jamais ? Et puis c'est vrai qu'il est fondamental de savoir à la seconde que votre bébé à fait caca... Et j'avoue que j'aimerai vraiment savoir comment ce bracelet évalue la faim d'un bébé (parce que c'est vrai que votre enfant est vraiment trop con immature pour pouvoir vous signaler ses besoins, de toute manière) !

Bref, cette liste est bien entendu non exhaustive ! Les commerciaux rivalisent d'imagination pour faire croire à des parents plein de choses et leur faire acheter des gadgets a minima inutiles, voir délétères... Si vous avez d'autres exemples, n'hésitez pas à m'en faire part en commentaires !

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22 décembre 2016

Appel d'une sage-femme...

A la suite de mon billet sur la douleur et la souffrance, j'ai eu de nombreuses pistes de réflexion quant à de nouveaux billets. Il faut dire que le thème est vaste. Et je vais vous parler de mon expérience en tant que sage-femme. La douleur et la souffrance vue par la sage-femme (enfin, juste par moi...).

Je vais d'abord rapidement vous expliquer mon parcours. Mes études ont été une réelle souffrance. La violence du monde médical, cette ambiance de maltraitance envers les étudiants (et en fait envers toute personne hiérarchiquement inférieure) et envers les patients, le rythme soutenu, l'absence de possibilité de réflexion ou de remise en question... Bref... J'ai heureusement rencontré des personnes tellement merveilleuses qu'elles m'ont permis de continuer malgré tout et d'être diplômée. Mais j'avais pris la décision de me réorienter vers le théâtre une fois mon calvaire terminé. J'ai donc bossé de nuit pour pouvoir payer mon toit et de jour, je prenais des cours pour être comédienne. Et avec le temps, mon amour des patientes me remplissait de plus en plus, et le monde du théâtre me paraissait de plus en plus vain (être témoin de l'humanité la plus pure la nuit, et des combats de coqs le jour, comment dire...). Mais malgré tout, je n'étais pas à l'aise dans ma pratique. 

Je travaillais en milieu hospitalier, une petite clinique où j'avais réussi à faire mon trou à ma sauce (à force de coups de gueule et de remise au clair sur les jobs de chacun, et après avoir pris quelques dossiers sur la tête, véridique...). On me laissait bosser comme je le souhaitais (la plupart du temps), le fait de travailler de nuit aidait grandement. On me faisait confiance et j'ai pu apprendre, garde après garde, qui j'étais en tant que sage femme. Les patientes ont été de merveilleux guides dans mon chemin personnel. Ce sont elles qui m'ont poussé à aller plus loin dans ma démarche, à approfondir mes réflexions, à tenter des choses auquelles je ne pensais pas.

J'ai toujours aimé les accouchements sans péridurale. Je n'ai pas peur du bruit et de la douleur. En fait même, je les aime bien... 

Non, je ne suis ni masochiste, ni cruelle ! Bien au contraire ! Mais le bruit et la douleur sont pour moi une expression de notre humanité, de ce qu'on a au fond de nous. Et c'est ça qui m'intéresse quand je rencontre une personne. Je me fous de l'apparence, je veux connaitre ce qu'il y a derrière. Alors, les moments où les femmes lâchent prise, parce qu'elles vivent intensément l'instant, sont des pépites pour moi ! Et me permettent également de les aider au mieux, plus facilement. 

Une femme est seule face à sa douleur. Personne ne peut partager ce fardeau. Une femme est seule face à l'immense tâche qu'est l'accouchement, personne ne peut le faire à sa place. La seule chose que l'entourage d'une femme en travail (et je m'inclue donc dans cet entourage) puisse faire est de créer un contexte permettant à la jeune maman de vivre cet évènement plus "sereinement". Dès mes études, j'ai réalisé que ma place était celle au coin de la pièce : la présence discrète qui sait être là quand il faut, et qui s'adapte aux besoin de chaque patiente. Et c'est là que le bas blesse...

J'avais choisi pour travailler une petite structure pour avoir le temps de "ne rien faire" au coin de la salle. Avoir le temps de parler ou ne pas parler, serrer une main ou juste respirer, rassurer et expliquer ce qui était en train de se passer... Bref, d'accompagner... Tenter de faire en sorte que cette naissance ne soit pas souffrance. 

Cela demande des ressources émotives très importantes. C'est fatiguant de recevoir autant d'émotions, de peurs, d'angoisses... De les accueillir et de tenter de les apaiser. Souvent, on me demandait si mon métier n'était pas trop dur, en faisant référence aux mauvaises nouvelles, aux choses qui tournent mal... Mais j'avais envie de répondre que tout accouchement, même le plus simple et heureux est épuisant ! Il me remplissait et me vidait en même temps ! Mais le sentiment d'avoir fait un bon boulot faisait largement pencher la balance en faveur.

