Depuis quelques jours, dans la presse, fleurit une cascade d'articles nous disant que les gynécologues s'inquiètent de l'utilisation des méthodes de contaception dites naturelles, traduisez sans intervention médicale (ordonnance, pose...). Selon les articles, il y aurait entre 17 et 20% de taux d'échec ! Effectivement, ce chiffre peut donner des sueurs froides ! Ils s'inquiètent aussi de l'augmentation du recours à ce genre de contraception et donc de l'augmentation du  nombre de grossesses non désiréees chez les 20-24 ans. Heureusement que nos gentils papas gynécos se soucient de nous !

Alors j'ai cherché les chiffres des IVG pour 2017, me disant que si les grossesses non désirées augmentaient, logiquement les IVG aussi. Je n'ai trouvé que les chiffres jusqu'à 2016, mais je dois surement être moins bien informée qu'eux (forcément), puisque je vois un taux stable, notamment chez les 20-24 ans. Il doit y avoir un sacré rebond en 2017 j'imagine ! J'ai ensuite cherché les statistiques des IVG en fonction du monde de contraception (ou son absence) mais je n'ai pas trouvé de source fiable (un article cite 72% des IVG sont des grossesses sous contraception mais sans précision particulière). Donc difficile d'étayer les dires de nos chers papas gynécos (j'arrête pas de confondre...). Par ailleurs, "selon la FNCGM, c'est vers 19-20 ans que les femmes abandonnent la pilule pour se tourner vers des méthodes naturelles et c'est chez les 20-24 ans que les IVG (interruptions volontaires de grossesse) sont répétées : 10 % des jeunes femmes de cette tranche d'âge en sont ainsi à leur deuxième IVG et, pour 4 % d'entre elles, c'est la troisième ou plus." Alors là, je dois avouer que pour des soi disant scientifiques, ayant fait au moins 12 ans d'étude (on le saura, non ?), cette réflexion me laisse béante !!! Ca pourrait être comparé à ceci : à l'adolescence, les filles commencent à se maquiller, on constate également que les seins augmentent de volume, donc le maquillage fait augmenter le volume des seins... Rigueur, rigueur quand tu nous tiens...

Conclusion 1 : rien ne m'a permis de confirmer ou infirmer le fait que les grossesses non désirées augmentent depuis que nos têtes folles se sont mis dans le crâne d'avoir recours plus souvent à une contraception "naturelle".

Mais au fait, c'est quoi une méthode "naturelle" de contraception ? Alors, si j'ai bien compris, c'est tout ce qui n'est ni chimique, ni mécanique. Donc c'est un ensemble un peu fourre tout de plein de choses. Donc déjà, ça me pose problème de donner un chiffre unique d'évaluation de l'efficacité de méthodes aussi différentes que le retrait ou la symptothermie (ceci est un exemple...). Les méthodes possibles sont variées, plus ou moins approfondies en terme de connaissance de son corps et avec des efficacités variables. Je ne vais pas vous faire un topo sur les différentes méthodes, je n'en ai pas la connaissance suffisamment poussée pour cela. En revanche, j'ai trouvé des résultats d'études sur la symptothermie montrant un taux de grossesse non désirée inférieur à 6% (quand l'utilisation n'est pas rigoureuse) et moins de1% quand l'utilisation est bonne. Pour les références, c'est ici qu'il faut cliquer. Pour rappel, l'efficacité pratique de la pilule est de 8% de grossesses non désirées...

Alors bien sur, mettre au même niveau le retrait (15% de grossesse non désirées) et la sympto, ça me parait très orienté comme technique... (je parle de la symptothermie parce que c'est la méthode que je connais mieux mais je sais qu'il existe d'autres méthodes très efficaces également). Et puis vous savez quoi ? Observer son corps n'empèche pas l'utilisation des préservatifs à certains moments (en fait c'est l'idée d'ailleurs : repérer les périodes potentiellement fertiles pour soit ne pas s'envoyer en l'air à ce moment là, soit utiliser une contraception mécanique, ou alors faire un petit, ça marche pour tout !!!)

