Dans la catégorie grossesse, il y a celles qui ne durent pas très longtemps : les fausses couches.

Le problème des fausses couches, c'est que c'est considéré comme un non sujet, tant d'un point de vue sociétal que médical. Quand il y a une réaction, s'il y en a une, c'est le plus souvent un truc du genre "c'est la nature qui fait un tri", "c'est probablement mieux comme ça", " a quel terme ? Ah c'était tôt, c'est mieux.", "il y a en moyenne 2 par femme."... 

Euuuuuuuh... Sérieux ???? 

Alors même si la majorité de ces affirmations sont plutôt vraies, est ce que c'est vraiment sensé aider à traverser ce douloureux moment ??? 

Mais qu'est ce qu'une grossesse, même jeune ? C'est un espoir, une projection, un avenir ! Quelque soit la taille ou le nombre de cellules composant cet espoir ! Quelque soit l'âge de la grossesse, c'est déjà un potentiel avenir. Alors, dans cette situation, aucun de ces phrases ne fera du bien... 

D'ailleurs, quand on y réfléchit, le mot même de "fausse couche" est terrible ! Parce que demandez à une femme qui a traversé cette épreuve si c'était réel ou faux, elle pourra vous répondre que physiquement c'était bien réel !!! Ca fait très mal, on saigne beaucoup... Bref, on s'en rend violemment compte ! Ca n'a rien d'une "fausse" couche, c'est une vraie !

Et pour peu qu'on ait eu besoin d'une aide médicamenteuse pour ça, c'est encore plus douloureux, et solitaire, et flippant...

Parce que pour le monde médical, c'est autant considéré comme un évènement mineur (comme l'IVG médicamenteuse d'ailleurs). Parce que c'est petit, que c'est comme ça et c'est tout... Ben non, c'est pas tout ! C'est physiquement et psychologiquement douloureux ! Et qu'avec les médicaments, il serait bon de donner des vrai antalgiques puissants et pas juste du paracétamol ! Et parce qu'il serait bon de demander comment ça va, d'être empathique et bienveillant, d'être doux et réconfortant, parce que c'est une épreuve, même si elle est fréquente. De reconnaitre la souffrance morale. D'anticiper la douleur physique et d'essayer de l'accompagner. Et à la visite de contrôle, d'écouter les peurs, le vécu de l'expérience, et là encore d'être empathique, au lieu de simplement faire une échographie et de dire "qu'il n'y a pas de résidus."

Pas de résidus... Quelle connnerie ! Bien sur qu'il y a des restes !!! Dans le coeur, dans l'âme, dans l'esprit... Et qu'il y a un travail de deuil à faire, un chemin à faire. Non ! L'histoire n'est pas close !

Un homme m'a dit un jour que les pitchouns qui ne restent pas avaient fait le chemin pour lequel ils étaient destinés. Que leur voyage était de faire simplement un passage, pour une raison que nous ne savons pas. Mais qu'ils venaient faire un petit salut pour une raison bien précise. 

Alors je peux comprendre qu'un certain nombre de personnes puissent trouver cette explication ésotérique et complètement ridicule. Mais j'ai pu observer qu'elle fait souvent du bien, parce qu'elle permet de regarder ce qu'il nous a apporté au lieu de se centrer sur ce que nous n'avons plus. C'est plus facile pour avancer sur le chemin du deuil. Et  j'avoue que j'ai tendance à garder les choses qui font du bien...

J'ai longtemps eu cette image classique de ces grossesses furtives... Quand j'interrogeais une patiente sur ses antécédents, je cochais la case ou pas. Et l'histoire était close. Mais maintenant je prends le temps, je demande comment ça s'est passé, comment la patiente l'a vécu, comment elle le vit aujourd'hui. Les réponses sont variées mais de temps en temps, je vois que pouvoir avouer que c'est encore un vécu douloureux, des années plus tard, leur fait du bien. Pouvoir se confier et être entendues sur cet épisode de vie qui peut marquer douloureusement fait du bien.

Je me souviens d'une amie dont je suivais la grossesse. Cette grossesse avait été précédée de deux "fausses couches". Il m'a fallu bien des coups de fil pendant ce premier trimestre pour entendre et apaiser ses angoisses. On en rigolait d'ailleurs au bout d'un moment ! Mais que c'est compréhensible ! 

Alors, ces petits anges venus vous faire un rapide salut, chérissez les ! Et ne vous retenez pas de ressentir ce que vous ressentez à leur propos ! Ils sont là, dans votre histoire, bien réellement. Ils ont vraiment existé, ce ne sont pas des mirages. Et ils font partie de vous.

Fausse-couche