Et puis les choses ont commencé à changer. Les directeurs d'établissement se sont enchainés. Je me souviens particulièrement d'un petit blanc bec, fraichement sorti d'école de commerce, parachuté là par filon paternel, qui essayait de se la jouer cool et proche (notre première rencontre s'est fait dans un bar près de chez moi...), mais qui n'avait aucune idée de ce que sont des soignants ni de ce qui les motive. Grace à lui, j'ai appris à ne pas me laisser impressionner par des titres et je me suis permise de lui dire le fond de ma pensée... Mais globalement, leurs exigences, leurs demandes ont pris de plus en plus de notre temps avec les patientes, ont également dégradé l'ambiance... Le travail est devenu plus lourd. Et il devenait de plus en plus difficile d'être émotionellement disponible pour les femmes que j'accompagnais. Il m'arrivait de quitter ma garde frustrée car énervée envers une patiente qui m'avait soulée.

Mais qu'est ce qu'une patiente qui me soule ? Les casses-bonbon pénibles chroniques étant rares (mais existent malgré tout), c'est juste une femme qui me demande un peu plus d'attention qu'une autre ! Attention que je n'ai pas le temps ou l'énergie de donner... C'est pour ça qu'elle me soule. Parce que je suis indisponible pour elle, et que donc je n'arrive pas à l'apaiser ou à l'aider dans sa souffrance. Et je dis bien souffrance, pas douleur ! C'est justement une femme qui souffre, en ayant mal ou pas. 

Et la souffrance, c'est contagieux ! Je souffrais de leur souffrance, je m'en voulais de ne pas pouvoir faire mieux, je me rendais compte que parfois, en n'étant peut être pas maltraitante, je n'étais en tout cas pas bientraitante. Et elles souffraient de ma souffrance ! Un vrai cercle vicieux... Il fallait que je change quelque chose et vite car mes patientes et moi-même risquions de payer un lourd prix.

C'est pour cela que je me suis installé en libéral, pour pouvoir avoir le temps avec mes patientes. Pour pouvoir bosser à ma manière et à mon rythme. On me demande régulièrement si l'hôpital ne me manque pas. L'hôpital non. Les accouchements oui ! Ce moment magique et intense, cette première rencontre où je me sens comme une petite souris qui est le témoin d'un moment auquel elle n'est pas vraiment invitée, comme si je regardais par le trou de la serrure... Mais il faut savoir être là où on est le plus utile. Et le libéral, c'est mieux tant pour moi que pour mes patientes. 

Et j'admire mes collègues qui travaillent toujours en structures, qui luttent encore pour la plupart pour conserver l'humanité de ces moments là. Je leur rend hommage d'ailleurs. 

Dans ma préparation à l'accouchement, j'essaye de faire comprendre aux patientes qu'il est important pour elles d'investir leur accouchement, de ne pas attendre d'être accouchée. Le bénéfice est, pour moi, double : pour la femme et pour la sage-femme. Et cela évite de nombreuses souffrances de toute part ! Et les deux sont à mon sens aussi importants. L'accouchement se fait en équipe. Je m'explique : la femme accouche seule mais accompagnée, et ces deux parts permettent un accouchement satisfaisant. On a parlé cet été des tragédies chez les infirmières. Mais ce sont tous les soignants qui sont en souffrance, tous ceux qui travaillent en hôpital ou clinique ! Et ce ne sont malheureusement pas quelques suicides qui changeront grand chose à la logique comptable de nos dirigeants... Et c'est là où, nous, soignants, avons besoin de vous, pour nous aider à pouvoir vous accompagner.

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Mes patientes sont mon plus gros moteur d'évolution, mais j'attends encore plus d'elles. Elle me portent au moins autant que je les porte. Elles me font souffrir aussi, souvent malgré elles. Mais c'est le lot de toute relation humaine sincère. Ma souffrance de sage-femme est liée au fait que je ne peux pas travailler comme je le souhaite (c'est mieux en libéral mais l'avenir est sombre...), elle est également liée au fait que, si les patientes reconnaissent notre utilité dans leur histoire, la plupart du temps, elles n'ont pas conscience que nous avons besoin d'être protégées par elles, que nous sommes fortes mais fragiles, comme elles pendant le travail. Et qu'arrive un moment, c'est à elles de nous protéger, pour nous permettre de continuer à les aider quand le besoin est là. 

