Si je devais dire en peu de mots ce qui m'énerve le plus dans la vie, ça se résumerait à ces 3 là : manque de courage.

Si tout le monde avait le courage de tenir ses engagements, même quand c'est difficile ! Surtout quand c'est difficile d'ailleurs parce que finalement, quand tout va bien, c'est facile de tenir sa parole ! 

Cela concerne, à mon sens, aussi bien la sphère privée que la sphère professionnelle. Quand on devient patissier, on ne s'engage pas à peut être faire de bons gâteaux, on va faire de bons gâteaux ! Quand on devient policier, on s'engage à servir et protéger tous les jours ! Quand on s'engage dans une carrière médicale, on promet d'accompagner au mieux de nos possibilités le patient dans son chemin de santé. Et quand on s'engage en politique, on s'engage à faire le maximum pour qu'un pays aille bien...

J'ai récemment eu vent d'une manoeuvre de contrôle de la sécurité sociale, pour lutter contre les abus de prescription. Comme on ne vit pas au pays des bisounours, et comme je suis très fréquemment témoin d'abus très abusifs de prescription, le concept d'un droit de regard sur les dépenses entrainées par les prescriptions ne me choque pas. Quand on y réfléchit, l'argent de la sécu, c'est de l'argent public et donc il ne doit pas être dépensé n'importe comment, bien au contraire. En tant qu'argent public, il devrait être encore plus géré avec précaution que de l'argent privé. Le souci c'est comment contrôler, par qui, contrôler qui... Bref, l'idée ne me choque pas. Sa mise en place me parait particulièrement périlleuse. Si ce sont des gestionnaires comptables, comment comprendre la nécéssité de tel ou tel examen, sans divulguer des informations médicales (secret professionnel oblige). C'est comme les arrets de travail. Je préviens mes patientes dès le début de suivi de grossesse. Je n'impose ni ne refuse d'arrêt de travail. Ce sont elles qui me demandent. Ce sont elles qui sentent quand elles ont besoin de s'arrêter, pas moi ! Donc je ne discute pas (et étonnemment je n'ai pas beaucoup de patientes qui en demandent). Mais ça veut dire que si une patiente estime que son état de fatigue exige un repos précoce dans la grossesse, sans pathologie particulière, je lui donne. Le gestionnaire comptable, de son côté, pourrait penser que c'est abusif étant donné l'absence de pathologie. Et moi je pense que c'est juste d'un point de vue humain et médical (notamment en terme de prévention). 

Donc bref, vous voyez en quelle mesure le contrôle pourrait être complexe... La médecine ne peut être réduite à des chiffres... Ca serait trop simple...

Il est vrai que notre système de sécurité sociale est particulièrement mal géré, super déficitaire et en grand danger ! Il serait temps que nos politiques décident de faire de vraies économies intelligentes pour le faire durer (mais est ce vraiment l'objectif ? Ceci est un autre sujet...). Certains choix récents (et moins récents) ont montré que les économies intelligentes n'étaient pas leur but, comme la manière dont sont toujours traitées les sages-femmes (vous l'aviez vu venir, avouez !!)... Cependant, comme il faut quand même donner l'apparence de faire des choses, certains petits malins ont eu une idée ! Et c'est là que la manoeuvre de contrôle intervient.

Il s'agit du contrôle des prescriptions de frottis cervicaux-utérins (FCU).

Petit rappel : le FCU est l'examen de référence de dépistage du cancer du col de l'utérus. Avec une petite brosse, on prélève des cellules au niveau du col de la patiente. L'examen permet de voir l'état de ces cellules pour déterminer la présence ou l'absence de lésions. Cet examen est conseillé, en l'absence de tout signe particulier, entre 25 et 65 ans, tous les 3 ans après les 2 premiers à 1 an d'intervalle.

Ce programme de surveillance est extrêmement mal suivi en France. En effet, 50% des femmes sont pas ou trop peu souvent dépistées, 40% ont des FCU tous les ans ou tous les 2 ans. Bref, seules 8% des femmes bénéficieraient du suivi correct. Le nombre de FCU annuel remboursé par la sécurité sociale correspond à celui qui devrait être si toute la population féminine française bénéficiait d'un suivi correct !!! Autant vous dire qu'il y a de l'abus !

Qui fait les FCU en France ? Majoritairement les gynécologues médicaux. C'est leur domaine de prédilection depuis des années, donc logique ! Un peu les obstétriciens, un peu les médecins généralistes. Et de plus en plus les sages-femmes mais bon... Je n'ai pas de chiffres à l'appui mais je pense que nous restons encore assez anecdotiques !

Qui la sécurité sociale a-t-elle décidé de contrôler ? Les sages-femmes... Autant pour les économies donc...

C'est à ce moment que je boucle la boucle commencée avec mon petit topo sur le manque de courage. Voilà donc l'exemple typique de ce défaut si grave à mes yeux. Au lieu de faire le point avec les plus grands pourvoyeurs de FCU, on choisit les plus petits. Ben oui ! Voyons !!! Les plus grands sont aussi de la grande famille des médecins, famille extrêmement puissante, qu'il serait malavisé de déranger car elle a l'habitude de ne pas se laisser faire. Ca risquerait d'entraîner des désagréments certains aux instances en charge de notre pays. Donc pour dire qu'on fait quelque chose, on va plutôt viser ceux qui se défendent pas trop (et croyez moi, cette dernière phrase m'irrite tout autant, c'est également à mes yeux un manque de courage coupable) et qui ne feront pas de vague... La sanction étant financière, bien sûr ! Le FCU sera à la charge de la sage-femme !

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NB : qu'est ce qui fait qu'on peut avoir à faire un FCU avant les 3 années requises ? Dans ma pratique la plus courante, c'est quand une nouvelle patiente vient chez moi pour commencer un suivi gynéco. Quand je lui demande la date de son dernier FCU, la plupart du temps, elle ne sait même pas de quoi je parle, à croire que son ancien praticien ne lui a jamais expliqué ce qu'il lui faisait. Et comme les laboratoires envoient les résultats au praticien, sans double pour la patiente (et ça me choque !!!!), elle se retrouve sans aucun document pouvant m'aider à savoir. Comme il est également régulièrement difficile de récupérer le dossier médical chez l'ancien praticien... Bref, peut être a-t-elle eu un FCU l'an passé, peut être il y a 10 ans... Mais pour ne pas être hasardeuse dans mon job et partir sur de bonnes bases, je fais le FCU. Coupable ?