Conclusion 2 : j'ai l'impression qu'on essaie de m'embrouiller avec le fourre tout "méthodes naturelles", un peu comme si on me disait que le poivre est une épice sans saveur, parce que dans "le poivre" on met aussi bien le poivre bas de gamme de supermarché (effectivement sans saveur) et aussi le poivre de Kampot ou le poivre Timut du Népal, des joyaux de la nature...

Mais pourquoi on essaierait de m'embrouiller ? Pourquoi certaines personnes perdraient du temps à un truc aussi stupide ??? Pourquoi certaines personnes se sentiraient aussi menacées par ces "méthodes naturelles" qu'elles passeraient du temps et des moyens à les dénigrer de manière si grossière ??

Bon, ben malheureusement, j'ai trouvé une piste de réponse assez rapidement... On parle là, encore une fois, du pouvoir médical sur le corps de la femme... Ben oui, si nous, gynécos et sages-femmes, n'étions pas l'unique recours des femmes pour pouvoir gérer leur fertilité, à quoi servirions nous ? Et puis, si elles commençaient à croire que leur corps n'est pas si imprévisible, et qu'elles peuvent le connaitre et l'apprivoiser, est ce que ça serait pas la porte ouverte aux pires folies ? Et pourquoi pas, qui sait, dans les pires cauchemars, à un truc aussi dangereux pour l'humanité que l'accouchement à domicile par exemple ????? Non mais sérieux, ça serait surement la fin de l'humanité (ou de notre dictature, plus modestement, peut être...) !!!

Mode ironie désabusée off...

On est dans une société où on met les jeunes filles sous pilule dès le plus jeune âge. Résultat : elles ne connaissent pas leur corps de femme, avec ses signes, ses changements, ses moments où il nous porte, ses moments où il nous plombe aussi... On doit être stables, sans changement, sans variation, sans connaissance de nous même. Au lieu de souligner le positif de notre féminité, on nous en montre le négatif. Et je parle clairement en connaissance de cause, ayant souffert énormément depuis ma puberté de certains aspects négatifs de ma féminité. Jamais on ne m'a proposé autre chose que de bloquer tout ça, jamais on ne m'a parlé de l'acupuncture pour aider mes douleurs, par exemple, et quand je disais que ce qui me calmait le mieux était un bouillote chaude et un gros dodo, on se foutait de moi avec condescendance. J'ai du faire mon chemin toute seul dans l'acceptation et la gestion de tout ça, le tout après quelques expériences malheureuses (je me souviens encore d'un évident excès de codéine, m'ayant fait délirer sur le moment mais bien peu après...). Alors oui, il y a des jours où ça me plairait d'être un homme (foutues hormones) et la plupart où je suis tellement contente d'être une femme ! Mais au moins, je me connais et mon corps vit.

Je ne dis pas que c'est l'unique manière de bien vivre sa féminité. Je dis juste qu'il ne faudrait pas que la connaissance de son corps soit présentée comme un danger. Je trouve ça même aberrant ! Et puis, il serait peut être bon d'aller au fond des choses : pourquoi y a-t'il une augmentation du recours aux méthodes "naturelles" ? Est-ce une évolution sociétale ? Ne serait-il pas bon de s'adapter à cette demande et de l'approfondir ? De trouver les moyens pour que ça soit mieux connu et maîtrisé ? Parce que de vous à moi, je n'ai pas la formation ou la connaissance pour réellement accompagner une femme désirant mieux connaitre son corps... Ben non, la physiologie n'est pas quelque chose qu'on apprend en fac de médecine. Donc ne serait-il pas bon de reconnaître qu'il y a là une évolution durable de la mentalité de la société et qu'il faut donc y apporter des réponses approfondies ? J'aimerai savoir l'état de connaissance de ces papas gynécos sur les choses dont ils parlent !

Quant à moi, quand une patiente envisage ce genre de démarche, je lui parle globalement des choses et l'oriente vers quelqu'un qui saura vraiment l'accompagner dans cette découverte. Après, il s'agit des choix de la patiente, de la vie de la patiente, du corps de la patiente... Mais encore faudrait-il ne pas la considérer comme une enfant... N'est-ce pas, papa ?

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