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18 décembre 2016

Recentrage (ou comment éteindre la télévision ?)

Je ne suis pas forcément à la pointe de la technologie. Je l'utilise au quotidien, mais j'essaye de ne pas en devenir l'esclave en fait. Par exemple, je n'ai pas de télévision. J'ai un smartphone, un ordinateur et basta. Je ne vois pas l'intérêt d'avoir autre chose. Grâce à internet, si j'ai vraiment envie de regarder quelque chose, je le cherche, et le trouve. Je suis dans une démarche volontaire, de choix. L'idée d'allumer la télé et de regarder ce sur quoi je tombe au hasard m'angoisse car ça me donne simplement l'impression d'un abêtissement violent et volontaire... Donc je refuse ! Surtout quand on voit la qualité des programmes qui ont, à mon sens, comme effet de tirer notre réflexion ou notre vision de l'humain vers le bas (voir le très bas) et qui nous coupe de la possibilité de vivre l'instant présent.

Un truc qui me choque beaucoup quand je vais chez des patientes est que dans une grande majorité des cas, la télé est allumée, sur un programme d'une débilité affligeante (en général de la téléréalité). Je viens pour vérifier que tout le monde va bien, que bébé soit déjà né ou pas encore. Et parfois, je dois lutter contre le son de la télé, ou bien je vois bien que les personnes présentes partagent leur attention entre ce qui se passe sur l'écran et ce qui se passe dans leur salon. 

Dans ce cas, je ne suis pas sure que ce soit mon rôle d'essayer de les sensibiliser à ce qu'ils manquent... J'ai essayé, mais souvent, je vois bien qu'ils ne comprennent pas du tout mon propos. J'essaye de les recentrer sur ce que je fais, sur ce que fait le bébé, sur ce que leur corps fait... Mais je sens bien que le vrai message tombe à plat. Le seul truc que je ne lâche pas est la prévention concernant l'effet des écrans sur les enfants (même si j'ai peu d'espoir qu'il y ait un réel effet...). D'ailleurs, l'excellente campagne de prévention faite en Belgique est à voir de toute urgence (ne cherchez pas de campagne française, il n'y en a pas...).

L'autre moment où la technologie me parait très très très très problématique est pendant le travail et l'accouchement. Dieu merci, il y a assez peu de maternités équipées de télévisions en salle de travail (fuyez les !!! Manifestement, ils n'ont rien compris aux besoins d'une femme en travail !!!). Ce moment dans la vie d'une femme est vraiment particulier à tout point de vue. 

Premièrement, il mène à une rencontre unique. C'est le chemin vers ce à quoi vous avez bossé pendant 9 mois. C'est une fin et un début, tout en étant un passage (vous me suivez toujours ?). Il transforme des parents, et concrétise un enfant. Et vous ne le vivrez qu'une seule fois (puisque tout travail est différent). Ne pas le vivre à fond est donc le meilleur moyen de passer à côté, d'un point de vue symbolique mais aussi psychique. Et ça peut avoir des conséquences sur votre positionnement en tant que parent, sur votre relation avec votre enfant, votre rapport à votre corps... On entend parfois la réflexion de la part des mamans, quand l'accompagnement n'a pas été celui dont elles auraient eu besoin, "j'ai l'impression que je n'ai pas vécu mon accouchement" ou bien "ce n'est pas moi qui ai accouché". Eh bien s'occuper à autre chose que de vivre en pleine conscience son travail revient exactement à cela, sauf que c'est de manière volontaire. 

J'entends déjà les "un travail c'est long, il faut bien s'occuper". Mais en fait, un travail c'est long et c'est court. Que sont quelques heures dans une vie ? Il est vrai qu'un travail avec péridurale, puisque la douleur physique est plutôt apaisée (sinon c'est qu'il y a un problème !), on est moins "occupée". Mais pourquoi avoir besoin d'être "divertie" ? Ne peut-on pas vivre le moment avec son conjoint ou avec la personne qui nous accompagne ? Ne peut-on pas rester l'esprit à ce qui se passe physiquement et à ce que ça va entrainer ? Ne peut-on pas penser à ce pitchoun qui fait son chemin dans notre corps, même si nous n'en ressentons que peu ou pas les effets ? Ne peut-on pas le soutenir, être là en pensée avec lui, l'accompagner ? Est-on obligé d'être occupé ailleurs ?

