Aujourd'hui, je vois en consultation Mme C., 20 SA soit dans son 5eme mois de grossesse, première grossesse, a priori rien à signaler. Je la connais déjà, je l'ai vu lors d'une consultation en début de grossesse.

Se faire suivre par une sage femme, ça n'est  pas seulement un suivi médical, ma patiente est bien plus qu'un simple utérus à pattes (dans un souci d'honnêteté, cette approche n'est pas exclusivement réservée aux sages femmes, certains supers gynécologues prennent ce temps là aussi, Dieu merci !!!) . Et l'avantage du suivi que je fais au cabinet est d'accompagner vraiment ! J'apprends à connaitre mes patientes, comme elles apprennent à me connaitre, et ça, c'est précieux ! J'avais été interpellée par un certain côté "scolaire" de son approche de sa grossesse, et le non dit, ou plus exactement le demi non dit, d'une acceptation difficile de ces changements de vie.

Donc, avant de commencer la surveillance médicale, je cherche à savoir où elle en est dans son rapport avec sa grossesse.

J'apprends donc qu'elle se sent un peu débordée, qu'elle ne sait pas si ce qu'elle fait est bien, mais que sa belle mère va venir vivre chez eux, comme ça elle va pouvoir l'aider...

Ca fait "pause" dans ma tête ! D'accord, je veux dire pourquoi pas ! Des belles mères, il y en a des supers. La vraie question c'est "Et vos rapports avec votre belle mère ?"

 "Nous sommes très proches, elle est très attentive à moi. Elle me donne plein de conseils pour tout ce que je fais pas très bien. C'est pour ça, elle pourra m'aider !"

 "Et c'est vous qui lui avez demandé de venir ?"

 "Ben... (je note une légère gène) C'est mon ami. J'étais pas complètement partante au début mais il a eu raison, j'y arrive pas bien, avec elle ça ira mieux."

Dans ma tête d'adepte de "vous le savez peut être pas mais vous avez tout en vous pour vous en sortir parfaitement, si je vous aidais à découvrir vos talents pas si cachés que ça", ça clignote dans tout les sens ! Si on me faisait un scanner là tout de suite, la machine exploserait certainement... Bref, je garde mon calme...

Le plus délicat quand je pressens une situation bizarre, c'est la formulation de la réflexion qui me permettrait d'expliquer ce qui m'interroge. Il n'y a pas de jugement dans mon propos, mais seulement une crainte. Comme je suis plutôt du genre à avancer tout droit, même si c'est plus dur, je fonce en évitant quand même d'être tête baissée, il s'agit de faire comprendre à la femme en face de moi mes préoccupations pour elle.

Une grossesse est, à mon sens, un moment intime. Pour une femme, pour un homme, et pour une famille en devenir. Chaque personne a les ressources pour avancer dans ce bouleversement majeur. Ces ressources sont plus ou moins facilement accessibles. Mais ce n'est pas parce qu'elles sont un peu cachées que ça justifie qu'un tiers s'y substitue. C'est comme un enfant lorsqu'il apprend à marcher, si on l'en empêche sous prétexte qu'il va se prendre une gamelle, il ne saura jamais faire. Ca n'est ni de l'aide, ni de la compassion, c'est du vampirisme lié à la crainte de ne plus être utile. Et ça, ça fait souffrir !

Voilà, en substance ce que j'explique à Mme C. J'ai exprimé ma crainte par rapport à sa belle mère, elle a entendu au moins une personne (je n'imagine pas être la seule !) lui dire qu'elle pouvait avoir confiance en elle, moi j'ai confiance en elle ! Et que nous sommes là pour l'accompagner dans son cheminement ! (Et dans celui de son homme qui manifestement est dans la même logique qu'elle...)

Je le sais, Belle Maman va s'installer chez eux, c'est sûr ! J'espère simplement avoir réussi à planter la graine lui qui permettra de poser les limites pour elle, son homme et sa belle mère ! Ca serait l'expression du cheminement réussi d'une petite famille en devenir, et ça, c'est ce à quoi je sers !!!

Nous passons donc à la partie plus médicale de la consultation. Tout va bien, la tension est bonne, l'utérus grossit comme nécessaire, elle ne sent pas encore son bébé bouger ce qui à ce terme est normal, elle ressent quelques contractions mais en nombre raisonnable, le sommeil, le transit... Bref, tout va bien ! Je vois bien qu'elle attend encore quelque chose... Alors je lui explique : "Je ne propose l'examen du col que si j'ai des signes qui m'inquiètent, or chez vous, rien ne m'inquiète ! Cela dit, l'objectif n'est pas que vous repartiez stressée, alors si c'est important pour vous, je le fais !" Je l'ai donc examinée (tout allait bien également !).

Après avoir fait le point sur les prescriptions, échographies et autres bilans, la voilà partie du cabinet. Nous verrons bien le mois prochain comment l'histoire avance ! Ou entre temps, si elle a besoin de moi...

 

NB : A l'occasion du 5 mai, journée internationale de la sage-femme, les blogueurs sages-femmes vous invitent à voyager de billet en billet pour découvrir l'histoire de Louise.

l'histoire commence ici

et la suite est ici

 

et si vous n'avez rien vu entre le début et la fin, voici le reste:

 

Episode 1 avant propos

Episode 2 Louise C. rencontre une sage-femme libérale pour sa première consultation. 

Episode 3 Louise C. va faire son entretien prénatal précoce. 

Episode 4 Louise C. va à sa consultation. bonne idée de laisser sa belle-mère s’installer chez eux?

Episode 5 Louise C. consulte aux urgences avec son compagnon et sa belle-mère. 

Episode 6 Louise C. décide d’écourter son hospitalisation

Episode 7 La sage-femme de PMI décide de faire une visite au domicile du couple

Episode 8 Louise C. consulte pour la deuxième fois aux urgences, elle a des contractions.  

Episode 9 Louise C. est en travail.

Episode 10 suites de couches ESF

Episode 11 suites de couches SF

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