Deuxièmement, d'un point de vue physiologique, les hormones en jeu dans le travail sont très influencées par une partie primitive de notre cerveau, une partie très animale. En cela, nous ne nous différencions pas de n'importe quel mammifère de la planète. Or que fait un mammifère quand il va mettre bas ? Il va se trouver un petit coin tranquille, protégé, pour faire son travail : un buisson, une panière remplie de linge... Instinctivement, le mammifère s'isole pour mettre bas. Et c'est une excellente idée parce que ça permet à cette partie de notre cerveau de fonctionner correctement. Tout ce qui va créer un sentiment de sécurité (et je ne parle pas d'intellect mais d'instinct, il doit se ressentir, pas se dire...) va favoriser l'accouchement. Ca va de la lumière tamisée, au fait de ne pas être dérangé. Ca passe donc par l'absence d'intéractions avec le monde extérieur ! On ne peut pas en même temps être centré sur ce qui se passe à l'intérieur et ouvert à ce qui se passe à l'extérieur.

Je me souviens d'une proche qui avait fait une groupe de discussion pour nous tenir au courant de l'avancée de son travail. Je n'avais pas du tout apprécié. D'abord parce que j'avais l'impression qu'on me forçait à être le témoin d'un des moments les plus intimes qui soit dans une vie (envoie-t-on des notifications quand on fait l'amour ?). Mais aussi parce que j'avais juste envie de lui crier de vivre son moment pleinement, elle et son homme, sans partage extérieur ! Ma réaction, vraiment extrême, face à cette discussion m'avait surprise à l'époque. J'avais saisi tout de suite le côté "voyeurisme imposé" que ça m'avait fait ressentir, mais je ne comprenais pas ma colère (car c'est vraiment ce que j'avais ressenti). En y réfléchissant, j'ai compris que les progrès fabuleux de notre société nous entrainent parfois dans une sorte de "vie parallèle", nous déconnecte de nous même et de ce que l'on vit. Et le réveil est parfois douloureux. Parfois ça ne l'est pas parce qu'on ne se réveille pas vraiment... Mais quand je vois les souffrances de mes patientes, quant à leur place de maman, quant à leur place dans leur couple, quant à leur rapport avec leurs enfants, je me dis que ça serait déjà bien de vivre vraiment l'instant, sans être dérangé, sans faire de bruit, juste le vivre...

Les conseils que je donne à mes patientes concernant le travail et l'accouchement sont de ne prévenir personne, ou le moins de personnes possible jusqu'à ce qu'ils aient vraiment atterri après la naissance du pitchoun. Et bien sur, d'éteindre leur téléphone... Non seulement c'est mieux pour eux, mais aussi pour les proches parce que le temps est vraiment long quand on attend des nouvelles, et l'inquiétude n'est jamais bien loin... 1063036

Votre vie est réelle, pas de la téléréalité. Recentrez vous dessus. Vivez la vraiment ! Ne partagez que ce qui doit être partagé, le reste vous appartient, juste à vous. C'est délicat et précieux ! Protégez vous, comme la maman chat dans son buisson...

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25 septembre 2016

foutues hormones !

Je sais pas vous, mais il y a une phrase qui a le don de me faire grimper au plafond (bon en fait il y en a plusieurs, mais celle-ci est parmi les best of...). Je ne compte pas le nombre de fois où j'ai pu entendre, parce que j'étais énervée/fatiguée/mauvaise journée, et que j'ai réagi au quart de tour à une situation, la fameuse phrase :"Tu as tes règles ?" Comme si le fait que j'ai mes règles annule tout effet irritant des évènements/situations, et explique de manière unique la réaction qui a provoqué la question. Comme si, pendant les règles, nous, les femmes, devenons des êtres uniquement guidées par les hormones, et donc hors d'atteinte de toute rationalité.

L'équivalent pendant la grossesse est "Ce sont les hormones." Si une femme réagit d'une manière inhabituelle, tout s'explique ! Son cerveau a été déconnecté et la relève a été prise par les hormones...

Et j'avoue que ce genre de situation me donne envie de réagir de manière un peu plus encline encore à conforter mon interlocuteur dans sa bêtise réflexion. Ca me provoque simplement une petite poussée d'agressivité. Tout comme provoque une poussée d'agressivité la phrase "vous n'avez pas mal, c'est dans votre tête.". Parce que pour moi, c'est très exactement la même chose ! La douleur est la conséquence d'un évènement. Parmi les composantes de la douleur, il y a le psychisme. Mais ça ne réduit pas la douleur à quelque chose d'uniquement psychique, ça n'est pas quelque chose d'imaginaire ! Donc quand une femme qui a ses règles, ou qui attend un enfant, agit de manière inhabituelle, elle réagit à un évènement. Ca n'est pas imaginaire !!!!

En préparation à l'accouchement, je propose une séance avec les conjoints, sans les mamans. L'idée au départ était de leur laisser un espace rien que pour eux, pour pouvoir exprimer ce qu'ils voulaient et se focaliser sur leur rôle, leur place... Bref, sur eux. Et avec le temps, face à certaines questions, j'ai commencé à me pencher sur les changements d'attitudes des femmes attendant un enfant, et des femmes qui viennent d'avoir un enfant. Pourquoi sont elles différentes ? Et comment sortir de cette idée, les hormones... Et comment faire comprendre aux conjoints que leur femme n'est pas cette espèce d'énigme guidée par cette force obscure ?

Je prends beaucoup comme modèle le monde animal, parce qu'à mon sens il n'y a pas de moment plus commun entre tous les mammifères que cette période de gestation, de mise au monde et d'accueil du petit. Et j'ai réalisé qu'on trouvait normal que la lionne montre des dents quand on s'approche de son petit, on ne dit pas que ce sont "ses hormones" ! On dit qu'elle protège. Alors pourquoi quand la femme montre des dents (concrètement, cela se traduit plutôt par une capacité à s'énerver plus rapidement), on ne comprend pas ?

Les neurosciences vont dans mon sens (non, je ne prend pas la grosse tête ! J'aime juste bien qu'on aille dans mon sens...). Il semblerait que la grossesse stimule le cerveau : les femmes enceintes identifient mieux les émotions négatives sur le visage des autres (peur, colère, dégoût). Elles sont aussi moins sensibles au stress, ce qui pourrait avoir un effet protecteur, pour elle et pour le fœtus, contre ses effets délétères. Et contrairement à ce que voudraient sous entendre certains, l'ocytocine, hormone majeure de l'accouchement et l'allaitement, qualifiée parfois d'"hormone de l'amour" entraine une meilleure régulation émotionnelle. Ainsi, "la grossesse, l’allaitement et les interactions avec l’enfant stimulent la plasticité cérébrale", c’est-à-dire la multiplication des interconnexions entre les neurones afin de faire apparaître ou d’augmenter des compétences. Certains biologistes suggèrent même que cette stimulation cérébrale a joué un rôle dans l’évolution du cerveau des mammifères. Les modifications de l’encéphale pendant la grossesse et l’allaitement maternel, "peuvent persister toute la vie et préparent les mères à la myriade de défis qu’elles devront affronter pour prendre soin d’un petit être vulnérable".

Parce que c'est bien de ça dont il est question ! La protection d'un petit être vulnérable ! Tout, chez une femme qui attend et qui accueille un enfant tourne autour de ça. Il s'agit de quelque chose d'aussi primitif que le survie de l'espèce... Ca n'est pas de "l'instinct maternel" (si tant est que cela existe), c'est de l'instinct animal !

Récapitulons : votre femme, enceinte, elle qui est d'habitude si organisée, oublie un nombre incroyable de choses... Comment le contraire serait possible ? Elle est focalisée (qu'elle le veuille ou non, et qu'elle s'en rende compte ou pas) sur le job monumental qu'elle est en train de faire à ce moment précis : permettre à un petit de grandir de la meilleure manière possible. Elle mange différemment ? N'exprime pas les mêmes besoins que d'habitude ? Son corps et ses besoins sont différents et elle est plus sensible à cela aussi.

Votre femme, jeune maman, s'est senti agressée par la phrase anodine de la voisine qui racontait comment elle s'était occupée de son propre petit ? Cela peut être ressenti comme étant une remise en question de la manière dont elle protège son enfant. Cela peut être vécu comme une agression. Et comme une lionne face à une agression, elle montre des dents.

De quoi a besoin votre femme à ce moment là ? Votre job à vous, les conjoints, c'est d'assurer la sécurité émotionnelle et physique de votre femme. Alors je dis en prépa "Ne discutez pas, à ce moment là, elles ont forcément raison." Pas pour avoir une paix factice ! Mais parce qu'elles ont besoin du soutien inconditionnel de leur conjoint. Elles ont besoin de se sentir soutenues, même quand elles ne sont pas comprises. Parce qu'une lionne qui se sent en danger montre encore plus facilement les dents, une maman qui se sent en insécurité émotionnelle va réagir encore plus fort. C'est de l'instinct. 

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Cela ne veut pas dire qu'il n'y a jamais moyen de discuter ! Et de modérer ! Qu'il faut juste subir une lionne à la maison ! Non ! Bien sur ! Il s'agit simplement de choisir les moments où la discussion est possible. 

Je dis souvent à mes patientes que les premières semaines avec notre petit ne sont pas vraiment un moment où la vie sociale doit être importante. Même si les gens ont envie de célébrer la bonne nouvelle. Il y a tant à faire à ce moment là qui nécessite du calme... Découvrir ce petit inconnu dont on a la charge, trouver sa place en tant que parent, trouver l'équilibre de la nouvelle petite famille, savoir qui on est en tant qu'individu, couple... Beaucoup de challenges ! Et s'il y a du monde souvent, qui perturbe ce cheminement, c'est plus compliqué ! Ce sont d'autant plus de potentielles menaces pour une jeune maman. Cela ne veut pas dire s'isoler non plus ! Au contraire ! Cela veut dire s'entourer de personnes permettant de contribuer à cette sécurité émotionnelle et physique. Des gens aidants et bienveillants, respectueux des limites des jeunes parents (même s'ils ne les comprennent pas). 

La maternité et la parentalité sont bien plus que de simples évènements physiques. Cela parait évident en théorie mais c'est malheureusement dans les faits souvent réduit à cela. A notre époque, tout doit s'expliquer, on doit avoir des réponses pour tout. C'est bien embêtant parce que je crois que nous ne connaissons qu'une infime partie de notre monde (j'inclue dans ce mot notre planète et tous ses habitants). Et on a une facheuse tendance à nier ce que nous n'expliquons pas ou ne comprenons pas, ou à le réduire à quelque chose que nous pouvons expliquer, même si en réfléchissant bien, on se doute que c'est "plus" que ça. 

Alors pourquoi ne pas simplement accepter les attitudes différentes, même si elles nous paraissent parfois bizarres ou extravagantes ? Pourquoi les nier en les réduisant à un simple "ce sont les hormones" ? Ne vaut il mieux pas simplement les entendre, les accepter et ne pas les juger ? Les prendre en compte comme aussi importantes que n'importe quelle autre manifestation et modifier notre comportement pour écouter/rassurer/encourager ? Essayez, vous verrez, ça marche !!!

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20 juin 2016

la rançon de la gloire ou comment il est facile de perdre son indépendance...

Il y a quelques semaines, j'ai reçu un mail me proposant une collaboration avec l'INPES, pour participer à la diffusion de messages concernant la campagne de promotion de la vaccination. L'offre étant sacrément alléchante ! 500€ pour écrire deux billets !!!

Je me suis dit : "Le début de la gloire ?". Mon petit blog, pas énormément visité, aurait il plus d'aura que le pensais ?

Et puis une fois passé la réaction amusée et un peu flattée (je l'avoue...) de mon égo, j'ai commencé à réfléchir. Que me demandent-ils exactement ? Est-il éthique d'être payée pour écrire des billets ? Qu'en serait il de ma liberté d'expression ? Donc j'ai demandé plus de détails, assez intriguée par cette offre et ce qu'elle impliquait, cherchant à comprendre ce que je sentais de manière floue comme sacrément dérangeant...

images

Je vous laisse apprécier la réponse que j'ai reçue :

"Nous aimerions donc travailler avec vous afin que vous rédigiez deux articles qui suivent ce calendrier de vaccination, un en juin et un en septembre, afin que votre communauté soit au courant de cette campagne.

Ces articles, bien sûr, seraient relus par le cabinet ministériel mais nous souhaiterions avant tout que vous gardiez votre plume, votre univers pour rédiger ces articles.

Nous avons à disposition des URLs afin de vous aider dans la rédaction de votre article."

Donc si je comprends bien, on me demande tout bonnement d'être l'agent de com du ministère et de la santé publique... Mais tout en gardant ma plume (?!!)... Autant qu'ils m'envoient le texte que je retravaille avec celle ci, non ? Ne sont ils pas sympa, ces communiquants, en m'autorisant à mettre de manière contrôlée, mon style, dans mon blog ?!!!

Bref, je me suis donc lancée dans cette réponse :

"Si vous avez un peu lu mon blog, l'idée est de lancer la réflexion quant à une juste place de la médecine, et de laisser les patients choisir eux mêmes leur chemin. Je ne pourrai donc pas faire un billet disant "la vaccination c'est génial, voila ce qu'il faut que vous fassiez". Ça serait perdre "ma patte" comme vous dites. 

A propos de la vaccination, mes idées sont bien plus nuancées. Et j'ai un vrai gros doute quant au fait que la nuance soit au goût du ministère qui a l'art de faire dans le message de bloc...
La seule possibilité que je vois, pour ne pas perdre mon indépendance et devenir un "agent de la bonne pensée commune médicale" est de faire des billets dont le thème est la vaccination, qui sera forcément nuancé et sans ligne de conduite dictée, avec un lien avec le calendrier vaccinal, le tout sans relecture car je n'imagine pas de censure dans mon blog.
J'espère que vous comprenez mes fortes réserves."
Et alors qu'auparavant les réponses étaient assez rapides, celle à ce mail a été assez longue à venir ! Bizarre, bizarre !!! Elle a donc été, comme prévu, une fin de non recevoir. Je ne suis pas un petit soldat assez docile, même pour 500€ !!
Cette petite histoire m'a inspiré pas mal de réflexions ! Notamment la prise de conscience du fait qu'il est facile et parfois anodin en apparence de commencer à s'éloigner de la route de l'indépendance. Parce que que me coûte d'écrire deux petits billets de rien du tout, surtout pour une somme non négligeable ? Ben justement ! Ca me coute ma conscience personnelle, professionnelle, ma morale et ma liberté ! Quand on s'aliène juste un peu, on s'aliène tout court. La nuance là dedans n'existe pas ! Les petits arrangements avec la conscience restent des arrangements, donc du mensonge. Et que le mensonge soit petit ou gros, c'est un mensonge. Point barre !
La recherche de ce mode de canal pour communiquer ne me choque pas. Les blogs sont, de nos jours, un tel moyen d'expression, qu'il me parait normal que des communiquants essaient de s'en servir. Ce qui me gène le plus, c'est qu'ils aimeraient que ce soit présenté comme une réflexion personnelle, genre "tiens, si je faisais un billet sur la vaccination ?" et que le côté diffusion rémunérée soit pour le moins discret... Cela aurait certes moins d'impact !
Il me parait important de vous transmettre ce genre de connaissance, car tout cela me donne l'amère impression qu'il faut être en permanence vigilants, l'impression d'être potentiellement dupés est tellement omniprésente. Que ce qui parait être une expression spontanée ne l'est pas toujours et les intentions sont parfois manipulées par de nombreux motifs...
J'ai également reçu depuis des demandes de "partenariat" avec des produits de puériculture mais aussi avec une entreprise de vêtements professionnels (alors là, je n'ai pas très bien compris...). Bref, les sollicitations se multiplient. Mais maintenant, je connais mieux ma posture. Tout comme les labos sont interdits dans mon cabinet, les sollicitations quelles qu'elles soient le sont également sur mon blog !

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22 mai 2016

Fais pas ci, fais pas ça... Bla bla bla...

Il y a une chose qui m'a toujours surprise. Irrité aussi, mais passée cette première réaction, c'est la surprise qui domine. Quelle future maman n'a jamais eu à se protéger des mains balladeuses sur son ventre arrondi ? Des conseils plus ou moins avisés, mais rarement demandés, sur telle ou telle chose à faire/ne pas faire pendant une grossesse ? Des réflexions sur le fait que son enfant fait trop ceci/pas assez cela ? Des coups de gueule de parfait inconnus sur le fait qu'il est trop/pas assez habillé, que vous le reprenez trop/pas assez ? La liste est sans fin...

guide-parents-201b

Bref, à partir du moment où un enfant se dessine dans l'image de votre vie, cela devient du domaine public...

Plus je fais mon travail de sage femme libérale, plus j'accompagne les femmes dans leur chemin du "devenir mère", plus j'observe, et plus je me dis que la société dans laquelle nous vivons est sacrément difficile pour les mères. Elle est comme un peu schizophrène, en fait (la société, pas la mère, vous avez compris !). 

Je m'explique : Nous avons pendant des siècles vécu en communautés. Communautés familiales, communautés territoriales (la notion du lieu de vie était hyper importante)... Le bannissement était parfois pire que la mort. Parce qu'il était nécessaire d'être en groupe pour survivre, ou mieux vivre. Et l'enfant était la charge d'une communauté. C'est le groupe qui s'en occupait. Les parents avaient bien sur une place particulière dans cette communauté concernant l'enfant. Mais l'enfant était la responsabilité du groupe.

Aujourd'hui, nous sommes dans une société très individualiste. La notion d'appartenance à une communauté n'est plus aussi vive, voir a quasiment disparu. Le centre de fonctionnement de notre époque est l'accomplissement personnel. Il n'y a pas de jugement là dedans. J'en suis d'ailleurs un pur produit. 

D'un point de vue de la parentalité, ça complique sacrément l'affaire. Et ce, de différentes manières. 

Tout d'abord, d'un point de vue responsabilité. L'enfant n'est plus la charge d'un groupe mais la charge des parents. Quand je vois l'état d'épuisement de mes patientes dans les mois qui suivent une naissance, je me dis qu'un truc cloche forcément. Parce qu'en plus, elle doit également penser au reste de son épanouissement personnel impliquant le boulot, la vie conjugale, les loisirs... Bref, elle doit affronter seule tellement de choses, sans présenter la moindre faille parce que sinon elle "échouerait" ! Et puis bon, c'est elle qui le voulait, non ? C'est assez implicite dans les message véhiculés par notre époque. Donc au lieu de pouvoir déléguer certaines tâches de maman, elle doit les gérer aussi parfaitement que le reste. Et le papa là dedans ? Certains sont impliqués, d'autres moins. Mais malgré tout, je remarque le fossé de pression entre les deux sexes concernant les rôles de chacun. Je n'explique pas, je constate.

Par ailleurs, comme pendant des millénaires l'enfant était la responsabilité d'un groupe, et que les fonctionnements ancestraux ne s'efffacent pas si facilement, le groupe continue à être impliqué, sans forcément être aidant... C'est à ça que j'attribue toutes ces attitudes déplaisantes, toutes ces réflexions déplacées... A de vieilles habitudes sociétales. 

Et ce qui est dommage c'est que c'est simplement le mauvais côté de l'organisation d'antan qui perdure. Il parait relativement légitime que le groupe sur lequel repose la responsabilité de l'éducation d'un enfant, et donc également le risque de discrédit si cet enfant "sort de la route", donne son opinion sur la manière d'éduquer un petit. Mais à l'heure actuelle, il n'y a que les réflexions, sans le partage de responsabilité, de temps...

Je suis récemment rentrée d'un séjour au Maroc. J'ai discuté avec notre guide des changement inhérents à la modernité, notamment dans ce que cela impliquait dans une famille. Il m'expliquait qu'il trouvait bien que la femme marocaine avance vers la modernité. Mais il me disait que cela créait des vrais problèmes, notamment dans l'organisation de la famille, que la communauté familiale se délitait et que l'incompréhension intergénérationnelle augmentait. Et que ce sont des challenges non négligeables à relever, une refonte complète de la mentalité de la société.

J'ai vu mes séances de préparation à l'accouchement et à la parentalité évoluer énormément en quelques années, car je me suis rendue compte de nombre de choses. Et que je suis frappée par le nombre de témoignages de mamans se sentant seules pendant leur congé maternité. Seules et épuisées. Et c'est vrai qu'elles le sont, seules et épuisées, et puis elles se sentent un peu coupables de l'être, parce qu'elles le voulaient cet enfant, elles se sentaient prêtes, parce que leur mère en a élévé bien plus... Quand j'aborde les suites d'une naissance, je commence par leur expliquer l'importance du réseau de soutien. Ca peut être la famille, ça peut être des amis, idéalement c'est géographiquement proche mais parfois un simple coup de fil à une personne ressource peut redonner le moral. Il faut y penser avant car une fois le moment de besoin arrivé, c'est déjà un peu tard. Je leur dit qu'elles peuvent arriver à s'occuper de leur enfant toutes seules, mais est ce nécessaire de se compliquer le chemin ? Mais la chance que nous avons à notre époque est de choisir le réseau de soutien, pas de le subir ! Mais nous en avons impérieusement besoin...

Le parallèle va peut être choquer mais quand on annonce une maladie grave, un chemin médical compliqué, on se renseigne toujours (ou en tout cas on devrait !) sur les personnes ressources sur qui le patient va pouvoir s'appuyer quand ça sera dur. Parce que cela le sera ! Forcément !

Un enfant n'est pas une maladie ! Mais il y aura des moments durs, forcément ! Et là, il faut savoir s'appuyer sur d'autres personnes que les 2 parents. Il faut savoir "refiler le bébé", littéralement ! Pour souffler...

Alors, oui, ces réflexions de parfaits inconnus, de belle maman ou de la cousine sont tout simplement insupportables. NE PAS LES ECOUTER, je répète NE PAS LES ECOUTER !!! Mais en tirer comme conclusion que non, il n'y a pas de honte à avoir besoin des autres pour éduquer son enfant, c'est ce qui se fait partout dans le monde depuis toujours. Il n'y a pas de honte et c'est même normal de se reposer sur les autres. Et que ça n'est pas un abandon d'une partie de notre parentalité, peut être est-ce même une optimisation d'ailleurs ? 

J'aime le dicton "seul on va plus vite, ensemble on va plus loin." Et qu'il est long, infini même, le chemin de la parentalité !!!

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